EnR : « La priorité n’est pas à l’investissement », Christine Delamarre [Unifergie]

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Entretien avec Christine Delamarre – directrice générale d’Unifergie

(© Unifergie)

La crise liée au Covid-19 fait-elle évoluer les conditions de financement des énergies renouvelables ? Alors que les fonds d’infrastructures anticipent des évolutions, la directrice générale d’Unifergie (groupe Crédit Agricole*) observe à court terme un renchérissement de l’accès à la liquidité. Les projets déjà engagés sont bouclés, mais pour les autres, elle préconise d’attendre. Le refinancement des prêts bridges pourrait être délicat. 

En 2019 dans les énergies renouvelables en France, le groupe Crédit Agricole a arrangé 2,8 Mds€ de dette et souscrit 1,6 Md€, dont 880 M€ pour Unifergie. Il compte une soixantaine de clients dans le secteur. 

GreenUnivers : Comment analysez-vous la situation actuelle ?

Christine Delamarre : En tant que banque et ...

au-delà du secteur des énergies renouvelables dont je m’occupe, nous avons dans cette crise un rôle de soutien à l’économie du pays et participons donc pleinement à l’effort engagé par l’Etat qui a mobilisé 300 Mds€ de garanties pour soulager la trésorerie des entreprises. La situation est très compliquée : la plupart des sociétés ont une activité réduite ou à l’arrêt et sont donc privées de revenus. Nous recevons des milliers, voire des millions de demandes de reports de paiement et nous nous sommes organisés pour y répondre dans l’urgence car il faut les sauver de la banqueroute. L’équipe Energies renouvelables du Crédit Agricole est aujourd’hui en grande partie mobilisée sur cette opération moratoire.  

GU : Et pour le secteur des énergies renouvelables ?

CD : Nous avons envoyé un message à tous nos clients pour leur dire que nous étions à leurs côtés mais il n’y a pas de catastrophisme immédiat. L’énergie fait partie des activités essentielles et les sociétés de projets continuent de tourner et à engranger des revenus qui permettent de rembourser la dette. Il y a bien sûr un risque sur la maintenance, avec des possibilités réduites d’intervention sur le terrain mais beaucoup de choses peuvent se piloter à distance. Les problèmes concernent surtout le déroulement des chantiers avec la difficulté de récupérer des autorisations nécessaires, même si l’administration se montre conciliante, et surtout l’acheminement du matériel. Les difficultés d’approvisionnement sont réelles. Cela va provoquer des retards qui vont engendrer des coûts supplémentaires et une hausse des frais financiers. 

Le refinancement des prêts bridges est délicat

GU : Est-ce que vous continuez à financer des projets d’EnR ?

CD : L’activité n’est pas arrêtée même si elle est ralentie. Les projets déjà engagés sont menés à bien. Nous venons de boucler deux dossiers :  nous avons arrangé un financement pour des projets solaires de Smart Energies représentant 30 MW et 50 M€ d’investissement, et signé pour un financement de 31 M€ avec le développeur Soleil du Sud pour 92 centrales en toiture représentant 16 MWc en cumulé. C’est en revanche beaucoup plus compliqué pour les projets dont le dossier n’était pas engagé.

GU : Quelle est la situation ?

CD : Les banques sont solides, ce n’est pas la crise de 2008, les taux sont au plus bas mais l’accès à la liquidité s’est brutalement renchéri avec une hausse des spreads de plus de 50%, qui nous fait passer de 100 à 150 voire 160 points de base. Pour les développeurs qui doivent se refinancer, notamment parce qu’ils avaient signé des prêts bridges, la situation est délicate. Nous cherchons des solutions, par exemple auprès de la Banque européenne d’investissement qui nous avait accordé une ligne de crédit de 500 M€ en juin 2019. Pour les projets dont le financement allait démarrer, il est préférable de geler les dossiers et d’attendre la fin de la crise, que nous espérons progressive en mai et juin, pour bénéficier de meilleures conditions. Pour l’instant, la priorité des banques n’est pas à l’investissement mais au sauvetage de l’économie.

GU : Le financement des PPA et de l’autoconsommation est-il menacé par la baisse du prix de l’électricité ?

CD : Il y a un problème de fond d’équilibre économique, lié aux conditions de ces contrats comme le positionnement prix ou leur durée, mais ce n’est pas provoqué par la crise actuelle. Les prix de l’électricité devraient remonter. Il est clair qu’il va y avoir un ralentissement des dossiers, l’année 2020 sera celle de la quarantaine à ce niveau là aussi, mais les fondamentaux du secteur restent bons et le Crédit Agricole compte bien poursuivre ses engagements dans la transition énergétique une fois la situation apaisée. 

*Caisses régionales du Crédit Agricole, Cacib, Unifergie, LCL