La stratégie de transition énergétique évaluée à l’Assemblée nationale

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Place de la Concorde , Paris , France« Les grands objectifs de la transition énergétique ne seront pas atteints en temps et en heure », regrettaient ce matin les députés François de Rugy (ex.EELV) et Jean-Jacques Guillet (LR), co-auteurs d’un 2e rapport sur « L’évaluation du développement des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique » après une première édition en 2014.

L’éolien en-dehors des objectifs

Les deux parlementaires se sont notamment attardés sur ...

l’éolien qui, du fait de l’insécurité des projets, n’a aucune chance d’atteindre son objectif de 25 GW en 2020, fixé à l’époque par la Programmation pluriannuelle des investissements de 2009, consécutive au Grenelle de l’environnement. Ce retard est dû, entre autres, aux multiples recours, avec des conséquences négatives sur le financement bancaire, mais aussi aux délais de raccordement au réseau. Le retard colossal de l’éolien offshore a également été pointé. « Nous avons deux problèmes récurrents à traiter : l’encadrement des recours abusifs et les délais des raccordements » a insisté François de Rugy.

Le rapport, fondé sur de multiples auditions cet été, rappelle aussi la nécessité de soutenir l’investissement public et privé dans quatre domaines clés : les nouvelles technologies de stockage, la chaleur renouvelable, les réseaux intelligents – ils ont plus de mal aujourd’hui à trouver des aides – et la méthanisation, également difficile à financer.

Attention à l’agrégation
Le nouveau mécanisme de soutien aux énergies renouvelables n’a pas échappé à l’attention des deux députés. Ils estiment qu’il permet de mieux lutter « contre d’incontestables effets d’aubaine et contre des surcapacités de production qui pourraient déstabiliser le réseau ». Mais d’autres risques émergent avec le complément de rémunération : un possible renchérissement du financement bancaire et un marché de l’agrégation trop réduit et trop cher pour les petits producteurs.

Trop lent retour sur investissement dans l’efficacité énergétique

Côté efficacité énergétique, le gros problème reste la lenteur du retour sur investissement après travaux et leur insuffisance. En zone rurale, lorsque se conjuguent désertification des villages et forte consommation énergétique de pavillons « passoires », la valeur des patrimoines devient parfois négative ! Jean-Jacques Guillet a ainsi rappelé que 53,6% des logements sont classés D et E sur l’échelle du diagnostic de performance énergétique et qu’un tiers sont encalminés aux niveaux F et G. Près du quart des logements occupés par des locataires sont en catégorie G alors que la proportion ne dépasse pas 10% pour les logements en propriété. « Les logements en location sont les moins susceptibles d’être rénovés », résume le député.

La solution consiste à poursuivre et approfondir les réformes engagées, selon les deux co-rapporteurs. Ils appellent de leurs vœux une fiscalité enfin stable – le maintien du cumul du CITE et de l’écoPTZ , en particulier – et une réglementation thermique « évoluant au rythme prévu, mais prudemment ». L’arrivée de normes bas carbone dans la construction pourrait favoriser le retour paradoxal du chauffage électrique dans le neuf et du coup, poser de nouveaux problèmes lors des pointes de consommation hivernales. « Il nous faut trouver un équilibre, pour éviter de nouvelles externalités environnementales négatives, comme la relance de centrales thermiques… », fait remarquer Jean-Jacques Guillet.