Nouvelle donne en 2024 dans la filière hydrogène [Dossier]

@Daimler

« La fin de l’euphorie ? Non. Il faut rappeler que certains ont survendu l’hydrogène. » C’est avec une dose de réalisme que Philippe Boucly, président de l’association professionnelle France Hydrogène, analyse aujourd’hui le développement d’une filière qui, par le passé, a fait l’objet d’un fort soutien politique. Mais qui exprime désormais son « impatience » à voir les promesses de l’Etat se concrétiser.

« Là où il y a un intérêt »

Révision de la stratégie nationale, mécanisme de soutien à la production, définition de l’hydrogène bas carbone… « Le cadre juridique peine quand même à sortir », déplore Philippe Boucly dans le podcast intitulé « Faut-il redouter un trou d’air dans la filière hydrogène ? » que vient de diffuser GreenUnivers.

« Non, il ne faut pas craindre de trou d’air », mais rester « convaincu et persévérant dans le fait de faire avancer les projets », répond dans le même podcast Caroline Mazzoleni, directrice activités hydrogène et e-fuels d’Equans France. « La phase d’euphorie initiale a permis de focaliser l’hydrogène sur les vrais enjeux, là où il y a un intérêt. »

En 2023 déjà, la filière avait senti le vent tourner. Finis les discours grandiloquents des responsables politiques. Du côté des projets, les décisions finales d’investissement se sont faits rares. Et sur le soutien public, 2024 s’inscrit dans la même lignée. « En France, 2024 est une année assez blanche au niveau des subventions et, sur 2025, on n’a pas de visibilité », témoigne Jérémy Da Costa, cofondateur du développeur Arhyze. A l’exemple des projets dans la mobilité, pour lesquels les résultats de l’appel à projets de l’Ademe ont des mois de retard : « les aides se raréfient et, sans soutien au développement des usages, ces projets ne sont pas viables », pointe le dirigeant. « Donc les porteurs de projets doivent se diversifier. »

Autrement dit, les acteurs de la filière hydrogène ont dû affiner, voire revoir leurs stratégies.

Loin des débats nationaux, « il y a toujours des dynamiques dans les territoires », tempère tout de même Valérie Ruiz-Domingo, vice-présidente d’Engie, en charge de l’hydrogène. La filière continue en effet de se structurer, sur la fabrication des équipements, la production et le transport d’hydrogène en attendant de voir les usages se massifier. Une tendance observée en France mais aussi à l’international : si le Royaume-Uni avance « très fortement », selon Philippe Boucly, le volontarisme de l’Allemagne est aussi souvent mis en avant.

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