La SNCF, nouvel investisseur dans les cleantech

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fabienneherlautLe fonds Eco-Mobilité Partenaires de la SNCF vient de prendre 20% du capital de Green Cove, une société spécialisée dans le covoiturage. Fabienne Herlaut, présidente de ce premier fonds corporate européen dédié à l’éco-mobilité, mise sur 5 à 6 investissements en 2009.

GreenUnivers : Pourquoi la SNCF s’est-elle dotée d’un fonds d’investissement ?

Le fonds a été créé en octobre 2008 avec l’objectif d’accéder à des idées innovantes, des services et produits que la SNCF ne peut pas développer en interne mais qui sont connexes à son activité. De nouveaux modes de transports plus respectueux de l’environnement émergent et nous devons les suivre. Cette ouverture sur le monde extérieur marque une vraie rupture dans la culture de l’entreprise. Le fonds s’intéresse aux jeunes sociétés françaises positionnées dans deux domaines : l’intermodalité avec des offres de transports peu polluants et complémentaires au train comme le covoiturage ou l’auto-partage, et la réduction de l’impact environnemental des transports, et en particulier du train. Dans ce second secteur, nous examinons beaucoup de projets liés à la réduction de la consommation d’énergie et aux énergies renouvelables, par exemple des offres de panneaux photovoltaïques sur les parkings.

GU : quelle est votre stratégie d’investisseur ?

Notre fonds est doté de 15 millions d’euros pour faire des opérations de développement, voire d’amorçage. L’objectif est de prendre des participations minoritaires, en-dessous de la minorité de blocage. Nous nous positionnons sur le long terme, au moins six ans, avec un ticket d’entrée qui peut aller jusqu’à 2 millions d’euros. L’idée n’est pas ensuite que la SNCF rachète la société, même si cette hypothèse ne peut être complètement écartée. Nous visons une dizaine de participations en portefeuille, et si nous réalisons 5 ou 6 deals en 2009, ce sera un bon résultat.

GU : En-dehors de l’apport financier, est-ce que vous apportez des contrats commerciaux aux start up ?

Il peut évidemment y avoir des contrats qui vont aider l’entreprise à démarrer, mais la SNCF ne doit pas être l’unique client. Nous apportons aussi notre image forte, gage de crédibilité, et  notre capacité industrielle : il peut y avoir des échanges avec nos différents services pour tester des produits ou services, par exemple.

GU : quelles sont vos deux premières participations ?

Fin 2008, nous avons pris 30% du capital de Vulog, une société qui fait de l’auto-partage, implantée à Antibes dans les Alpes-Maritimes. Et nous venons de réaliser notre deuxième investissement dans Green Cove, dont l’offre de covoiturage est complémentaire par rapport au train et à l’activité de notre filiale de transports en commun Keolis. Même si le marché du covoiturage en France devrait rester modeste, cette société présente de belles perspectives de profitabilité. Nous avons pris 20% de Green Cove pour environ 500 000 euros aux côtés d’un industriel, Norauto : c’est une formule intéressante car elle apporte beaucoup de crédibilité.

GU : Comment sélectionnez-vous les dossiers ?

Nous recevons entre 15 et 20 projets par mois et nous avons aujourd’hui 70 projets en portefeuille, dont une petite cinquantaine de qualité et bien dans notre cible. 35% des projets ont été apportés par l’interne, par les cheminots, ce qui est très bien. 46% par l’équipe du fonds et 19% sont des candidatures spontanées. Nous avons bouclé deux deals, un autre dossier est en négociation et 8 sont en phase d’approfondissement. Nos critères sont assez classiques : outre la complémentarité avec la SNCF, nous regardons la qualité de l’équipe et la différenciation du produit ou du service. Il y a beaucoup d’innovations dans les transports : tout ne marchera pas, nous faisons des paris.