L’industrie mise sur l’économie verte mais à moyen terme

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« Malgré la crise, l’économie verte reste un sujet de préoccupation de long terme pour l’industrie », affirme Denis Ranque, président du Cercle de l’industrie, un think tank qui réunit les présidents d’une trentaine de grandes entreprises industrielles françaises.

C’est ce que montre une étude (*) réalisée pour le Cercle de l’industrie par un trio de jeunes économistes, Patricia Crifo, professeur à Polytechnique, Manuel Flam, spécialiste de l’économie verte et membre de la Délégation au développement durable du ministère de l’Ecologie, et Matthieu Glachant, professeur en économie de l’environnement à Mines ParisTech. 60% des quinze entreprises ayant répondu à un questionnaire considèrent l’économie verte comme une opportunité et une source de croissance.

Une réalité encore faible

Mais cette vision n’est pas encore une réalité. « Quand on cherche à quantifier les filières, on se rend compte que ce n’est pas encore une réalité dans la majorité des entreprises, observe Patricia Crifo. Elles en sont encore essentiellement au stade de la R&D, de l’innovation ».

Quels sont les principaux leviers de cette nouvelle économie verte ? Sans surprise, la réglementation et l’évolution du prix des ressources. « La pression de la demande n’est pas encore un moteur important », poursuit Patricia Crifo.

Efficacité énergétique et économie de la fonctionnalité en pointe

Sur les sept filières (2) passées au crible dans l’étude, « le secteur de l’efficacité énergétique est en pointe : réduire la consommation d’énergie dans les bâtiments ou les produits électroniques est devenu essentiel, note Denis Ranque. D’autres marchés comme le stockage du CO2 ont encore besoin d’un signal de long terme ». De son côté, Patricia Crifo distingue une filière qui n’en est pas une : l’économie de la fonctionnalité, thème de l’un des 34 chantiers opérationnels déployés lors du Grenelle de l’environnement, qui consiste à substituer à la vente d’un bien matériel celle de son usage. « De nouveaux modèles de fonctionnement se mettent en place qui font évoluer les relations marchandes », analyse l’économiste. Parmi les exemples, l’autopartage ou la « Fleet solution » de Michelin : le groupe propose d’externaliser la gestion du parc pneumatique des grands transporteurs. Une activité qui pèse aujourd’hui 250 millions d’euros de chiffre d’affaires, soit 1,7% du chiffre d’affaires global de l’entreprise.

L’étude ne s’intéresse pas aux filières des énergies renouvelables. Une preuve que les industriels n’y croient guère ? « On ne pouvait pas s’intéresser à tous les secteurs, justifie Denis Ranque. Nous avons demandé à nos adhérents les filières qui les intéressaient le plus et, de fait, les énergies renouvelables ne sont pas celles qui ont émergé en priorité ».

Un niveau de risque élevé

Sans surprise, l’étude montre aussi que l’économie verte est tout aussi concurrentielle et risquée que les autres marchés. La concurrence des pays émergents, dont évidemment la Chine, est particulièrement forte dans différentes filières. Côté risques, l’étude souligne l’instabilité des politique publiques et l’incertitude sur la réglementation, et notamment le niveau futur du prix de carbone, de même que l’absence de maturité technologique qui implique de développer plusieurs options qui ne survivront pas toutes. Et enfin, le risque pesant sur l’acceptabilité de certaines innovations, par exemple, le captage et stockage du CO2, objet de polémiques.

Pour les économistes qui ont réalisé cette étude, la puissance publique a un rôle éminent à jouer : « même si les informations en provenance de Durban ne sont pas forcément encourageantes, un accord international dans la lutte contre le changement climatique assurant un prix du carbone prévisible est vital pour pousser l’industrie sur le chemin de l’économie verte », estime Patricia Crifo.

  1. : « L’industrie française face à l’économie verte : l’exemple de sept filières » (télécharger le PDF sur le site du Cercle de l’industrie).
  2. : biocarburants, captage et stockage du CO2, efficacité énergétique des bâtiments, smart grids, chimie verte, stockage de l’énergie et économie de la fonctionnalité.