Les compagnies aériennes se disputent l’huile de friture chinoise (Premium)

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C’est « le » biocarburant qui commence à s’imposer dans les compagnies aériennes du monde entier : de l’huile de cuisson usagée, recyclée en une huile raffinée qui peut se mélanger au kérosène classique. Elle provient ...

de plus en plus des restaurants de Pékin ou de Shanghai, et pourrait réduire jusqu’à 40% les émissions de CO2 du secteur aérien, responsable de 3% du total mondial.

Air France KLM, Qantas et tout récemment Air Canada et Nippon Cargo Airlines commencent à utiliser régulièrement une huile recyclée qui a déjà convaincu plus d’une quinzaine de compagnies : celle fournie par la jeune société néerlandaise SkyNRG, devenue le leader de ce nouveau marché.

La pionnière européenne s’approvisionne à Shanghai

SkyNRG est un consortium créé en novembre 2009 par Air France KLM, le groupe pétrolier North Sea Group et la société de conseil Spring Associates, juste après le premier vol test de KLM avec son huile recyclée. La société compte à son conseil d’administration un représentant du WWF.

Son huile vient de Chine : elle a signé avec la société de Shanghai Luming Environment Science un contrat pour la fourniture de plus de 10.000 tonnes d’huile raffinée, issue de « l’huile de caniveau » dont les restaurants de Shanghai se débarrassent. En Chine, seulement 2% de l’huile de cuisson est recyclée, contre 70% aux Pays-Bas, a expliqué à la presse chinoise le directeur de SkyNRG, Dirk Kronemeijer.

Cette huile de cuisson contient beaucoup de graisse animale, ce qui facilite sa conversion en biokérosène. Les autorités sanitaires de Shanghai, qui veulent justement pousser les restaurants à ne pas réutiliser leurs huiles, indiquent que les huiles de cuisson usagées atteignent plus de 68 tonnes par jour dans la ville. M. Kronemeijer a précisé au Shanghai Daily que SkyNRG envisage de construire en Chine une usine de collecte et de raffinage des huiles usagées.

Une obligation urgente

Toutes les compagnies aériennes mondiales qui se posent en Europe doivent agir car l’Union européenne a instauré une nouvelle obligation sur leurs émissions de CO2, en vigueur depuis début 2012. Les compagnies sont désormais soumises au système des quotas carbone, ce qui les obligera à acheter des crédits carbone si elles dépassent leur niveau actuel, à partir de 2013.

Mélangée à 50/50 avec du kérosène classique, l’huile recyclée de SkyNRG semble bien plus aisément disponible que les tentatives d’utilisation de biokérosène tiré du jatropha ou des micro-algues.

Plusieurs compagnies ont déjà effectué sans problèmes des vols passagers avec ce mélange : en tête, Air France et KLM qui depuis septembre 2011 l’utilisent sur des centaines de vols. Combiné à une gestion de vol intelligente, il permettrait de réduire les émissions de CO2 de 10% à 50%.

Boeing aussi lorgne l’huile chinoise

Mi-août, Boeing a conclu un accord avec la compagnie aéronautique chinoise Commercial Aircraft Corp. of China (COMAC) pour une production conjointe de biocarburant tiré des huiles de cuisson usagées. Les deux groupes ont créé à Pékin un centre technologique pour la conservation de l’énergie et la réduction des émissions dans le secteur de l’aviation, a rapporté le journal China Securities. Et ont annoncé que leur premier projet de recherche portera justement sur le raffinage de l’huile usagée pour la transformer en biokérosène.

La Chine elle-même, qui aura besoin de 12 millions de tonnes de kérosène par an d’ici 2020, cherche aussi des alternatives au kérosène. Le pays consomme 22,5 millions d’huile de cuisine par an.

Autres technologies

D’autres compagnies ont fait des choix différents, en tête la gaséification des déchets : Lufthansa teste depuis plusieurs mois sur des vols pilotes un mélange à 50/50 de kérosène et de biocarburant issu de la gaséification de déchets domestiques, agricoles ou industriels. Virgin prépare un vol test pour un biocarburant analogue conçu par la société néo-zélandaise LanzaTech, et British Airways a investi dans un site de production d’une technologie similaire. D’autres comme EADS et Boeing testent aussi des biocarburants à base d’algues.