Panorama des cleantech 2013 : l’analyse des acteurs-clés

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Photo : A-C Poirier

A l’occasion de la parution du Panorama des cleantech en France en 2013, GreenUnivers organisait une conférence avec ses partenaires, acteurs-clés des cleantech, le 31 janvier à Paris. Tous voient des signaux encourageants pour les prochains mois mais restent extrêmement prudents compte-tenu du contexte économique très dégradé. Nous publions ci-dessous une synthèse de leurs interventions avec leurs analyses du marché et des évolutions qui vont faire bouger les cleantech en 2013.

Olivier Dupont, Président du directoire de Demeter Partners

Des signaux encourageants mais pas de reprise avant 2014

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Photo : A-C Poirier

« Après une année 2012 difficile, le marché français des cleantech montre quelques signes plus positifs pour 2013, mais il faut tempérer la situation. En Europe, sur les énergies renouvelables, les investissements des fonds de capital-investissement ont baissé de 30% entre 2011 et 2012. Et au niveau mondial, c’est un recul de 34 % à 5,6 milliards de dollars, un plus bas historique depuis 2006. Et la chute est également importante sur les marchés cotés. D’une manière générale, les cleantech sont dans le creux de la vague. Il y a des signaux encourageants, mais je vois plutôt la reprise en 2014.

Du côté des secteurs les plus prometteurs, outre ceux identifiés dans le Panorama 2013 de GreenUnivers, il faut ajouter la chimie du végétal et le secteur des algues. Pour cette année, il existe une grosse interrogation sur le bâtiment vert : le gouvernement doit mettre en place des mesures sérieuses et pas trop coûteuses. Sur les énergies renouvelables, nous essayons de trouver des niches qui ne soient pas sinistrées en ce moment. Le marché est compliqué en Europe, sauf peut-être pour la biomasse. La croissance gigantesque du solaire et de l’éolien est terminée, les rythmes seront désormais plus raisonnables. Nous restons très optimistes sur le développement des énergies renouvelables à terme au niveau mondial, en particulier dans les pays émergents. Pour la première fois en 2012, les investissements globaux dans les cleantech ont été plus importants dans les pays émergents que dans les pays occidentaux. »

Hervé Suty, Directeur de la recherche et de l’innovation de Veolia Environnement

Innover sur les modèles économiques, pas seulement sur les technologies

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Photo : A-C Poirier

« La situation économique est difficile, cela modifie le paysage des entreprises. Cela se voit sur le financement des cleantech, avec un ralentissement du marché.

On parle beaucoup d’innovation technologique, mais il faut aussi innover sur les modèles économiques. Hier, nous vendions des quantités d’eau et des kWh d’énergie. Aujourd’hui, on nous demande des solutions d’économies d’énergie, d’eau, de réduction de l’empreinte carbone. Parallèlement, le marché veut de plus en plus d’intégration des systèmes, avec une approche métier – sur l’eau, la propreté, l’énergie – mais aussi une vision globale et des connexions entre les domaines. Cela nous conduit à développer des solutions intégrées.

Il y a une forte demande dans le monde liée à ce que l’on appelle la ville durable. Nos clients veulent des solutions pour le développement urbain en termes de gestion de flux. Cela joue sur l’attractivité de la ville, dans une logique de compétition internationale très forte.

Enfin, l’interface avec le citoyen devient très importante et ce dernier est de plus en plus acteur grâce à de nouveaux outils, comme les médias, les technologies web et mobiles : pour la détection de problématiques, la production de données… »

Fabienne Herlaut, directrice générale d’Ecomobilité Ventures

La France parmi les plus dynamiques en matière d’écomobilité

« L’écomobilité n’est pas encore un marché mature et ne se résume pas seulement à la voiture électrique et à l’autopartage. C’est un écosystème plus profond, plus diffus, sur lequel il y a énormément d’investissements. En 2012, le fonds Ecomobilité Ventures a reçu 250 projets. Sur ce total, 125 sont véritablement pertinents et 50 à 60 projets présentent un potentiel avec des entreprises basées sur un modèle économique qui pourrait être gagnant dans les prochains mois. Ces 50 à 60 projets, dont une bonne moitié sont français, représentent un besoin en financement supérieur à 120 millions d’euros.

