Eolien flottant : pourquoi les projets pilotes repartent à Bruxelles [Enquête]

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(Crédit : Asltom/DCNS)

Les quatre projets pilotes de fermes éoliennes flottantes, attribués en 2016, sont encore en cours de développement. Leur mise en service, initialement prévue cette année, aura lieu dans le meilleur des cas en 2022. Un retard qui s’explique, pour trois d’entre eux, par un défaut de fournisseur. Seul EDF (Provence Grand Large, dont le fournisseur est Siemens-Gamesa) a été épargné, mais son projet fait l’objet d’un recours. Les parcs de Gruissan Eolmed et Golfe du Lion ont ainsi pâti de la faillite de l’allemand Senvion, tandis que celui de Groix Belle-île a fait les frais du défaut volontaire de General Electric, qui n’a pas souhaité honorer sa commande. Les trois porteurs de projets ont donc dû choisir un nouveau turbinier, en l’espèce MHI Vestas. Un imprévu dont les conséquences ne sont pas anodines puisque, ces projets doivent à nouveau obtenir le feu vert des autorités françaises et européennes. La procédure est en cours.

Moins de turbines, plus de puissance

Le changement de fournisseur s’est traduit par ...

des modifications profondes des trois projets. Dotés initialement de quatre éoliennes de 6 MW, ils sont passés à trois éoliennes d’une capacité unitaire de 9,5 MW pour Groix Belle-île et 10 MW pour Gruissan Eolmed et Golfe du Lion. De fait, la puissance des parcs est passée respectivement de 24 MW à 28,5 MW et 30 MW, soit une hausse d’environ 25%. Les éoliennes changent logiquement d’envergure mais pas dans les mêmes proportions que la capacité. L’éolienne que fournira MHI Vestas présentera un diamètre de rotor de 174 mètres à comparer aux 150 mètres de l’Haliade 150-6MW et 152 m pour le modèle 6.3M152 de Senvion, soit environ +16%. La hauteur du mât est relevée d’environ 10 mètres, soit 10% de plus que les modèles initiaux.

Des modifications jugées suffisamment significatives pour nécessiter l’obtention de nouvelles autorisations administratives (via un « porté à connaissance ») par les services de l’Etat, mais aussi la Direction générale de la Concurrence de la Commission Européenne. En effet, ces projets font l’objet d’un soutien financier public important (aide à l’investissement + tarif d’achat) ce qui impose une mise à jour des notifications des aides d’Etat auprès de Bruxelles. Interrogé par GreenUnivers, le porte-parole de la représentation de la Commission européenne en France confirme : « la Commission est en contact avec les autorités françaises à propos des modifications de ces projets ». En revanche, il ne souhaite pas commenter le stade de la procédure en cours.

Pas d’effet d’aubaine selon les développeurs

L’augmentation de la capacité des futurs parcs associée à une technologie de pointe va-t-elle modifier sensiblement le productible des projets et donc leur rentabilité ? C’est le point central étudié actuellement par les autorités françaises et européennes dans le cadre des aides d’Etat. Avec un tarif d’achat de 240 €/MWh indexé sur 20 ans, toute production additionnelle va mécaniquement augmenter les revenus associés.

Pour autant, les différentes parties prenantes interrogées rejettent toute idée d’effet d’aubaine. « On peut effectivement s’attendre à une production en légère hausse mais pas de manière proportionnelle avec la capacité des éoliennes. Impossible de faire une simple règle de trois. Il faut prendre en compte la surface balayée, le seuil d’atteinte de la pleine puissance, et bien d’autres paramètres techniques. Nous sommes en train de nous y atteler », indique Christophe Chabert, responsable développement Grand Ouest chez Eolfi, développeur du parc de Groix Belle-île.

Même son de cloche d’un autre développeur concerné préférant garder l’anonymat : « Cette histoire de fournisseur nous a fait perdre plus d’un an de travail pendant laquelle il a bien fallu payer le personnel. Il faut refaire tous les calculs de portance et de résistance. Le design du flotteur devra nécessairement être adapté. L’un dans l’autre, le bilan économique restera inchangé », assure-t-il. Et d’ajouter : « De toute manière, le système d’aide a été prévu pour éviter tout effet d’aubaine ». En effet, les aides à l’investissement (entre 60 et 83 M€ selon les projets) sont des avances remboursables qui dépendent des performances économiques des parcs. Les acteurs interrogés par GreenUnivers se disent donc confiants sur le feu vert de Bruxelles, attendu dans les prochaines semaines.

Quid des finances publiques ?

Une absence d’effet d’aubaine pour les acteurs économiques ne signifie pas pour autant qu’il n’y aura pas de conséquences sur les finances publiques. Sur cette question, le ministère de la Transition écologique et solidaire (MTES), le ministère de l’Economie et des Finances ainsi que l’Ademe, tous interrogés à plusieurs reprises par la rédaction, n’ont pas souhaité répondre à nos questions.

Et pour cause, au regard du niveau du tarif d’achat (240 €/MWh), de la durée du contrat (20 ans), la moindre hausse de production se traduira par des millions d’euros supplémentaires de dépenses publiques. En reprenant les chiffres des développeurs sur le productible des différents parcs (1 950 GWh pour Eolmed, 2 000 GWh pour Golfe du Lion et 1 800 GWh pour Groix Belle-île sur 20 ans), une simple hausse de 10% de la production annuelle représenterait, selon nos calculs, pas moins de 138 M€ additionnels pour les finances publiques sur les 20 ans de contrats.

  • Tous les détails de l’appel à projets « Fermes éoliennes flottantes » sur notre page dédiée