Aux Etats-Unis, les entreprises plus sensibles aux pressions « vertes » des actionnaires

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bourse de New YorkLes entreprises américaines doivent rendre des comptes à leurs actionnaires sur leur stratégie face au réchauffement climatique. Lors de la saison 2008 des assemblées générales d’actionnaires, 57 résolutions ont été déposées dans ce sens par les membres de Ceres, un puissant groupement d’investisseurs institutionnels et d’associations environnementales qui vient de publier son bilan. Ses membres pèsent lourd : la valeur de leur portefeuille global atteint quelque 5 000 milliards de dollars !

 

 

Pour la première année, leurs demandes ont été davantage entendues par les entreprises : presque la moitié des résolutions ont été retirées après que les entreprises aient pris des engagements concrets. Les autres ont été portées au vote : aucune d’entre elles n’a été adoptée mais elles ont néanmoins été soutenues par plus d’actionnaires que les années précédentes avec, en moyenne, un vote favorable de 23,5%. Un vote de soutien record de 39,6% a été obtenu à l’assemblée générale de Consol Energy, un producteur de charbon.

 

 

Parmi les entreprises qui se sont pliées aux exigences de leurs actionnaires-militants, Ceres cite Ford, qui a présenté un plan détaillé pour réduire de 30% les émissions de gaz à effet de serre de ses véhicules. Deux entreprises de construction, Centex et KB Home, ont également annoncé des mesures pour améliorer l’efficacité énergétique des logements dès 2009. De son côté, la compagnie aérienne Continental a accepté de publier un rapport de développement durable fin 2008 avec des mesures concrètes pour lutter contre le réchauffement climatique.

 

Quatre résolutions ont été déposées chez le pétrolier ExxonMobil, dont l’une demandait que le groupe adopte des objectifs chiffrés de réduction des gaz à effet de serre et une autre une politique de recherche et développement en faveur des énergies renouvelables. Elles n’ont pas été adoptées, mais la première a obtenu plus de 30% de votes et la seconde 27,5%. Et la famille Rockefeller, dont les ancêtres ont créé l’entreprise pétrolière, les a publiquement soutenues !

 

 

Jamais les entreprises n’avaient été aussi sensibles au discours « vert » de leurs actionnaires, les enjeux à moyen terme du changement climatique ne semblant pas jusqu’alors une priorité pour elles. Ce qui change la donne en 2008, selon Ceres, c’est la flambée des coûts de l’énergie qui les oblige à revoir leurs pratiques, à améliorer leur efficacité énergétique et à commercialiser des produits plus écologiques. Les menaces sur leurs performances économiques sont un levier d’action plus puissant que la seule survie de la planète.

 

 

« Les entreprises de tous les secteurs doivent se préparer à vivre dans un monde avec des coûts de l’énergie plus élevés et une contrainte carbone forte. La crise dans l’industrie automobile a montré à quelle vitesse un modèle économique pouvait devenir obsolète », a commenté Leslie Lowe, le directeur de programme énergie et environnement de ICRR, une association d’investisseurs institutionnels engagés dans la lutte contre le changement climatique depuis près de 20 ans.

 

Plus d’informations ici (en anglais)

 

(Photo : DR)