Les grandes ambitions du géant chinois CGN en France

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Ming-Lung Chang

Entretien avec Ming-Lung Chang, en charge de la stratégie de CGN Europe Energy – 

CGN (China General Nuclear), le géant chinois du nucléaire, a choisi d’installer en France sa filiale européenne dédiée aux énergies renouvelables. Depuis mi-2014, CGN Europe Energy (CGN EE) avance aussi bien dans le solaire aux côtés d’une PME girondine que dans l’éolien flottant aux côtés d’Eolfi et DCNS. L’entreprise vise 1 GW d’actifs renouvelables opérationnels d’ici fin 2017 en Europe. Pour atteindre cet objectif, il est prêt à poursuivre des acquisitions. GreenUnivers fait le point sur ses ambitions avec Ming-Lung Chang.

GreenUnivers : Pourquoi avoir choisi la France pour installer votre filiale européenne dédiée aux énergies renouvelables ?

Ming-Lung Chang : Le groupe CGN ...

était déjà présent en France depuis de nombreuses années dans le cadre d’activités liées au nucléaire. Par ailleurs, nous savions pouvoir compter sur des relations fortes avec des partenaires historiques, dont EDF. Aujourd’hui CGN EE représente environ 50 personnes en Europe (dont la plupart à Paris), 25 à 30 postes supplémentaires sont à pouvoir en 2017. Nous avons également des antennes à Londres et Bordeaux.

Aujourd’hui, nous ciblons principalement l’Europe ainsi que quelque pays d’Afrique où nous avons déjà saisi plusieurs opportunités. Là-bas, le potentiel est très fort mais les développeurs ont des difficultés pour trouver des financements donc un acteur comme nous y a toute sa place.

GU : Quel est aujourd’hui votre « empreinte » en Europe ? Et quels sont vos objectifs ?

Ming-Lung Chang : Nous avons pour objectif d’atteindre 1 GW d’actifs renouvelables opérationnels d’ici fin 2017, toutes technologies confondues. En ce début d’année 2017, nous détenons un portefeuille de projets (opérationnels et en développement) de 650 MW, répartis sur quatre pays européens et un pays africain, le Sénégal. 2016 a marqué une forte accélération avec l’achat d’actifs éoliens terrestres en opération en Irlande (230 MW) et en Belgique (81 MW). Nous avons par ailleurs racheté un portefeuille solaire de 44 MW au Sénégal, auprès de l’italien Chemtech. Enfin, nous sommes lauréats du projet pilote « les éoliennes flottantes de Groix et Belle-île » (24 MW), remporté via une joint venture avec Eolfi (CNG EE est actionnaire à 90% de la joint venture, NDLR).
A ce jour, nous regardons principalement des projets opérationnels ou prêts à construire afin de pouvoir atteindre nos objectifs. En même temps, nous nous préparons aussi à développer et construire nos projets nous-mêmes. En France, nous exploitons les projets achetés (80 MW d’éolien terrestre acquis en 2015). D’ailleurs, nous avons déjà une équipe de 10 personnes dédiée à la construction et à l’opération de nos actifs.

GU : Vous êtes impliqués auprès de partenaires très différents, dans des projets et technologies aux maturités variés. Quelle est votre stratégie ?

Ming-Lung Chang : En ce qui concerne nos partenaires, nous nous laissons guider par les opportunités pertinentes. Par exemple, nous avions acheté à Eolfi un parc éolien terrestre de 80 MW en 2015, avant de poursuivre les discussions concernant l’éolien flottant. Ce même esprit nous a emmenés en Namibie aux côtés d’InnoSun et EDF.

En France, nous avons une attention toute particulière pour les projets éoliens en mer et les énergies marines renouvelables, notamment parce que ce marché représente un fort potentiel en Chine. Nous espérons trouver une place dans les prochains projets français d’éolien en mer posé. Jusqu’ici le marché était surtout occupé par les grands énergéticiens français, mais le troisième round paraît plus ouvert. Nous sommes prêts à entamer des conversations.

Nous misons également sur l’éolien flottant pour des raisons stratégiques, l’une d’entre elles est son fort potentiel dans un avenir proche en France et dans le monde, une autre est que le coût d’acquisition des actifs éoliens en mer est devenu élevé en Europe, de sorte que le TRI converge avec celui de l’éolien onshore. Nous avons donc fait le choix de nous positionner sur l’éolien flottant moins mature mais potentiellement porteur d’une plus grande valeur ajoutée. Enfin, il y a moins de concurrence dans l’éolien flottant pour des acteurs comme nous.

GreenUnivers : Fin 2015, vous avez signé un accord avec la PME girondine Inovia (rebaptisée Sunergis) pour le développement de projets solaires. Où en est votre relation ?

Ming-Lung Chang : Le partenariat fonctionne bien. Nous avons installé à Bordeaux une équipe de quatre personnes qui, entre autres, les suit dans la sélection des projets, exclusivement des hangars agricoles de 99 kW dans lesquels nous investissons au cas par cas. Les premières toitures ont été raccordées début 2017 et des dizaines sont en cours de construction.

Dans le solaire en France, nous souhaitons rapidement avoir plusieurs partenaires nous permettant de nous positionner plus tôt dans la phase de développement de projets à plusieurs mégawatts, à travers des contrats de co-développement ou des acquisitions de projets ready to build lauréats à CRE4 notamment.

GreenUnivers : Avez-vous des velléités de racheter directement une ou plusieurs entreprises de développement EnR ?

Ming-Lung Chang : Cela n’est pas exclu. Effectivement, cela nous permettrait de nous développer plus rapidement et de couvrir toute la chaîne de valeur.

Nous sommes attentifs au marché et attendons que l’opportunité se présente. Il y a en France plusieurs entreprises emblématiques, managées par des capitaines charismatiques. Ils pourraient être tentés de nous approcher pour assurer à leur entreprise une croissance durable ainsi qu’une meilleure assise financière. Aujourd’hui, le marché français est en phase de consolidation. Pour créer de la valeur alors que les marges se réduisent de plus en plus, il faut disposer de beaucoup de capital et se positionner sur toutes les étapes d’un projet.

CGN en chiffres 

  • 58.4 milliards € d’actif à fin 2015
  • 3,1 Md€ de CA en 2015
  • 14.08 GW d’EnR
  • 20.38 GW de nucléaire (+11.36 GW en construction) en janvier 2017
  • 34 800 employés