Les territoires veulent capitaliser sur les EnR

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Parc PV+éolien du Pouzin, installé en 2014 © CNR

La publication aujourd’hui de la 9ème édition du Baromètre des énergies renouvelables électriques en France par Observ’er, en partenariat avec la FNCCR et avec le soutien de l’Ademe, a été l’occasion de faire un point sur le parc EnR français, mais aussi voire surtout, de parler méthode. La montée en puissance des énergies renouvelables est désormais indéniable, mais elle s’accompagne d’un début de contestation sociale/fiscale qui pourrait trouver son exutoire dans le cadre du Grand débat national qui débute dans cinq jours et dont l’issue est particulièrement incertaine. L’occasion pour les territoires de rappeler leurs ambitions en matière de transition énergétique et de mettre en avant leur modèle.

Un parc EnR de 51 GWe

La 9ème édition de ce baromètre (que le lecteur retrouvera en fin d’article) évalue le parc français d’énergies renouvelables électriques à ...

51,5 GWe (97% de l’objectif PPE 2018) pour une production de près de 110 TWh en 2018. Des chiffres à prendre avec précaution car basés sur des données arrêtées au 30 septembre 2018 avec extrapolation*. En termes de technologies, le solaire et l’éolien dominent outrageusement les nouvelles capacités, avec 92% des mégawatts installés entre 2010 et 2017. C’est plus qu’en Allemagne (86%), en Italie (87%) et en Espagne (50%). Selon Observ’er, quelque 2 400 MW d’énergies renouvelables auraient été connectés en 2018 en France métropolitaine, DOM-TOM compris sauf Mayotte. C’est moins que les 2 760 MW raccordés l’année précédente.

Une sous-performance à mettre notamment sur le compte de l’éolien qui a vécu une année 2018 compliquée. De fait, sur les trois premiers trimestres de l’année dernière, 676 MW ont été installés pour un parc total raccordé de 14 275 MW. Un rythme faible, loin des 2 GW par an nécessaires pour tenir les objectifs de la nouvelle PPE. Pour autant, France énergie éolienne (FEE) estimait la semaine dernière que le 4ème trimestre pourrait compenser en partie ce mauvais départ. Il faudrait que 725 MW soient connectés sur les 3 derniers mois de l’année pour atteindre l’objectif de 15 GW, tel que fixé par la programmation pluriannuelle de l’énergie en 2016. Réponse d’ici février au plus tard.

Le solaire passe la barre du gigawatt

L’énergie photovoltaïque commence à prendre un petit rythme de croisière en France, puisqu’elle passe pour la première fois la barre du gigawatt installé sur l’année (700 MWc raccordés sur les 3 premiers trimestres). Une tendance certes positive, mais toujours insuffisante pour atteindre les objectifs de la PPE ancienne et nouvelle versions. Le parc PV s’élevait à 8 766 MW fin septembre 2018. L’objectif fixé à 10,2 GW pour la fin 2018 ne sera donc certainement pas atteint. Le rythme d’installation devra doubler (2 GW/an) pour que la France respecte les très ambitieux objectifs fixés par la nouvelle PPE (20,6 GW en 2023 et entre 35,6 et 44,5 GW en 2028), dont la publication est désormais prévue, en principe, pour le 15 janvier.

Des objectifs qui posent question pour Vincent Jacques le Seigneur, président d’Observ’er. « Pour les atteindre, on voit poindre des projets de très grandes centrales, à l’image de celle du Lot-et-Garonne. Or, ces installations sont susceptibles de générer un syndrome Nimby (Not in my backyard) défavorable à l’image de l’énergie solaire », estime-t-il. La recherche de l’acceptabilité est désormais un enjeu pour l’ensemble du secteur des énergies renouvelables, toutes technologies confondues. Un enjeu sur lequel les territoires estiment être en mesure d’apporter des réponses concrètes.

Cycle vertueux

Pour la Fédération Nationale des Collectivités Concédantes et Régies (FNCCR), les territoires doivent être en première ligne en matière de transition énergétique. « Les syndicats régionaux d’énergie ont une très bonne réputation auprès de leurs administrés. Ils cherchent à développer des mix électriques locaux, en phase avec les caractéristiques de terrain, et appliquent presque systématiquement le financement participatif », explique Pascal Sokoloff, directeur général de la FNCCR.  Ce dernier constate que ses adhérents multiplient les projets de production d’énergies renouvelables, et s’intéressent de près à l’autoconsommation collective. « Les syndicats de Nantes et du Calvados par exemple ont déjà bien avancé sur ces sujets, et ils ne sont pas les seuls », rappelle-t-il.

Pour convaincre les populations locales de l’intérêt d’installer des EnR, l’argument de l’Ifer ne suffit pas. « Nos adhérents planchent sur des cercles énergétiques vertueux. Cela consiste par exemple à flécher les bénéfices financiers issus des installations renouvelables détenues par les collectivités vers des opérations de rénovation énergétique sur le territoire. C’est une démarche qui donne du sens à nos projets », estime-t-il.

Dans cette optique, la FNCCR a signé en fin d’année dernière un partenariat avec la Banque des territoires pour déployer un mécanisme de co-financement qui suit la même logique. Il prévoit qu’une part des économies d’énergie (donc financières) réalisées à l’occasion d’une opération de rénovation énergétique soit automatiquement réinvestie vers d’autres opérations similaires, et ainsi de suite. Une démarche destinée à engendrer un cercle vertueux et intelligible par le plus grand nombre.  

*Observ’er rappelle que ces indicateurs sont soumis à des consolidations par les organismes qui les élaborent et les diffusent et qu’ils peuvent donc être corrigés a posteriori.

La 9ème édition du Baromètre des énergies renouvelables électriques en France d’Observ’er est consultable ci-dessous (ou en PDF)