Bpifrance prépare la succession du fonds Ecotechnologies

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Gilles Schang (© Bpifrance)

Entretien avec Gilles Schang, directeur adjoint du pôle Ecotech de Bpifrance –

McPhy, Vulog, Nawa Technologies, Ynsect, Fermentalg, Aledia… Le fonds Ecotechnologies, géré par Bpifrance dans le cadre du Programme des Investissements d’avenir, est au capital de quelques sociétés françaises des cleantech parmi les plus en vue. Depuis sa création en 2012, il a investi dans 18 entreprises innovantes grâce à une enveloppe initiale de 150 M€, augmentée de 75 M€ en 2018. En pleine crise du Covid-19, le fonds soutient ses participations tout en préparant sa succession, explique Gilles Schang. 

GreenUnivers : Comment vous adaptez-vous à la crise liée au Covid-19 ?

Gilles Schang : Nous avons cherché très tôt à déterminer l’impact de la crise sur nos 15 participations toujours en portefeuille. Il a fallu remettre à zéro le travail de planification financière, voir s’il y avait des besoins urgents. Certaines sociétés étaient en levées de fonds, la crise a grippé le process, nous avons fait notre travail d’investisseur. Le ...

fonds arrive en fin de parcours, mais nous avions gardé des ressources qui ont été utiles. En parallèle, nous avons continué l’examen de nouveaux dossiers, mais les délais se sont allongés car dans notre métier, il est important de rencontrer les dirigeants, on ne peut pas tout gérer en télétravail.

GU : Au-delà des situations d’urgence, est-ce que cette crise va modifier votre approche des marchés ?

GS : Il est encore trop tôt pour le dire, il faudra analyser l’impact de la crise sur les changements de comportements, l’évolution des marchés et des business models. Mais on voit déjà émerger quelques tendances : l’alimentation est redevenue un sujet central et devrait le rester, ce qui favorisera les acteurs de l’agriculture durable, qui enregistrait déjà une forte croissance des levées de fonds. La mobilité va connaître des évolutions profondes avec sans doute de nouvelles approches dans les villes, de même que la logistique très sollicitée durant cette crise. Il va falloir apporter de la souplesse et de la réactivité. Le numérique a aussi montré son rôle clé, avec en parallèle la nécessité de tenir compte de l’empreinte carbone des réseaux et des data centers. Nous devrons être attentifs aux nouveaux besoins et usages pour nos futurs choix d’investissement.

« Nous soutenons des convictions technologiques fortes »

GU : Depuis sa création en 2012, comment a évolué le fonds ?

GS : Le positionnement est resté le même, nous avons continué à investir dans des fournisseurs de technologies, en relais des financements d’amorçage. Mais nous avons naturellement suivi l’évolution des marchés. Après avoir été très actifs dans les énergies renouvelables, via par exemple Nenuphar et Sabella, nous le sommes moins car les technologies sont devenues matures. En revanche, depuis cinq ans, nous sommes plus présents dans la mobilité, dont le marché commence tout juste à se décanter. Ou dans l’AgTech, avec des offres innovantes comme celle d’Ynsect. Nous sommes là pour soutenir des convictions technologiques fortes, qui impliquent une prise de risque importante et une présence sur le long terme. Ce qui explique le nombre relativement limité d’opérations que nous avons réalisées et le faible nombre de sorties.

GU : Les investisseurs français sur le segment des solutions technologiques sont aujourd’hui assez peu nombreux, est-ce un problème ?

GS : Il y a effectivement peu d’investisseurs français spécialisés sur notre segment, en dehors de Demeter, Aster, Idinvest et quelques fonds corporate. Nous sommes souvent lead investor avec un premier ticket de 4 M€ en moyenne et travaillons avec un réseau de partenaires à l’international, que nous avons tissé au fil des années. Cela fait pleinement partie de notre rôle de promotion des technologies françaises à l’étranger. Chez Vulog par exemple, nous sommes aujourd’hui le seul investisseur français ayant une part significative du capital. Et des sociétés comme Aledia ou Drivy ont aussi attiré de nombreux fonds étrangers.

GU : Le fonds Ecotechnologies arrive en fin de parcours, prévoyez-vous un successeur ?

GS : La poche pour de nouveaux investissements est désormais limitée, même si nous poursuivrons les refinancements. Nous avons entamé la réflexion sur la suite d’Ecotechnologies, mais aussi du fonds Ville de demain, doté de 50 M€ en 2015 et géré par la même équipe sur des périmètres proches. Ce qui est certain, c’est que Bpifrance restera présent sur ces secteurs essentiels, mais peut-être avec un fonds au périmètre plus restreint. Nous travaillons pour présenter le ou les nouveau(x) véhicules(s) en 2021.