Solaire : les magasins Gemo sautent trois marches d’un coup

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(@Gemo)

« Nous avons intégré les notions de zéro croissance et de prélèvement minimal sur les ressources naturelles. La question est maintenant de créer quand même de la valeur. L’une des réponses : faire des économies, notamment d’énergie ». Hubert Aubry, P-DG de l’enseigne de vente de vêtements pas chers Gemo (Groupe Eram) tient des propos que le Medef a sans doute un peu de mal à entendre. Ils lui servent à mettre en perspective une opération pionnière dans ses magasins, et même pour son secteur d’appartenance, les grandes surfaces spécialisées, moins avancées que les généralistesà l’exception sans doute d’Ikea. En l’occurrence un « trois en un » ...

inédit : une ombrière solarisée sur 300 mètres carrés (50 kW de panneaux Photowatt), des batteries reconditionnées (10 kW, 42 kWh) par un gros recycleur, la Snam, et une borne de recharge de 22 kW, de E-Totem opérée par Bouygues Energies & Services. Le point commun de ces fournisseurs : fabriquer leurs appareils en France, un trait notable, en particulier pour le fabricant de panneaux Photowatt, filiale d’EDF…

40 % de la consommation annuelle

Le tout est en service sur le parking du magasin de Trignac en lisière de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), dans une zone d’activités commerciales typique des périphéries urbaines*. Le tandem solaire-batteries fournit directement, sur une base annuelle, 40% de la consommation du commerce. Le coût ? 140 000€, dont 30% de subventions en provenance de la région Pays-de-la-Loire, obtenues en 2018 à l’issue d’un appel à projets autoconsommation.

Luc Robet, responsable énergie-environnement de Gemo et pilote de l’initiative, vise un retour sur investissement d’ici 10 ans, soit pas tellement plus, selon lui, que les standards globaux pour les investissements de Gemo dans ses magasins, de huit ans en moyenne. La démarche correspond aussi et surtout aux nouveaux impératifs de gestion des grandes surfaces : faire des économies partout dans cette nouvelle économie « zéro croissance ». Pour Hubert Aubry, « le prix du kWh va augmenter et il est formé aux deux tiers de taxes et de coût d’acheminement. Nous ne pouvons que porter un fort intérêt à l’autoconsommation… ».

Modèle économique incertain

Fait notable, cette enseigne qui appartient à un groupe familial vient aussi de demander à la coopérative Enercoop de lui fournir l’électricité pour onze de ses sites – Gemo compte 420 magasins en France. Le groupe essaie de concilier une gestion financière au centime près avec une volonté de monter dans le train de la transition. Mais l’expérience de Trignac est-elle reproductible ? Hubert Aubry ne souhaite pas s’engager sur des objectifs précis pour Gemo, à part une baisse spectaculaire et déjà en grande partie réalisée de la consommation d’énergie, de 55% entre 2014 et 2020. L’une des raisons de cette prudence sur l’autoconsommation réside sans doute dans le modèle économique, incertain. Ce que confirme Guillaume Lelong, chef de projet smart energy d’EDF : « Le modèle économique de l’autoconsommation avec stockage n’est pas équilibré, les retours restent longs ».

Qui possède les terrains ?

Gemo va aussi être confronté à la difficulté d’équiper les toits des magasins existants, pas assez résistants. Les ombrières ne représentent pas non plus un boulevard, puisque Eram via sa foncière L’Écusson, n’est propriétaire que de 10% de ses parkings. L’enjeu de la massification, comme l’expliquait déjà le spécialiste solaire See You Sun à Vannes (Morbihan) la semaine dernière, consiste bel et bien à convaincre les sociétés foncières de passer à l’action. Mais là non plus, pas si aisé… Interrogé sur le sujet, Pascal Chessé, P-DG de la foncière éponyme basée à Nantes et spécialiste de l’immobilier commercial, est déterminé à améliorer les sites qu’il possède en travaillant notamment sur la production d’énergie. Des compétences sont mobilisées à cet effet. Mais ce dirigeant signale aussi les obstacles à surmonter, comme, simple illustration, l’opposition des magasins voisins des ombrières, trop encombrantes. Motif supplémentaire de prudence : la borne de 22 kW du parking de Gemo n’a été utilisée qu’une dizaine de fois en deux mois…  

Batterie recomposée

(@Gemo)

Un autre dispositif d’avant-garde ? La batterie de la Snam, entièrement issue du reconditionnement d’autres accumulateurs. Basée à Saint Quentin-Falavier (Isère), filiale du belge Floridienne Group, la Snam est agréée par les principaux constructeurs automobiles (Toyota, Honda, Peugeot-Citroën, Volkswagen, Audi…) pour la collecte de batteries en fin de vie en Europe. Mais l’usage stationnaire associé à la production solaire, à Trignac, est une première pour cet industriel.

La fonction, moins brutale que les appels de puissance pour le soutien réseau, convient apparemment bien aux composants de récupération dans cette batterie garantie dix ans pour 4 000 cycles. Avec un prix annoncé inférieur de 10 à 20% à celui des homologues asiatiques. Yannick Barat, chargé d’affaires énergie de Siréa, qui gère le système PV + stockage, signale que cette batterie pourtant 100% recomposée est de « grande qualité, supportant de substantielles variations de température » par exemple. Un autre atout : elle n’est pas liée à un constructeur de véhicules et ne porte pas sa responsabilité, à la différence des batteries de seconde vie en provenance directe des voitures, une formule pour l’instant plus connue que celle du reconditionnement.

*GreenUnivers était invité par Gemo dans le cadre d’un voyage de presse consacré à cette installation.