La crise économique pourrait limiter la hausse du prix du carbone

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Le ralentissement économique mondial pourrait affecter le marché du carbone dans les prochains mois. L’effet est mécanique : si la demande en énergie et la production industrielle diminuent, les émissions de CO2 vont baisser. Le besoin d’achat de quotas de carbone sera donc moins important. Certains analystes commencent à l’anticiper : Deutsche Bank vient de revoir en baisse ses prévisions pour la tonne de carbone à 30 euros la tonne contre 40 euros prévus jusqu’à présent pour les quotas européens (EUA) en anticipant une récession dans les prochains douze à dix-huit mois. Sur BlueNext, la bourse détenue par NYSE Euronext et la Caisse des Dépôts, le prix spot du carbone dépassait 22 euros, le 15 octobre.

Les différents marchés du carbone devraient dépasser la barre des 100 milliards de dollars en 2008, selon le cabinet New Carbon Finance. Depuis quelques mois, les acteurs financiers étaient de plus en plus présents sur ces marchés, mais la crise financière pourrait arrêter cet élan.

Le prix de 30 euros pourrait se maintenir tout au long de l’année 2009 selon Deutsche Bank et être préjudiciable au développement d’une technologie comme la capture et le stockage du carbone (CSC). Moins pessimiste, l’institut IDEAcarbon prévoit, lui, une contraction plus limitée, en lien avec la baisse du prix du charbon et du gaz.

Mais si le marché du carbone souffre à court terme, ce trou d’air pourrait n’être que passager. Selon New Carbon Finance, le prix moyen de la tonne de carbone dans le monde devrait remonter à 36 euros d’ici à douze ans. Une moyenne qui cache des disparités fortes : en Europe, le prix pourrait s’envoler à plus de 72 euros à l’horizon 2020. Sur les autres marchés réglementés anticipés, les prix augmenteraient également : de 12 dollars en 2012 à 30 dollars en 2020 aux Etats-Unis, où un premier marché réglementé vient d’être mis en place dans une dizaine d’Etats (l’initiative RGGI), de 22 dollars en 2012 à 66 en 2020 au Japon et de 16 à 82 dollars en Australie.

Au-delà des marchés réglementés, le prix des crédits carbone attribués par l’ONU (CER) serait également en forte hausse dans les prochaines années, en raison d’une réglementation plus sévère sur les émissions de CO2. Une partie des entreprises préférerait, pour des raisons de coût, acheter des crédits carbone plutôt que réduire leurs propres émissions. Une hausse de la demande qui se répercuterait sur les prix. Selon une récente étude, parmi les grandes entreprises (essentiellement américaines), 88% ont déjà acheté ou comptent acheter dans les prochains mois des crédits carbone.

Ces prévisions restent cependant très dépendantes de l’évolution de la réglementation internationale. Plus elle sera sévère sur les réductions des émissions de CO2, plus le prix du carbone augmentera. Si, en revanche, la crise économique conduit à une moindre sévérité sur les émissions de CO2, le prix restera plus bas.

(Photo : DR)