« La notion de croissance m’apparaît secondaire cette année » [Frédéric Utzmann, Effy]

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Frédéric Utzmann

Entretien avec Frédéric Utzmann, président et co-fondateur du groupe Effy en 2008

GreenUnivers : avec le déconfinement, les travaux de rénovation énergétique reprennent-ils chez les particuliers ?

Frédéric Utzmann : Nous sommes à un point de bascule. La plupart des chantiers ont été arrêtés en mars. Ils sont en train de reprendre. La moitié de nos 2 000 entreprises partenaires ont recommencé le travail, pas à pleine vitesse mais progressivement. La totalité devrait être à l’ouvrage à la fin du mois. Cela dit, des particuliers refusent toujours que des travaux soient effectués chez eux. Les professionnels estiment que la moitié de leurs clients ou prospects est prête à les accueillir, pour le moment. Effy est pour sa part opérationnel, nos 250 salariés sont en télétravail. Nous avons même recruté une vingtaine de personnes pendant le confinement. Deux équipes ont néanmoins été placées en chômage partiel pendant une semaine.

GU : Quel sera l’impact sur votre chiffre d’affaires annuel, qui s’élevait à 200 M€ en 2019 ?

FU : La notion de croissance m’apparaît secondaire cette ...

année. Qui peut connaître aujourd’hui l’ampleur et le calendrier de la crise puis de la reprise ? Nous nous concentrons sur la deuxième séquence de notre stratégie, après le recentrage l’année dernière sur le marché des particuliers, matérialisé par la cession de CertiNergy. Si cette opération n’avait pas été effectuée, peut-être serions nous inquiets.

GU : En quoi consiste cette « deuxième séquence » ?

FU : Effy renforce sa présence auprès des 500 000 particuliers avec lesquels il est en contact et auprès de ses partenaires entreprises. Les particuliers demandent à être mieux accompagnés, guidés, pour passer facilement de l’idée de rénovation énergétique à la réalisation. Cela implique de passer plus de temps avec eux. Nous le faisons déjà avec les ménages modestes, nous allons maintenant simplifier la vie des catégories un peu plus aisées.

« Nous sommes l’interlocuteur des particuliers »

GU : La baisse prévisible d’activité va-t-elle vous obliger à réduire votre réseau d’artisans et entreprises ?

FU : Non, ce n’est pas le but. En revanche, nous avons déjà réalisé une sélection et continuons à le faire. Une demande sur deux n’a pas été validée par notre équipe de référencement le mois dernier.

GU : Est-ce alors pour mieux lutter contre les fraudes ?

FU : C’est la réponse d’Effy pour rassurer les clients, accompagner le renforcement de la réglementation, une excellente chose à nos yeux. L’administration manifeste une volonté forte, maintenue pendant la crise Covid. Elle responsabilise les demandeurs de CEE, exige plus de contrôle sur les chantiers, recommande par exemple de vérifier les numéros de téléphone des particuliers et de mener des investigations lorsqu’ils sont erronés. Nous souhaitons que l’exigence se retrouve aussi plus largement sur le label RGE+, le diagnostic de performance énergétique opposable, les niveaux de qualité recherchés pendant la future 5e période.

GU : Votre accompagnement des particuliers de bout en bout n’est-il pas redondant avec le réseau des conseillers Faire et ne vient-il pas fragiliser la notion de service public de la rénovation énergétique

FU : A mes yeux, c’est l’inverse. Je souhaite que nous allions plus loin dans la coopération avec les conseillers Faire. Effy se positionne sur toute la palette des services de rénovation énergétique auprès des particuliers ; nous avons intégré MaPrimeRénov, travaillons sur le financement bancaire et le reste à charge. Nous sommes donc l’interlocuteur des particuliers qui ont décidé de passer à l’acte. Et soyez-en sûr : les mairies ne font pas les travaux ! Le service public joue un autre rôle, celui d’informer en amont et de rassurer, quand les particuliers en sont encore au stade des  discussions exploratoires et ont besoin de conseils d’agents publics. Nous sommes en contact chaque mois avec des milliers de personnes encore hésitantes que nous pourrions mieux orienter vers les conseillers Faire. Nous avons notamment besoin de les diriger vers un numéro de téléphone local et non national, que les gens ne composeront pas en réalité. Effy souhaite coopérer plus étroitement avec les conseillers Faire, démarche dans laquelle nous sommes engagés depuis plus d’un an.