Mobilité électrique : désormais, il faut convaincre les automobilistes

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(Crédit : jean-louis zimmermann, Flickr)

« Notre préoccupation aujourd’hui : réussir à vendre des véhicules électriques », formule Marc Mortureux, directeur général de la la Plateforme Automobile, le groupement des grands constructeurs et équipementiers dédiée à la transition de leur industrie. Il intervenait ce 14 mars lors de la conférence sur la mobilité décarbonée du forum E4SM, organisé par GreenUnivers et le pôle Capenergies à Marseille. Ce spécialiste ne doute pas de l’effet plus qu’incitatif sur ce secteur en pleine mutation de la réglementation européenne, c’est-à-dire la moyenne de 95g de CO2/km que les constructeurs doivent atteindre dès 2021, pour leurs véhicules neufs. D’autant moins que ...

le « dieselgate » a dopé les ventes de voitures essences, plus émissives, ce qui oblige les fabricants à faire encore plus d’efforts pour compenser et parvenir à la bonne moyenne.

Renault concrétise le V2G

Comment massifier les ventes de véhicules électriques ? Sans surprise, le bonus public est majeur, de même que la visibilité sur les aides – ce que soulignait récemment Renault lors d’une audition à l’Assemblée nationale. Capitale également, la densité du réseau de charge, de même que la gestion de l’électricité et des services (au réseau) associés. « La charge intelligente est un moyen de rendre abordable le véhicule électrique », estime Eric Feunteun, directeur des véhicules électriques chez Renault. Aux Pays-Bas, le constructeur français propose déjà un service de smart charging monodirectionnel, en fonction des prix de marché et de la disponibilité de la ressource – la nuit, lors des pics de consommation ou de forte production EnR…. Mais la semaine prochaine, il va livrer dans ce pays ses deux premières Zoé bidirectionnelles, concrétisant ainsi le concept de vehicle-to-grid (V2G). Une première. En partenariat avec le gestionnaire de réseau Elaad, une expérimentation en grandeur nature va être lancée pour un an, avec déploiement espéré ensuite. Cela dit, comme le fait remarquer à GreenUnivers un représentant des pouvoirs publics français, il faudra s’assurer que le V2G profite vraiment aux automobilistes, car les prestataires auront tendance à capter les marges et profits générés, selon lui…

Des annonces d’EDF en mai

Avant d’en arriver là, il faudra avoir installé l’infrastructure adéquate. On en est loin. « Nous nous sommes engagés à multiplier par sept les ventes de voitures électriques entre 2017 et 2022. En contrepartie, les pouvoirs publics ont promis de quintupler les bornes dans le même temps », rappelle Marc Mortureux. De fait, la France doit disposer de 100 000 bornes de recharge publiques à cet horizon, contre quatre fois moins à l’heure actuelle. C’est le défi des opérateurs spécialisés, au premier rang desquelles Izivia (ex-Sodetrel), filiale d’EDF, qui en compte 7 000 et en vise 75 000. Prudent, le directeur de la mobilité d’EDF Yannick Duport ne dévoile pas l’état d’avancement des projets, mais des annonces seront faites par l’électricien national lors du 32e symposium EVS 32 à Lyon, en mai. En la matière, l’un des sujets majeurs, en France comme ailleurs, est l’équipement diffus. « Nous focalisons trop le discours sur les bornes publiques, c’est l’habitude des stations services qui provoque cela. Mais la recharge d’un véhicule électrique ressemble plutôt à celle d’un téléphone, chez soi, au travail… », compare Eric Feunteun. Du coup, devient vraiment stratégique l’infrastructure privée, dans les parkings des entreprises, dans les immeubles d’habitation. « Le problème majeur est celui du logement collectif, notamment dans les co-propropriétés. Le méandre administratif est problématique et le rôle d’Enedis, majeur », s’inquiète Eric Feunteun, qui y voit là « le top de la priorité ».