Olivier Baud (Energy Pool) : moins de 25 M€ par an pour les acteurs de l’effacement en France

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Les effaceurs ne gagnent pas leur vie : les pionniers de ce secteur nouveau en France, qui consiste à organiser en pool les gros consommateurs d’électricité pour mettre en place des réductions rapides de leur demande en cas de pointe de consommation dans le pays, ne disposent pas de ressources suffisantes pour être rentables, et donc se développer. La démonstration mathématique d’Olivier Baud, patron de la première société d’effacement, Energy Pool (groupe Schneider Electric), présent lors du récent colloque de l’Observatoire international de l’Energie sur la gestion des réseaux, qui réclame aux Pouvoirs publics un changement de politique urgent.

GU : Les besoins d’effacement augmentent, les capacités d’effacement suivent-elles ?

O.B. : Les enjeux de gestion de la pointe sont importants à l’horizon 5 ans, avec des besoins de 3 ou 4 GW de plus qu’aujourd’hui à la pointe. Avec un risque de dépannage moindre par l’Europe qui connaît les mêmes problèmes que nous (désinvestissement dans la base nucléaire et fossile et forts investissements dans les EnR non pilotables) :

  • Paradoxalement, alors que les besoins croissent et les technologies capables progressent, la capacité actuelle d’effacement n’a cessé de diminuer sous l’effet de la disparition progressive des EJP (abonnement « effacement jour de pointe » que proposait précédemment EDF, où l’abonné paie davantage en période de pointe mais bénéficie d’une tarif heure creuse pendant 343 jours par an – ce tarif concerne encore plus de 500 000 foyers en France)
  • Le bon niveau d’équipement de production de la France, la crise 2008-2012, la délocalisation de grosses industries, l’efficacité énergétique, l’utilisation croissante des capacités de dépannage essentiellement en provenance d’Allemagne ont repoussé l’urgence. Mais les autorités compétentes (ENTSOE, RTE…) annoncent une forte tension structurelle et incontestable d’ici 3 à 4 ans
  • Tout de même, et sous l’initiative forte de RTE, des pouvoirs publics et d’acteurs privés, les contours et moyens de réussite des nouveaux dispositifs d’avenir se sont construits. Citons de façon non exhaustive : les technologies de pilotage à distance et smart meters, les expérimentations nombreuses de smart grid, la montée en régime d’appels d’offres très innovants de RTE, la perspective d’un marché capacitaire suite au rapport Sido-Poignant, l’arrivée des agrégateurs, les nouveaux mécanismes d’échanges en perspective (NEBEF, accès des consommateurs à la réserve rapide….)
  • Pendant que ces « tuyaux et dispositifs » indispensables se mettent en place et que la pression croissante du besoin se fait jour, les budgets et la mise en place des nécessaires nouveaux mécanismes de marché ne suivent pas et sont toujours totalement dominés par la production. Qu’on en juge : les marchés évolués de Demande-Réponse aux USA « produisent » 10% de flexibilité de la demande à la pointe (pour la France, cela représenterait 10 GW pour une pointe de 10 0GW et 1 TWh pour 100h d’effacement alors que la France dispose actuellement, au maximum, de 3 GW tous dispositifs confondus).

GU : Pourtant, les enjeux économiques uniquement liés à la pointe sont énormes pour tous les acteurs.

O.B.: Quelques ordres de grandeur raisonnables admis par tous pour 10 GW de capacité d’effacement représenteraient :

  • Une économie d’investissement de 2 à 3 GW de CCG : environ 2 Md€ d’économie d’investissement
  • Un coût complet moitié moins cher qu’une TAC tournant 500h : économie > 400 M€/an
  • 600 kt de CO2 de moins/an
  • Gains de compétitivité économique  pour les consommateurs faisant des efforts : économie moyenne de plus de 5% de leur facture globale pouvant dépasser les 10%.

Les dépenses annuelles nécessaires (en moyennant les gros et moyens consommateurs), sur la base de notre expérience étendue aux puissances unitaires de 0.5 MW et en comptant les efforts de toute la chaîne (RTE, agrégateur, consommateur) + marges pour stimuler les acteurs :

  • Coût Max 400 € /MWh pour 10 GWh 100h/an incluant les coûts fixes et des marges stimulantes : 400 M€/an
  • Investissements 100 k€/MW
  • Frais variables et marges pour tous les acteurs 100 à 200 €/MWh.

Mais la totalité des marché actuels, hors EJP en cours de disparition et incluant une réserve rapide, appel d’offre effacement de RTE, effacement de consommateurs sur le mécanisme d’ajustement atteint au maximum 30 M€/an… et il rémunère pour 30% des groupes électrogènes ex-EJP. Reste pour l’effacement 20 à 25 M€/an maximum !

En conclusion : les enjeux court terme sont maintenant considérables pour la collectivité ; les dispositifs de marché, technologies et acteurs pour faire participer le Demande/Réponse de façon très économique à ce problème sont prêts. Mais les mécanismes de marché ne sont pas en place et les budgets sont 10 fois inférieurs au minimum nécessaire face à une production dominante. L’intérêt collectif est évident mais aucun des acteurs ne peut décider seul ce changement de paradigme. C’est le rôle des pouvoirs publics de lancer ce changement indispensable à la transition énergétique en marche. »