Les bus à hydrogène prêts à démarrer en France

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(Crédit : T. Blosseville)

C’est une Toyota Mirai qui accueillait ces 10 et 11 juillet les participants aux « Journées hydrogène dans les territoires ». Cette voiture illustre bien le débouché le plus en vue pour la filière hydrogène lors de cet événement organisé à Marseille par l’association Afhypac : la mobilité apparaît en effet comme un marché prêt à accueillir la molécule H2. Pour être exact, plus que les voitures comme la Mirai, c’est le transport public qui pourrait servir de locomotive à la filière à court terme. Grâce aux trains à hydrogène d’abord : 4 Régions* sont intéressées pour en commander 14 à Alstom (et la SNCF devrait en acheter un quinzième pour que les autres Régions puissent tester la technologie). Mais surtout grâce aux bus.

« Aujourd’hui, nous avons plus de projets hydrogène dans ...

la mobilité que dans l’industrie », témoigne Christelle Rouillé, directrice générale d’Hynamics, la toute nouvelle filiale d’EDF qui se positionne comme producteur et commercialisateur d’hydrogène décarboné. « Le marché commence à bouger. » La dirigeante évoque un rapport de « un à deux » entre le nombre de projets H2 dans les transports et ceux dans l’industrie. La raison est double. D’abord, les collectivités locales sont soumises à des obligations réglementaires en termes d’intégration de véhicules propres dans leurs flottes. Ensuite, « les élus locaux doivent répondre aux demandes de leurs administrés sur la santé publique », complète Christelle Rouillé. Dans ce contexte, les bennes à ordures pourraient passer à l’hydrogène (Dijon en veut huit, la métropole Aix-Marseille-Provence y réfléchit…). Mais surtout les bus, donc.

1 000 bus en 4 ans

« Le plan de Nicolas Hulot l’an passé a lancé une dynamique », confirme Emmanuelle Saux, responsable marketing de Safra Constructeur, fabricant de bus basé à Albi. A l’origine, cette société fondée en 1955 était spécialisée dans la maintenance des métros, tramways, bus, etc. En 2010, elle s’est lancée dans la fabrication de bus, d’abord avec un modèle électrique hybride rechargeable commercialisé depuis 2015. Puis un modèle à hydrogène depuis 2017. Elle a livré son premier exemplaire H2 cette année, à la métropole Lens Artois Gohelle, et doit lui en fournir cinq autres d’ici l’automne. Elle a aussi reçu la commande d’un exemplaire au Mans. L’entreprise espère désormais vendre 30 bus à hydrogène en 2020, puis 200 en 2025. Safra se voit seulement deux concurrents directs pour l’instant – le belge Van Hool et le polonais Solaris – mais elle ne doute pas que des constructeurs de bus classiques se positionneront bientôt.

« Il devrait y avoir 25 bus hydrogène en France fin 2019. On va atteindre la centaine dans les deux à trois ans », estime Philippe Boucly, président de l’Afhypac. La métropole Aix- Marseille-Provence, par exemple, a profité de ces journées hydrogène pour annoncer qu’elle voulait s’équiper de 3 bus. D’après l’Afhypac, 12 villes françaises** auraient à ce jour annoncé leur intention de déployer des bus à hydrogène pour un total de 90 exemplaires. Encouragée par ces annonces, l’Afhypac affiche désormais clairement son ambition : 1 000 bus H2 déployés en France entre 2020 et 2023.

Un appel d’offres en 2020

Pour y parvenir et convaincre les collectivités, la filière mettra en avant les atouts techniques des bus à hydrogène (en autonomie et temps de recharge) par rapport aux bus hybrides ou tout électriques. Il lui faudra tout de même quelques évolutions réglementaires, notamment concernant les ateliers de maintenance des bus. Mais il lui faudra surtout mobiliser les financements pour ces projets conséquents dans des communes déjà soumises à des contraintes budgétaires fortes. Par exemple, la ville de Pau a décidé de s’équiper de 8 bus à hydrogène (fabriqués par Van Hool) et une station de ravitaillement (gérée par Engie avec un électrolyseur d’ITM Power). Ce projet global d’aménagement urbain représente un investissement de 74,5 M€, dont 10 M€ pour les bus et 4,5 M€ pour la station à hydrogène (avec 16 M€ de subventions apportées par tous les échelons territoriaux de la ville à l’Europe).

Dans ces conditions, pour amorcer le changement d’échelle, la filière compte sur l’Union des groupements d’achats publics (Ugap). L’Ugap est une centrale d’achat public. Le 10 juillet, elle a annoncé travailler sur une « co-prescription » sur les bus à hydrogène. Concrètement, cela signifie qu’elle va proposer aux acteurs publics de lancer un appel d’offres commun sur les bus H2. L’Ugap va commencer à préparer le cahier des charges en septembre à partir du recueil des besoins des collectivités. L’objectif est ensuite de publier en mars prochain l’appel d’offres, dont les résultats devraient être connus dans les mois suivants. Une initiative que l’Afhypac présente comme « un jalon clef » dans le développement de la filière. Elle donnera, en tout cas, une indication sur le réalisme de l’objectif de 1 000 bus fixé pour 2023.

*Les Régions Bourgogne Franche Comté, Aura, Occitanie et Grand Est vont à elles quatre commander 14 trains à hydrogène à Alstom

**Artois-Gohelle, Rouen, Chaumont, Belfort, Lyon, Auxerre, Toulouse, Pau, Paris, Versailles, Le Mans, Aix-Marseille