Nicolas Heuzé (Bionersis) : « On ne pouvait guère attendre plus de Copenhague »

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NH2Les attentes vis-à-vis du Sommet de Copenhague étaient trop fortes, estime Nicolas Heuzé, directeur général de Bionersis, principale société française à développer des projets de Mécanismes de développement propre (MDP) liés à la valorisation du biogaz de décharge. Malgré l’échec des négociations, la réforme des MDP, instaurés par le Protocole de Kyoto, avance doucement, selon lui.

GreenUnivers : que pensez-vous du résultat du Sommet de Copenhague ?

Il y a eu beaucoup d’attente médiatique autour du Sommet mais on ne pouvait hélas guère en espérer plus. Les Américains avaient un rôle décisif à jouer, mais Barack Obama n’était pas libre d’agir : sa loi sur l’énergie n’a toujours pas été adoptée par le Congrès américain, il a donné la priorité à sa réforme de la santé. Il essaye d’avancer sur l’environnement, mais il se heurte à des résistances importantes et il ne pouvait pas prendre des engagements importants à Copenhague, sous peine de faire face à une fronde dans son pays. Mais les choses bougent : l’agence américaine de l’environnement (EPA) a déclaré le CO2 nocif il y a quelques jours, ce qui va favoriser une réglementation contre les émissions.

GU : est-ce que le dossier des MDP a évolué à Copenhague ?

Non, pas directement. Mais dans le texte final, les signataires ont malgré tout réitérer la nécessité de poursuivre les transferts de technologies entre les pays industrialisés et les pays émergents et le besoin de faire appel aux mécanismes de marché pour réduire les émissions de CO2. Ce qui entérine le rôle des MDP, ces projets développés dans les pays émergents pour réduire les émissions de gaz à effet de serre qui donnent lieu à des crédits carbone achetés par les pays industrialisés. Et en coulisses, il y a eu des réunions pour essayer d’améliorer la situation.

GU : quelles sont vos principales critiques à l’encontre du dispositif ?

D’abord, la lenteur des procédures onusiennes. Il faut en moyenne 18 mois pour faire enregistrer un projet : c’est très long et cela peut remettre en cause la viabilité économique d’un projet ou décourager des initiatives. L’ONU – ou plus exactement l’UNFCCC – a promis d’accélérer le délai d’examen des dossiers. Le deuxième problème, c’est l’inégalité de répartition des projets : la Chine et l’Inde sont les deux pays qui concentrent le plus de MDP. Alors qu’en Afrique, il y en a très peu. Enfin, certains projets lancés par des industriels donnent droit à de nombreux crédits carbone mais ce ne sont pas les plus efficaces pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Ils peuvent même être nocifs pour l’environnement. C’est dommage.

GU : l’Onu a récemment bloqué des projets éoliens chinois : est-ce un signal pour tous ceux qui ne seraient pas dans l’esprit des MDP ?

Oui, c’est un coup de semonce important. En bloquant ces projets qui auraient peut-être pu bénéficier de subventions de l’Etat chinois, l’Onu montre qu’elle devient plus vigilante. C’est un signal positif pour les développeurs de projets.

GU : à défaut d’une vaste réforme à Copenhague, à quoi faut-il s’attendre ?

Les discussions vont continuer en coulisses pour améliorer les procédures. Et puis, même si la tonalité générale post-Copenhague est négative, ne perdons pas de vue les quelques éléments positifs : les pays doivent déclarer leurs objectifs de baisse de leurs émissions d’ici à fin janvier 2010, l’Allemagne veut organiser une nouvelle conférence dans quelques mois et on peut espérer une issue plus positive lors du Sommet de Mexico, fin 2010. D’ici là, il est clair que le marché ne va guère évoluer, ni dans un sens ni dans l’autre. On a déjà vu que le marché du carbone ne s’était pas écroulé au lendemain de Copenhague car tous les professionnels avaient anticipé le résultat du Sommet. Evidemment, cela ne va pas inciter de nouveaux acteurs à venir sur ce marché. Mais ceux qui y sont déjà comme Bionersis vont continuer leur travail pour monter des projets. Nous aurons finalement moins ce concurrence pour nous développer…

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