Fabienne Herlaut
Fabienne Herlaut

Trois zones sont actuellement dynamiques sur l’écomobilité en Europe. La France est en avance par rapport à ses voisins et n’a pas à rougir. En Allemagne, le marché est porté par les grands constructeurs automobiles, qui font feu de tout bois sur la voiture partagée, la voiture connectée, la voiture intelligente. La troisième région en pointe est l’Europe du Nord, la Scandinavie. La Norvège est ainsi le premier marché pour le véhicule électrique par habitant, avec le taux de pénétration le plus élevé. Cela a un effet d’entraînement sur les usages de la mobilité.

On peut déjà esquisser deux ou trois tendances pour demain. Le marché du taxi va d’abord être bouleversé dans les 18 prochains mois, avec une remise en cause du monopole actuel, l’arrivée de taxis privés et de solutions plus propres. Autre mouvement de fond, le développement de systèmes de guidage pour les places de stationnement, en voirie et sur parking. Des solutions réduisant la saturation du trafic et offrant indirectement des bénéfices pour l’environnement. Enfin, il faut s’attendre à voir décoller tout ce qui est lié à la voiture connectée. »

Jean-François Goumy, chef du service énergie-environnement d’Ubifrance

Des relais de croissance à l’étranger

« Compte-tenu du contexte national morose, beaucoup d’entreprises françaises cherchent des relais de croissance sur les marchés étrangers. Ubifrance guide 1.400 sociétés à l’international chaque année, dont deux tiers vers les pays émergents. Mais il y a aussi des entreprises qui démarrent directement à l’international. Une stratégie qui s’explique par deux raisons : soit leur marché n’existe pas en France, soit le conservatisme français sur certaines technologies représente un frein trop important pour leur développement. Des sociétés réussissent ce pari, même si de nombreuses start-up sont pénalisées par le manque de références en France.

Photo : A-C Poirier
Photo : A-C Poirier

Un quinzaine de régions présentent des opportunités fortes pour les entreprises françaises. Le Maghreb et la Méditerranée sont très prometteurs, comme le Maroc, la Tunisie et aussi l’Algérie, même si les marchés sont affectés par la crise. En Amérique du Sud, le Brésil tire la croissance. La Chine et l’Inde demeurent des régions importantes. Enfin l’Asie du sud, avec les Philippines et l’Indonésie, par exemple, offrent des marchés plus petits mais très dynamiques ».

Alexis Chauffert-Yvart, responsable pôle stratégie PwC

Le financement des infrastructures va rester compliqué

« Nous avons observé en 2012 un véritable déclin des investissements dans les énergies renouvelables. Cela dépasse le coup d’arrêt, et ressemble plus à une décroissance du marché. Plusieurs explications à cela. Les marchés du solaire et de l’éolien ont été impactés directement par leur environnement réglementaire. Il y a eu aussi un changement d’attitude des banques, qui sont devenues plus exigeantes pour les porteurs de projets. Le contexte macro-économique incertain a pesé sur de nombreux marchés, contractant les ressources étatiques pour le soutien aux énergies vertes. Il faut signaler parallèlement la baisse du coût unitaire dans l’éolien et le solaire (-45% sur le prix des modules solaires en un an). Une même capacité installée nécessite donc un investissement moindre.

Photo : A-C Poirier
Photo : A-C Poirier

2013 sera dans la lignée de 2012, malgré quelques rayons de soleil. Les fondamentaux macro-économiques restent négatifs. Et on observe, en outre, une saturation croissante des espaces d’accueil disponibles. En France, l’attentisme devrait perdurer sur l’éolien, avec la conformité du cadre réglementaire fixant le tarif d’achat qui ne sera pas tranché, au mieux, avant l’automne 2013. Le solaire pourrait accélérer courant 2013, grâce aux effets des appels d’offres lancés en 2012. Des relais de croissance sont à attendre du côté de l’hydrolien et de l’éolien offshore.

Au niveau mondial, la baisse des investissements dans les énergies vertes de 11,1 % entre 2011 et 2012, ne doit néanmoins pas cacher des perspectives de long terme très favorables. »

 Couv pano