AO solaire Bâtiments T7 : Total leader, la CRE excédée

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(Crédit : Sergies)

Total prend la première place du classement de la 7ème période de l’appel d’offres photovoltaïque sur toitures, selon l’analyse réalisée par le cabinet Finergreen. Les prix de cette compétition poursuivent la nette hausse engagée depuis maintenant plus d’un an, ce qui fait bondir la Commission de régulation de l’énergie, qui s’est exprimée au travers d’une délibération au vitriol.

UrbaSolar absent

Avec ses 19,3 MWc en cumulé à travers son partenariat avec Amarenco et Total Eren, le groupe ...

présidé par Patrick Pouyanné prend pour la première fois la place du podium devant l’historique Technique Solaire (16 MWc) et Solaire Canterrane (14 MWc), une société fondée en 2013. A noter la faible performance d’Engie (3 MWc), pourtant leader sur le marché français en termes de puissance cumulée, et l’entrée concrète d’Albioma en métropole avec 5 MWc remportés, conformément à la stratégie présentée par Frédéric Moyne en mars dernier.

Last but not least, Urbasolar, pourtant habitué aux places d’honneur, est le grand absent de ce classement. Il faut dire que la période de candidature s’est close le 8 mars 2019, date à laquelle l’entreprise était en pleines négociations avec son futur acquéreur, le groupe suisse Axpo. Il n’est d’ailleurs pas impossible que l’absence d’Urbasolar ait en partie contribué à la remontée rapide des prix.

Volumes en baisse, prix en hausse

Une fois de plus, l’appel d’offres est sous-souscrit. Dans son analyse, bouclée début mai, la CRE a comptabilisé 400 dossiers déposés pour 223 MWc, ce qui représente seulement 74% des du volume attribuable (300 MWc). L’instruction des offres par la CRE a conduit à l’élimination de vingt d’entre elles. Les puissances cumulées des dossiers conformes sont donc respectivement de 95,9 et 111,4 MWc en familles 1 et 2 à comparer aux 150 MWc recherchés dans chaque famille. La puissance totale des offres conformes est de 207,3 MWc, soit 69% de la puissance appelée. Au final, seuls 157 MWc ont été attribués par le ministère de la Transition écologique et solidaire (MTES).

Les prix moyens des dossiers frôlent la barre des 100 €/MWh : 99,16 €/MWh pour la famille 1 (100-500 kWc) et 93,28 €/MWh pour la famille 2 (500 kWc – 8 MWc), soit une hausse de respectivement 8% et 18% par rapport à la compétition précédente. Pour rappel, lors de la tranche 6, les prix des familles 1 et 2 étaient de respectivement 91€/MWh et 77 €/MWh, et lors de la tranche 5 de 82,2 €/MWh et 72,2 €/MWh. La CRE estime que les charges de service public induites par ces projets se situeront autour de 12 M€ pour la première année et de 220 M€ sur les 20 années du contrat, soit 100 M€ de plus que ce qu’avait anticipé le régulateur sur cet appel d’offres s’il avait été souscrit à 100%, et un surcoût de près de 70% sous les hypothèses de prix de marché retenues.

La CRE n’est pas dupe

Face à cette inflation, la CRE s’est interrogée : « Aucun frein conjoncturel pouvant justifier une telle hausse des coûts du solaire photovoltaïque n’a été identifié, aussi bien en France qu’à l’étranger. En outre, les coûts déclarés par les candidats sont en légère baisse par rapport aux dossiers déposés aux précédentes périodes ». Elle en conclut : « la hausse des prix est donc assurément la conséquence de l’anticipation par les candidats du défaut de concurrence à la présente période de l’appel d’offres, dans la continuité des résultats observés à la sixième période ».

Mais les équipes de Jean-François Carenco ne se sont pas arrêtées à une simple analyse macroéconomique. Elles ont scruté de près les dossiers et visiblement elles n’ont guère aimé ce qu’elles y ont vu. « Ce constat est renforcé par le comportement de certains candidats : les dépôts de nouvelles candidatures à un prix plus élevé pour des projets éliminés ou non retenus à de précédentes périodes (14 projets pour une augmentation moyenne de 13 €/MWh) », constate la CRE.

Certains acteurs auraient même profité de ces anticipations inflationnistes pour redéposer d’anciens projets lauréats, de façon à en tirer un meilleur prix : « un nombre élevé d’offres déposées à l’occasion de la présente période portent de manière certaine ou probable sur des projets ayant déjà été désignés lauréats de périodes antérieures avec des tarifs inférieurs (26 projets identifiés, pour une augmentation moyenne de 20 €/MWh) », s’étrangle le régulateur. Certains candidats ont justifié dans leurs offres les raisons de l’abandon des projets initiaux par des éléments que la CRE indique ne pas être en mesure de vérifier.

Vers une modification du cahier des charges ?

La CRE a donc demandé à ce qu’aucun candidat ne soit désigné. Son avis n’a pas été suivi. Mais le régulateur insistait pour que le MTES réagisse à l’avenir et préconisait les mesures suivantes : réduire les volumes recherchés ou repousser la date de la prochaine période, afin que les acteurs aient le temps de constituer un stock de projets en lien avec la puissance cumulée appelée ; baisser les prix plafonds afin que l’anticipation d’un défaut de concurrence ne conduise pas certains acteurs à déposer des offres à des prix majorés.

La CRE recommandait aussi, en mai dernier, de modifier le cahier des charges pour inciter les producteurs à déposer des offres au plus près de leurs coûts. Ce qui a été fait le 18 juin : les 20% des projets (en puissance cumulée) les moins bien notés seront éliminés lorsque le volume des projets conformes se révèle inférieur ou à peine supérieur aux volumes recherchés. Une mesure déjà adoptée par le MTES pour l’appel d’offres autoconsommation rétabli il y a 10 jours, et étendue à l’appel d’offres éolien.

Retrouvez le classement de Finergreen sur la T7 de l’AO Toitures ci-dessous (ou enPDF) :

Retrouvez la délibération de la CRE sur la T7 de l’AO Toitures ci-dessous (ou en PDF) :