Chaleur renouvelable : progression en trompe-l’œil en 2018

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(c) Pixabay

Les derniers chiffres sur la chaleur renouvelable sont sortis. Réalisé par le SER, le CIBE, la Fedene et Uniclima, avec la participation de l’Ademe*, le Panorama de la chaleur renouvelable et de récupération montre que malgré une légère progression en 2018, la France est encore très loin de ses objectifs en la matière. Si les mesures annoncées récemment par le gouvernement vont dans le bon sens, elles devraient mettre un certain temps à se traduire dans les faits.

Production au niveau de 2016

En 2018, la production de chaleur renouvelable s’élevait en France à près de 141,7 TWh, soit 19,9% de la consommation. C’est certes ...

mieux que l’année précédente (132 TWh, soit 18,7%), mais cette dernière s’était caractérisée par une baisse de régime. En réalité, les chiffres 2018 sont moins bons que ceux de 2016 (142 TWh pour 20,4% de la demande nationale), ce qui confirme les difficultés persistantes de la chaleur renouvelable à progresser dans le mix français. Une situation d’autant plus gênante que les objectifs de chaleur EnR sont ambitieux : 33% en 2020 et 38% en 2030. Totalement irréalisable pour 2020, et extrêmement difficile à atteindre en 2030 au regard de la dynamique de croissance des cinq dernières années. « C’est d’autant plus regrettable que dans notre pays, la chaleur représente la moitié de notre consommation d’énergie », se désole Jean-Louis Bal, président du Syndicat des énergies renouvelables (SER).

Le bois domestique reste de loin la première source de chaleur EnR en France avec une production de 72,5 TWh, soit 51% du total. Suivent les pompes à chaleur aérothermiques (26,8 TWh – 19%) en légère perte de vitesse par rapport à l’année précédente (27,3 TWh – 21%), et les chaufferies bois énergie (23,7 TWh – 17%).  

Des mesures économiques saluées

La difficulté à faire progresser la chaleur EnR dans le mix français n’est pas étrangère à la concurrence frontale d’autres moyens de production certes carbonés, mais toujours aussi bon marché, à l’image du gaz naturel. Alerté par les acteurs du secteur sur ces fondamentaux économiques qui pénalisent depuis plusieurs années les projets de chaleur renouvelable, le gouvernement a accepté de revoir de fonds en comble les méthodes de calcul des aides attribuées via le Fonds chaleur, dont l’enveloppe a été confirmée à la hausse : 350 M€ en 2020 contre 239 M€ en 2019. « Parmi les 25 mesures annoncées par le ministère de la Transition écologique et solidaire, celles sur la réforme du cadre économique sont à nos yeux les plus importantes et les plus utiles », indique Alexandre Roesch, délégué général du SER.

Largement saluées par la filière, ces mesures en faveur des réseaux de chaleur (ou de froid) vont mettre un certain temps à produire des effets. « Il y a une inertie intrinsèque à ce secteur qui se caractérise par des infrastructures lourdes à construire et exploiter. Ce sont des projets qui prennent généralement 3 ou 4 ans à être développés », rappelle Jean-Louis Bal. Le potentiel est pourtant là : 400 villes de taille moyenne (> 20 000 habitants) ne disposeraient pas d’un réseau de chaleur en France.

Taxe carbone suspendue à la convention citoyenne

L’autre levier essentiel qui conditionne le potentiel de croissance de la chaleur renouvelable est la taxation des énergies fossiles. Le surplace de la filière s’explique également par le gel de la Contribution climat énergie (CCE) dont la trajectoire de hausse donnait une visibilité et une pertinence économique accrue aux projets de chaleur EnR. Sur ce point, le SER ne se fait guère d’illusion : « Nous préconisons de reprendre le rythme d’augmentation en affectant les recettes à la transition énergétique, notamment pour les ménages les plus impactés. Mais nous avons conscience que la trajectoire future de la taxe carbone est désormais suspendue à la convention citoyenne, derrière laquelle se retranche le gouvernement », constate Jean-Louis Bal.

  • Retrouver le Panorama 2019 de la Chaleur renouvelable et de récupération ci-dessous (ou en PDF) :

* SER : Syndicat des Energies Renouvelables
CIBE : Comité Interprofessionnel du Bois- Energie
Fedene : Fédération des Services Energie Environnement
Ademe : Agence de la maîtrise de l’énergie