Green Deal : « Il faut faire remonter un pipeline de projets » [A. Gazzo]

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Alexis Gazzo (EY)

Entretien avec Alexis Gazzo, partner EY –

Les dirigeants européens se retrouvent ce 23 avril en visioconférence pour un Sommet largement consacré à la crise du Covid-19. Mais pas seulement : il est temps de « jeter les bases d’une reprise économique musclée », a prévenu le président du Conseil, Charles Michel. Quelle place pour la transition énergétique et écologique dans ce plan de relance ? Le Green Deal en préparation à Bruxelles pourra-t-il s’imposer ? Des projets industriels « verts » peuvent-ils en bénéficier ? Eléments de réponse avec Alexis Gazzo.

GreenUnivers : Que peut-on attendre du Sommet européen d’aujourd’hui ?

Alexis Gazzo : On peut espérer ...

en retirer de premiers éléments sur la nature du plan de relance européen : jusqu’à quel point sera-t-il vert ? Va-t-on tirer les leçons du passé et profiter de la crise actuelle pour évoluer vers une économie plus résiliente, davantage portée sur les ressources domestiques et la dimension bas carbone ? Si l’Union européenne veut vraiment atteindre la neutralité carbone en 2050, elle devra relever son objectif d’une réduction de 40% de ses émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2030 par rapport aux niveaux de 1990, pour passer à 50 ou 55%. C’est un point d’achoppement pour l’instant, la décision ayant été reportée, mais cela peut devenir une clé de voûte pour le plan de relance. Plus que jamais, les investissements massifs seront portés par la puissance publique, dans les Etats et au niveau européen, la vision du politique sera donc très importante. Beaucoup dépendra du niveau d’attention des gouvernements aux questions climatiques dans le contexte difficile de la crise Covid-19.

« L’intégration des EnR dans les réseaux parmi les priorités » 

GU : Le projet de Green Deal couvre aujourd’hui de nombreux secteurs, de l’énergie propre à la biodiversité en passant par l’économie circulaire, quels sont ceux qui pourraient être privilégiés ?

AG : Il va effectivement falloir choisir des priorités, le projet est encore en construction. A ce stade, on trouve des propositions intéressantes pour une amélioration de l’intégration des énergies renouvelables dans les réseaux, le stockage, l’éolien en mer, le captage et stockage du CO2 ou encore l’hydrogène vert. Mais les visions diffèrent selon les Etats et aussi le poids des grandes utilities frappées par la crise : la compagnie d’électricité grecque publique PPC a par exemple la production la plus carbonée d’Europe, est-ce qu’elle sera encline à accélérer ses investissements pour diversifier son mix ou au contraire va-t-elle vouloir se concentrer sur son cœur d’activité ? Les arbitrages entre le temps long et le temps court seront intéressants à suivre.

GU : La réindustrialisation d’activités stratégiques en Europe revient dans les discussions. Est-ce que la transition énergétique peut en bénéficier ?  

AG : Le sujet sera clé, des projets ont déjà été lancés pour doter l’Europe d’une capacité de production dans le domaine des batteries. On reparle aussi, entre autres, de production de panneaux solaires, y compris en France. Il serait logique d’investir en priorité dans des projets productifs qui vont créer de l’activité et de l’emploi. Pour des projets industriels ambitieux, il y a une fenêtre d’opportunités pour obtenir des financements conséquents.

« Créer un mouvement bottom-up »

GU : Comment en profiter ?

AG : Pour convaincre les politiques de s’engager, il me semble important d’arriver assez vite à identifier un important pipeline de projets, de l’infrastructure aux start-up innovantes, et de faire remonter des dossiers ambitieux dans les secteurs clés identifiés dans le Green Deal et la taxonomie verte. Pour l’instant, tout part de la Commission, mais il faut susciter un mouvement bottom-up : les acteurs de terrain, les fédérations, les Etats doivent identifier et faire émerger les projets qui demain pourront bénéficier des soutiens. 

GU : Quels types de financements sont prévus ?

AG : Le plan annoncé par Bruxelles prévoit au moins 1 000 Mds€ sur dix ans, avec un mélange de fonds propres, de prêts et de garanties. Mais ce ne sera pas forcément de l’argent nouveau : certaines enveloppes reprennent des dispositifs existants, par exemple du Feder. Un montant de plus de 500 Mds€ devrait provenir du budget européen. Et puis il y a aussi le dispositif InvestEU, la suite du plan Juncker qui intègre la BEI et s’appuiera sur des financements privés avec effet de levier. Les montants sont importants, mais on attend encore une clarification sur les différents véhicules.