Le Covid-19 révèle les failles du système électrique

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(c) Pixabay

Pour le système électrique, la situation est « proprement inédite », observe France Stratégie. L’institution rattachée au Premier ministre s’est penchée sur l’impact de la crise du Covid-19 sur le secteur électrique, dans une note consultable ci-dessous. Au-delà des circonstances actuelles, par nature exceptionnelles, elle en tire une leçon : le système électrique n’est pas ...

prêt pour répondre aux défis à venir.

« La chute impressionnante de l’activité économique engendrée par le confinement aurait pu créer des marges de manœuvre facilitant la gestion du système de production, de transport et de distribution de l’électricité. Il n’en est rien. Plusieurs effets de la crise fragilisent ce système plutôt qu’ils ne le consolident », jugent les auteurs.

Une crise assez longue

Le confinement généralisé de la population s’est accompagné d’une chute de la demande électrique, ainsi que d’une modification de la courbe de charge. La pointe de consommation en début de matinée a disparu, par exemple. France Stratégie liste ensuite une myriade d’autres effets. Comme la forte diminution des prix de l’électricité, qui a grévé les revenus des acteurs du secteur, avec des fournisseurs alternatifs piégés par le dispositif de l’Arenh. « Les baisses de prix se sont généralisées sur le continent au fil des ordres de confinement, y compris pour les contrats à terme en 2021 et 2022, preuve que le marché anticipe une crise assez longue. » Ces mouvements ont aussi été impactés par la diminution concomitante du prix du carbone sur le marché européen, dont l’évolution reste encore incertaine.

France Stratégie anticipe également une baisse des recettes des gestionnaires de réseau (car il y a moins d’énergie acheminée), donc une hausse du Turpe en 2021 pour couvrir les investissements, ce qui se répercutera à la hausse sur le prix du kilowattheure pour le consommateur final. Par ailleurs, la baisse des prix sur les marchés de gros va entraîner une augmentation du coût du soutien aux énergies renouvelables (pour compenser l’écart entre prix du marché et tarif d’achat). Ainsi qu’un déséquilibre du compte d’affectation spécial Transition énergétique rattaché au budget de l’État, lui-même étant alimenté par la taxe TICPE dont les recettes sont en forte diminution à cause du confinement.

L’électrification des usages

Enfin, avec la baisse de la demande, couplée à l’absence de moyens de flexibilité dans l’industrie et à la priorité d’injection accordée aux renouvelables, plusieurs effets se font sentir. La part dans le mix des moyens de production non pilotables, typiquement l’éolien et le solaire, a augmenté. La sécurité d’approvisionnement à très court terme est « fragilisée » et l’offre devient par moments supérieure à la demande avec des périodes de prix négatifs qui pourraient battre des records.

Tous ces phénomènes devront être étudiés de près pour « répondre dans de bonnes conditions de sécurité aux défis des années à venir ». Pas forcément pour se préparer à d’autres crises sanitaires. Mais plutôt à l’électrification envisagée pour décarboner les usages : « nos systèmes n’y sont pas prêts », pointe France Stratégie. L’institution n’apporte aucune solution à la problématique soulevée, mais elle promet de poursuivre ses travaux pour « contribuer à poser les termes des réflexions à mener sur le sujet ».

  • Consultez ci-dessous la note complète de France Stratégie (ou ici en PDF)