Vers un plan comptable vert pour la transition énergétique ?

Print Friendly, PDF & Email

Après la comptabilité en partie double, inventée au XVe siècle par les Vénitiens, va-t-on voir émerger une comptabilité « en partie triple », le troisième volet étant dédié aux impacts écologiques et sociaux ? C’est la conviction d’Herbé Gbego, fondateur en 2011 du cabinet Compta Durable : « Les sous-jacents de la comptabilité ne sont pas forcément financiers. Ils sont souvent basés sur des flux non monétaires, comme l’achat de matériels. Il en est de même avec le capital humain et naturel, auquel il est possible d’appliquer la méthode comptable des coûts historiques. » Cet expert comptable et commissaire aux comptes propose d’adopter un modèle complémentaire aux normes comptables IFRS*, dénommé ...

modèle Care. « La conservation du capital est une notion centrale en comptabilité. Une organisation ne peut considérer comme un résultat que les sommes qui subsistent après avoir maintenu son capital intact, lequel n’est pas seulement financier ».

Test d’un an avec dix entreprises

Herbé Gbego prend l’exemple d’une entreprise modifiant son sourcing énergétique, en privilégiant le renouvelable aux hydrocarbures. « Ici, on ne valorisera pas la création de valeur pour l’actionnaire – qui peut être bien réelle, par ailleurs, NDLR – mais la préservation du capital naturel, par exemple la qualité de l’air. La méthode comptable adéquate met alors au bilan l’effort financier que produit l’entreprise pour passer d’une énergie à une autre, ce qui exprime le coût de la transition, de la réduction de l’impact ». La démarche exprime in fine une dette écologique, qui va se réduire au fur et à mesure des investissements pro-climat.

L’initiative de Compta Durable est menée en association avec l’Institut national de l’économie circulaire et l’association Orée. Elle bénéficie d’un soutien financier de l’Ademe. Et fait désormais l’objet d’un test important, en région Sud. Y participent dix entreprises disposant d’un site sur le territoire, parmi lesquelles Pernod-Ricard, Auchan et Cemex. Les travaux visent à fixer les actions à mener pour préserver les capitaux naturels concernés, dans l’état souhaité par les scientifiques (par exemple l’air, l’eau, le sol modifiés par l’exploitation) puis à déterminer monétairement les coûts de ces opérations. Réponse dans un an sur les évaluations obtenues et sur l’intention des entreprises d’aller plus loin, ou non.

*International Financial Reporting Standard