En 2020, le crowdfunding des EnR a dépassé 100 M€

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GreenUnivers publie aujourd’hui la 5ème édition de son Baromètre du financement participatif des énergies renouvelables, réalisé en partenariat avec Finance Participative France. Son périmètre a été étendu pour prendre en compte les premiers projets d’autres secteurs de la transition énergétique comme l’efficacité énergétique ou la mobilité financés par les citoyens. En cinq ans, le montant total collecté par les plateformes de financement participatif pour les EnR a décuplé, dépassant pour la première fois en France la barre des 100 M€.

Un engouement certain

La sphère du financement participatif des projets de transition énergétique n’a pas pâti de la crise du Covid-19, bien au contraire. Le secteur maintient son rythme de croissance (+50%). Les plateformes spécialisées (Akuo Coop, Enerfip, Kiwaï, Lendopolis, Lendosphère, Lumo et Wiseed) ont collecté 102 M€ en 2020, auxquels il convient d’ajouter les 4,9 M€ investis par le mouvement citoyen Energie Partagée. « Il y a eu des décalages de projets mais dans l’ensemble nous faisons partis des chanceux, les énergies renouvelables ont été préservées de la crise », explique Laure Verhaeghe, cofondatrice de Lendosphère. La plateforme voit aussi une tendance se confirmer : le profil de plus en plus expérimenté des particuliers, tant en matière d’âge (seule 8% ont moins de 35 ans) qu’en matière financière. Les rémunérations des projets d’énergies renouvelables peuvent en effet être jugées plus que raisonnables au regard du profil de risque de tels actifs, attirant des personnes aux capacités financières permettant d’investir 100 000 € sur un seul projet. Cela se ressent aussi dans le niveau et la précision des questions des contributeurs lors des phases de présentation des projets au public. Deux chiffres marquants : les personnes morales représentent 1,5% des contributeurs, mais désormais 19% des sommes collectées.

Le solaire brille, l’éolien chute

Sans surprise, le solaire ce soit au sol, sur toitures, ou flottant (1 projet financé) représente 2/3 des projets et des montants financés. Puis viennent les projets de méthanisation et en troisième position l’éolien terrestre et en mer (1 projet financé). Le cas de l’éolien est particulier. L’éolien terrestre est la seule énergie qui voit le nombre de projets et les sommes collectées diminuer en 2020, dans des proportions significatives, respectivement -70% et -75%. Certaines plateformes mettent en avant les retards de chantiers ou le fait que l’éolien se prête moins au financement participatif. Malgré un public a priori pro-EnR, les collectes pour l’éolien s’avèrent plus longues et compliquées que pour des projets solaires. Au regard de l’ampleur des baisses, il y a fort à parier que plusieurs de ces facteurs se conjuguent. A noter cependant que cette tendance n’a pas été observée chez le mouvement Energie Partagée qui a investi davantage dans l’éolien terrestre en 2020 qu’en 2019. Signe que la nature et les porteurs de projets sont peut-être davantage pris en considération par les citoyens que la technologie qu’ils proposent d’installer.

Bien que peu nombreux, les projets de méthanisation parviennent à lever des sommes honorables (5 M€), tout comme l’hydroélectricité (2 M€), les réseaux de chaleur (2,5 M€) et la géothermie (1 M€). La plateforme Enerfip s’est distinguée l’année dernière en levant 1,4 M€ pour un projet d’efficacité énergétique industrielle en Roumanie. Un secteur qui devrait se développer, tout comme celui de la mobilité encore très émergent mais avec des réalisations prometteuses comme cette collecte du jeune Kiwaï pour un projet de bornes électriques pour les navires de passage au port du Havre. 

Le corporate en vogue

L’autre grande tendance de cette édition est le développement de nouveaux outils financiers comme financements bridge (21 opérations). Si le financement en dette des sociétés de projets reste encore très majoritaire, plusieurs millions ont été collectés en equity. Trois quarts des collectes sur les sociétés de projets ont été réalisées dans l’optique d’obtenir le bonus de financement (1€/MWh) ou investissement participatif (3 €/MWh) instauré dans les appels d’offres CRE 4, une proportion supérieure à l’année précédente.

L’année 2020 s’est caractérisée par un développement appuyé des financements corporate, c’est-à-dire des collectes destinées à financer une entreprise et non pas un projet d’énergie en particulier. Le baromètre a recensé 15 opérations de financement corporate sur des sociétés holding totalisant 22 M€. Un levier de croissance sur lequel veulent surfer les plateformes avec des arguments : « Nous proposons des taux d’intérêts raisonnables et apportons de la réactivité : il ne se passe que 2 ou 3 mois entre le moment où l’on reçoit les données financières de l’entreprise et le versement des fonds », assure Laure Verhaeghe.

Quid de CRE 5 ?

L’année 2021 sera-t-elle aussi porteuse que 2020 ? Seule certitude, les règles du jeu sont en train de changer pour les appels d’offres CRE du 2ème semestre. Les grandes lignes du futur cahier des charges sont connues et la plateforme planchent avec les développeurs pour déterminer les impacts du nouveau système de note. Enerfip s’est ainsi lancé dans un savant calcul pour déterminer la valeur du ou des points bonus auxquels peuvent prétendre les développeurs s’ils optent pour du financement collectif ou de la gouvernance partagée. En fonction de ce calcul, les développeurs sont incités à opter pour l’un ou l’autre, même si la seconde option s’avère dans les faits assez contraignante (durée investissement de 12 ans).

L’autre évènement de l’année pour le secteur aura lieu en novembre avec l’harmonisation des règles européennes en matière de financement participatif. Cela offrira la possibilité aux plateformes françaises de demander un agrément européen faisant office de passeport pour réaliser des collectes à l’étranger. Une opportunité que comptent bien saisir les principales plateformes, mais synonyme aussi de nouveaux concurrents potentiels sur le marché français. En 2020, 7 plateformes ont financé des projets de transition énergétique dans l’Hexagone : Akuo Coop, Enerfip, Kiwaï, Lendopolis, Lendosphère, Lumo, et Wiseed.

Retrouvez ici le replay du webinaire « Financement participatif : les nouveaux territoires », avec la présentation du Baromètre 2020 suivie d’un échange avec Christophe Descos, Président de Kiwaï, Carlos Herrera Malatesta, Directeur général d’Apex Energies, Anne Kuhanathan, avocate chez De Gaulle Fleurance & Associés, Laure Verhaeghe, Cofondatrice de Lendosphere
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