Hydrogène de France lancé dans les piles à combustible industrielles

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En parallèle de la future co-entreprise Michelin-Symbio-Faurecia, un nouvel acteur industriel français prend forme dans la production d’hydrogène d’origine renouvelable et la fabrication de piles à combustible (PAC) : Hydrogène de France (HdF), issu pour sa part du développement de projets de production d’électricité renouvelable mais constante, avec stockage sous forme d’hydrogène pour l’essentiel.

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piles à combustible de puissance, supérieures à 1 MW, HdF a signé hier un accord avec le canadien Ballard Power Systems, basé à Vancouver et producteur de PAC depuis 40 ans (pour un volume de 100 MW au total aujourd’hui, surtout sur le marché du transport lourd). L’accord prévoit un transfert de technologie – en l’occurrence sous solution PEM* – depuis Ballard vers HdF Industry pour que le français puisse fabriquer, dans la région de Bordeaux, des PAC correspondant à ses besoins. C’est-à-dire pouvant être installées dans les parcs EnR développés puis exploités par sa branche énergie ou dans des projets de concurrents, pour l’instant rarissimes.

Discussion avec les investisseurs

Concrètement, l’opération va donner naissance à une usine, opérationnelle en 2022, avec 50 MW de capacité de production espérées en 2025, fournis par une centaine d’employés. Un projet à 15 M€, où l’achat de la technologie Ballard pèse lourd et dont le montage financier reste à boucler : « Nous sommes en discussion avec les investisseurs et disposons aussi d’une bonne capacité d’autofinancement », affirme Damien Havard, fondateur et propriétaire à 80% de HdF.

Quel est son raisonnement, qui a manifestement convaincu l’industriel de Vancouver de rejoindre l’aventure ? 1) Le stockage des énergies renouvelables va devenir incontournable 2) Là où l’électricité est chère et carbonée, il existe déjà un modèle d’affaires. C’est le cas en Guyane avec le projet CEOG vendu à Meridiam. Or le pipe sécurisé de HdF Energy s’élève à 6 projets de 60 MW solaires et 3 MW de stockage sous PAC chacun, avec en ligne de mire d’autres chantiers, dont deux incluant une PAC de 50 MW ; ils sont situés hors Europe, en Guyane, en Caraïbe anglophone, en Indonésie et en Australie, entre autres.

PAC de 30 000 heures

C’est ce portefeuille de stockage stationnaire massif dédié aux EnR intermittentes et les perspectives du marché qui motivent l’implantation d’une usine dans l’Hexagone et la plongée de ce développeur « EnR + H2 » dans le grand bain de l’industrie. Pourquoi Ballard, et pas un acteur français tel que Helion Hydrogen Power, nouveau nom de l’activité stockage d’énergie d’Areva ? « Ballard est le seul industriel au monde à bénéficier de PAC puissantes en service sur plus de 30 000 heures, dans des bus londoniens par exemple, sans demander de subvention. C’est important pour les financiers », fait remarquer Damien Havard.

Qu’en est-il des perspectives de l’hydrogène de forte capacité en dehors des usages énergétiques, ie dans les transports, par exemple dans le maritime, le ferroviaire, les transports en commun ? HdF et Ballard n’excluent pas de flécher une partie de la future production vers ce marché-là, même si ce n’est pas le premier visé. « Nous n‘avons pas d’accord formel à ce sujet, précise Nicolas Pocard, directeur marketing du groupe canadien. Mais on imagine bien pouvoir utiliser la capacité de production en France de PAC de grosses puissances pour des projets maritimes. Le but est avant tout d’abaisser les coûts de production. » De fait, pour l’instant, il faut compter un Capex** de 4 M€/MW. Ce qui fait quand même encore un peu cher du moteur, sachant qu’un bus embarque une PAC de 60 à 100 kW, un train régional 400 kW et un ferry, 800 kW. Pour sa part, l’usine HdF de Bordeaux se lancera tout de suite sur l’assemblage d’unités de plus de 1 MW, sur un créneau que n’explore pas industriellement Ballard Power Systems.

Concept dénommé « renewstable »

En parallèle du bouclage du montage financier de la future usine, Hydrogène de France finalise son appel d’offres EPCistes*** pour la centrale CEOG en Guyane, le lauréat étant désigné dans les prochaines semaines, annonce Damien Havard. Détenue à 60% par Meridiam, 30% par les raffineries Sara et 10% par HdF, cette centrale de 60 MW solaires doit être construite au premier semestre 2020 et entrer en service en 2022. Elle comprend un stockage de 6 tonnes d’hydrogène dans deux containers et des batteries de 30 MWh, pour une production régulière garantie à EDF, à partir d’une puissance de base de 10 MW le jour jusqu’à 20h00 et de 3 MW la nuit, toute l’année. La capacité de stockage y atteint 120 MWh (90 MWh H2 + 30 MWh par batteries) et met en application un concept dénommé « renewstable », même si des groupes électrogènes peuvent quand même intervenir en secours.

Dans ce projet de 100 M€, dont HdF est en partie l’exploitant et qui va lui fournir des informations et des revenus pour développer par ailleurs son usine de Bordeaux, « le prix de l’énergie est compétitif par rapport au coût réel de production dans l’Ouest guyanais**** et sans externalité », affirme Sylvain Charrier, directeur de l’international chez HdF. Cette société de 18 personnes, parmi lesquelles deux anciens cofondateur et manager du fabricant aquitain de trackers solaires Exosun, dégage un chiffre d’affaires de 2,5 M€ qui devrait tripler l’an prochain, selon Damien Havard. Ses fonds propres ressortent à 2 M€.

*Proton exchange membrane (PEM), membrane à électrolyte polymère.

**Capital expenditure, investissement de départ par opposition aux frais d’exploitation

***Engineering Procurement Construction, entreprise en charge de la préparation du chantier, de la construction et de la livraison.

**** Le prix du mix global guyanais ressort à 243€/MWh et bénéficie de l’effet de l’hydroélectricité. Le prix fourni par la centrale CEOG est annoncé compétitif et propre, par rapport aux moyens de production thermiques neufs.

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