CEE : la CRE va demander une 4e année sans collecte supplémentaire

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(@CRE)

« Je proposerai au collège de la CRE d’être assez méchant avec les CEE », a formulé avec son franc-parler habituel Jan-François Carenco, en marge d’une conférence consacrée aux territoires et en réponse à une question sur l’évolution des tarifs réglementés d’électricité. Plus précisément, le président de la Commission de régulation de l’énergie prévoit de recommander, dans une future délibération, de ne pas prévoir de volumes supplémentaires d’économies d’énergie pour 2021, c’est-à-dire la quatrième année qui sera ajoutée à l’actuelle période. Le volume total resterait fixé à 1600 TWh cumac (économies d’énergie à venir cumulées et actualisées) et ne serait pas augmenté de 533 TWh cumac

Faire baisser les cours à tout prix

Une position aux antipodes de ...

celles du ministère de la Transition écologique et solidaire (MTES) et de la Cohésion des territoires et du logement. Dans sa lettre aux représentants des énergéticiens de février dernier, le MTES envisageait de prolonger la période actuelle à condition d’augmenter le volume en proportion, de 533 TWh en l’occurrence, ce qui correspond à la moyenne annuelle de la collecte. «  Commençons par demander aux énergéticiens de faire tout ce qu’ils ont à faire », objecte Jean-François Carenco, qui veut à tout prix faire baisser le cours des certificats et l’impact sur les tarifs de l’énergie. Le cours moyen pondéré en septembre est de 6,30 €/MWh, en légère baisse. L’indice spot reste à 8,60€/MWh.

Interrogée sur la position de la CRE, l’association des professionnels délégataires de CEE, le GPCEE, estime que l’instance « prend le problème à l’envers : ce qui pose souci, ce n’est pas tant le volume d’obligation CEE, mais le prix actuel du marché. Or, tous les délégataires et obligés s’accordent désormais à dire que ce prix n’est pas soutenable à terme. » Le GPCEE estime que le rythme actuel des dépôts d’opérations se rapproche de plus en plus de celui nécessaire pour atteindre les objectifs de la période et faire baisser les cours. En revanche, « si l’année 2021 devenait « blanche » (0 TWhc), nous risquerions une surproduction qui provoquerait l’effondrement du marché des CEE (comme en 2015). Personne n’a intérêt à de telles fluctuations, notamment les consommateurs qui souhaitent rénover leurs logements », indique le GPCEE.

Une décision dans les semaines qui viennent

Le sujet devient de plus en plus prégnant, car dans l’électricité, la CRE considère que les CEE sont l’une des trois variables majeures influençant l’évolution des tarifs, derrière les cours des marchés de gros et la quantité et le prix de l’électricité nucléaire disponible pour les fournisseurs alternatifs, via le mécanisme de l’Arenh. Or la quantité d’Arenh ne devrait pas augmenter dans les mois qui viennent, contrairement à ce que souhaite la CRE : « les considérations européennes l’ont emporté, il n’y aura pas d’Arenh à hauteur de 150 TWh. Bruxelles ne veut pas que l’on fasse payer moins cher le consommateur », considère le président de la CRE.

Cette position tranchée de la CRE sur les CEE risque néanmoins de ressembler à un coup d’épée dans l’eau. Signe qui ne trompe pas, les opérateurs délégataires des CEE sont en confiance sur les volumes affectés à 2021 et n’anticipent pas une marche arrière des deux ministères concernés, en particulier le MTES qui chapeaute le Pôle national des CEE. Sur ce sujet comme sur celui des hausses de tarifs, de même que sur les volumes d’Arenh, le régulateur est très loin d’avoir le dernier mot. Les pouvoirs publics devraient confirmer leur position sur la quatrième année et son volume dans les semaines qui viennent, avec une décision sans doute en novembre.