La transition énergétique remise en cause par la crise pétrolière ?

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Evolution du fonds Clean Energie au 1er trimestre 2020 (Source Pictet)

Quel sera l’impact de la crise du Covid-19 et plus précisément de la chute des prix du pétrole sur les énergies nouvelles ? A cette question, Xavier Chollet, co-gérant du fonds Clean Energy de Pictet Asset Management, a apporté lors d’un webinar une réponse plutôt sereine. « La pandémie place les questions de santé au premier rang des préoccupations des gouvernements et des citoyens, et cela devrait se poursuivre quand il s’agira d’évoquer les plans de relance. Or ...

la pollution de l’air est responsable de 7 millions de morts par an dans le monde, bien plus que le Covid-19″. Et de rappeler que les particules fines viennent en grande partie du charbon, du pétrole utilisé dans les transports et de l’industrie. « L’une des leçons de la crise actuelle, c’est qu’il faut davantage anticiper et agir avant qu’il ne soit trop tard : il faudra donc développer encore plus les énergies renouvelables et la mobilité électrique pour améliorer la qualité de l’air et réduire le nombre de morts liées aux infections respiratoires », estime Xavier Chollet. 

Pas d’impact de la chute du prix de l’or noir

A cette motivation sanitaire s’ajoute selon lui la mobilisation en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique à la fois des jeunes mais aussi des métropoles et des grandes entreprises, notamment celles engagées au sein de la coalition RE100 pour une production d’électricité d’origine 100% renouvelable. Il n’est donc pas inquiet d’un changement des priorités post-crise Covid-19 qui conduirait à un ralentissement de l’investissement dans la transition énergétique. 

La chute du prix du pétrole, qui rend les énergies renouvelables beaucoup moins attractives, ne risque-t-elle pas de peser, au moins à court terme ? « Il n’y a pas de corrélation directe entre les cours du pétrole et les énergies renouvelables. Ces dernières ont vu leur prix baisser de manière très forte ces dernières années ce qui les rend compétitives », répond Xavier Chollet. Et d’argumenter avec deux points positifs malgré la volatilité des cours du pétrole et la correction boursière : 1/ un apport net d’argent pour le fonds de 56 M$ en mars qui montre que les investisseurs sont toujours à l’achat, 2/ une surperformance du fonds Pictet Clean Energy au 1er trimestre 2020 de 5,4% par rapport à l’indice MSCI ACWI.

EnR et mobilité électrique vont sortir renforcées de la crise

Sur quels secteurs miser pour préparer la reprise ? Les renouvelables et la mobilité électrique sont privilégiées. Et l’hydrogène ? « C’est une solution intéressante pour le stockage de l’électricité et en matière de mobilité, uniquement pour les camions. Mais les sociétés de ce secteur sont très volatiles et n’entrent pas encore dans notre univers d’investissement, nous les regardons pour le futur ». 

Xavier Chollet s’intéresse aussi aux opérateurs de data centers, très sollicités avec l’explosion du télétravail, et aux technologies permettant de limiter la consommation d’électricité comme les semi-conducteurs de puissance. « Il faudra réduire la consommation d’électricité importante liée à la croissance du digital et de l’intelligence artificielle qui vont sortir renforcés de la crise ». 

Les principaux secteurs suivis par le fonds Pictet Clean Energy sont les enabling technologies (34% du portefeuille), les énergies renouvelables (21%), l’efficient manufacturing (18%), le bâtiment vert (11%) et la mobilité intelligente (9%). Parmi ses principales participations au 31 mars 2020, on retrouve Enel, Iberdrola, Nextera, NXP, Applied Materials…