Nouveau rendez-vous hebdomadaire « marché du carbone » avec BlueNext : quels effets attendre de la récession ?

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L’analyse de David Rapin, Directeur du développement de BlueNext SA, la bourse de l’environnement.  

GU : Quel impact la récession peut-elle avoir sur le marché du carbone ?

Il y a d’abord un effet à court terme. Pour s’adapter à la baisse de la demande, des aciéristes comme Arcelor Mittal ou Corus ont annoncé des fermetures provisoires de sites. D’autres secteurs, comme le papier ou la céramique – crise de l’immobilier oblige – sont touchés. Ils vont réduire leur production pendant quelques mois, ce qui va faire baisser la demande en quotas de carbone. Les prix ont d’ailleurs déjà en partie intégré cette diminution : il y a quelques semaines, on évoluait dans une fourchette de 22-23 euros le quota européen (EUA), là, nous sommes plutôt vers 17,5-18 euros sur le marché au comptant. La perte de croissance (de 1 à 1,5 point en moins par rapport aux prévisions initiales) devrait réduire de 30 millions de tonnes la production de CO2 en 2008 en Europe, et de 60 millions de tonnes en 2009, selon une étude de la Deutsche Bank. Ce qui reste malgré tout à mettre en perspective des 2,1 milliards de tonnes de CO2 alloués par an au niveau de l’Europe des 27.  

GU : Est-ce que la hausse des échanges sur le marché au comptant tire aussi les prix à la baisse ?

Partiellement, un second élément plus technique a fait baisser les prix. Certains pays européens, comme l’Allemagne et la Pologne, n’ont pas encore alloué leurs quotas de CO2 pour 2008 à leurs sites industriels, ce qui bloque les ventes au comptant des industriels sur le marché. Le Royaume-Uni vient juste de le faire. Du coup, les industriels britanniques qui se retrouvent avec des surplus les ont mis en vente sur le marché spot. C’est ce qui explique notamment la hausse des volumes enregistrée la semaine dernière sur BlueNext avec 3,7 millions de tonnes échangés le 29 octobre 2008. Cette augmentation de l’offre disponible se répercute aussi sur les prix.  

GU : A plus long terme, faut-il s’attendre à d’autres effets ?

La récession conduit certains pays à durcir leurs positions dans les négociations du paquet « climat énergie » au sein de l’Union européenne, comme la Pologne ou l’Italie. Ils redoutent une perte de compétitivité de leur industrie par rapport aux concurrents non européens et souhaitent notamment un assouplissement sur la proposition de mises aux enchères payantes des quotas de CO2 à partir de 2013. D’autres Etats, comme la France ou le Royaume-Uni, veulent maintenir le cap, mais les discussions vont être très difficiles. Le second point d’achoppement, c’est la possibilité donnée aux entreprises d’acheter plus de crédits carbone, les crédits Kyoto (les CER). Chaque Etat a fixé une limite à ses entreprises pour restituer des crédits en échange d’émissions excessives, en France elle est de 13%. Certains pays voudraient aller au-delà alors que la Commission Européenne milite pour une limite plus faible, favorisant les réductions sur le territoire de l’Union. La récession rend la concurrence internationale plus vive et pousse certains à retarder l’application de mesures de lutte plus drastiques contre les émissions de CO2.