Interview exclusive : Les Chinois ont gagné la guerre des coûts dans les cleantech (Natixis PE Asia)

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Il est trop tard pour investir dans le solaire en Chine, mais des opportunités existent dans l’éolien, explique Gael de Barmon, président de Natixis Private Equity Asia, qui a investi dès 2004 dans les cleantech en Chine, notamment dans le solaire. Le fonds est toujours actionnaire de LDK Solar et est sorti de Suntech. Interview exclusive réalisé par Olivier Sasportas, correspondant en Chine.

GreenUnivers : Vous avez investi assez tôt dans le photovoltaïque en Chine. A l’époque, s’agissait-il déjà pour vous d’investir dans les « cleantech » ?

Nous sommes avant tout opportunistes. On regarde les cleantech avec l’oeil de l’investisseur analysant si c’est un bon secteur comme nous le faisons de beaucoup d’autres secteurs. L’essentiel est d’être a l’aise avec les dynamiques de demande,de compétition, de marges et de découvrir les bonnes sociétés. Nous avons vu avant les autres les opportunités que recelait le solaire en Chine, et c’est ce qui nous a permis de faire de bons deals a des prix raisonnables.

GU : Le solaire fait-il toujours partie de vos centres d’intérêt ?

On regarde surtout ce qui est lié à l’éolien. Nous avons investi dans les turbines éoliennes il y a un peu plus de vingt mois et nous regardons toujours les opportunités d’investir dans tout ce qui y est lié, mais avec circonspection car la compétition dans un certain nombre de segments de cette industrie a considérablement augmenté dans les derniers 18 mois. Pour ce qui est du solaire, nous avons déjà investi dans des sociétés qui sont devenues des leaders mondiaux – Suntech et LDK en Chine, E Ton à Taïwan. Nous voyons encore passer des deals, mais aujourd’hui nous pensons que la bonne période pour le private equity dans ce secteur est derrière nous. C’est trop tard. Les marges baissent, les barrières d’entrée ne sont pas énormes. De notre point de vue, il s’agit plus d’une course à la taille pour faire des économies d’échelle, et les positions de leader sont déjà clairement établies. A l’heure actuelle, il nous semble très difficile  de trouver dans le non coté chinois des futurs leaders de l’industrie solaire. Les leaders d’aujourd’hui seront les leaders de demain et ils sont déjà connus de tout le monde et sont cotés.

GU : Des leaders chinois en Chine, mais également dans le monde ?

Oui, les leaders mondiaux sont déjà chinois (Suntech et LDK, chacun dans leurs segments) et le resteront. D’autres groupes chinois se profilent aussi. Surtout parce que c’est un business qui est devenu un business de compétition sur les coûts, car la qualité des Chinois n’est pas très différente de celle des Européens aujourd’hui. Sur les coûts, les Européens et Américains ne peuvent pas gagner. Bien sûr, les Européens ont encore un petit avantage du point de vue de l’efficacité des cellules, mais les cellules étant vendues au prix du Watt, le manque d’efficacité peut-être compensé par des cellules plus grandes. Pour l’utilisateur, le prix au Watt est le même.

GU : Quels sont les obstacles à franchir pour investir dans ces secteurs en Chine ? Y-a-t-il des barrières spécifiques?

Lorsque nous avons investi dans le solaire (2004-2005), il n’y avait aucun frein à l’investissement pour les étrangers. L’industrie était naissante. Suntech a été vraiment la première société à avoir une taille significative, puis à être cotée. L’implication du gouvernement était de l’ordre du soutien. Des centres de recherche pour le solaire et l’éolien existaient. Suntech, par exemple, a été partiellement créé avec des fonds gouvernementaux de la province du Jiangsu. Il y avait donc un souci de développement relayé ensuite par les fonds privés locaux et internationaux. Encore aujourd’hui, je ne pense pas qu’il y ait de frein à l’investissement étranger dans ce secteur. En revanche, il y a clairement un soutien fort du gouvernement à ces entreprises qui sont des champions locaux. Soutien pour obtenir l’aide des banques, avoir accès aux contrats locaux d’installation. Le gouvernement veut que la Chine devienne un acteur majeur de l’industrie du solaire et il faut reconnaître qu’il a réussi.

GU : Votre constat est le même pour l’éolien ?

C’est différent. Le solaire en Chine est une industrie de production. Le marché est un marché d’export, vers l’Europe, les USA et le Japon  essentiellement. Il y a donc une certaine transparence. Pour ce qui est de l’éolien, la Chine est le premier marché mondial. Un marché de consommateurs. Il existe une industrie de production, mais le marché final, celui de l’installation, est en Chine. Le soutien du gouvernement est donc encore  plus clair. Globalement, les contraintes réglementaires imposent que 70% de la production d’une turbine à vent soit réalisée dans le pays. Ce qui oblige à choisir des locaux, ou pour les groupes internationaux de ce secteur, à relocaliser une partie de leur production en Chine.

Pour ce qui est des appels d’offres, les prix sont tellement tirés que les étrangers ne sont pas compétitifs. En plus, les Chinois exigent certaines spécificités quant à l’équipement, qui font que les seuls qui puissent y répondre sont les producteurs locaux. Là encore, l’agenda est de créer des acteurs mondiaux d’un marché qui est encore dominé par les Européens. On peut parler de protectionnisme ou de politique économique destiné à privilégier les entreprises chinoises.

GU : D’autres secteurs des cleantech attirent-ils votre attention ?

Nous avons un peu regardé le secteur des batteries pour voitures électriques. Tout le monde parle d’un marché énorme pour la Chine, mais il nous semble qu’il y a en réalité des barrières techniques très importantes. De la façon dont nous voyons les choses, personne en Chine n’a pu produire d’une façon industrielle significative des grosses batteries qui puissent être utilisées pour les voitures électriques.

GU : Même pas BYD ?

Pas à ma connaissance. Quoiqu’il en soit, ces sociétés ne correspondent pas à notre profil d’investissement. Ce ne sont pas encore des entreprises profitables. Elles intéressent d’avantage les capital-risqueurs.