Des péniches à l’hydrogène sur la Seine à l’étude au Syctom, avec EDF

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(Crédit : Yprema)

De l’hydrogène produit par l’incinérateur et les péniches de transport des résidus de combustion pour l’utiliser ? C’est le projet envisagé par le syndicat des déchets francilien Syctom*, dans le cadre du programme européen H2ships. Gestionnaire de trois grands incinérateurs, le Syctom projette de convertir une partie de sa flotte de barges à la propulsion à l’hydrogène et va passer en revue les approvisionnements possibles, par exemple depuis l’incinérateur d’Issy-les-Moulineaux ou à partir d’électricité décarbonée ou renouvelable. « En 2018, 302 000 tonnes de mâchefers – les restes de l’incinération, NDLR – sont sorties de nos unités de valorisation énergétique, dont environ 90% ont été évacués par voie fluviale, vers le Havre et vers la Marne », précise une porte-parole du Syctom.

Signe de l’importance de la démarche, un groupement s’est constitué autour de cet acteur régional pour faire le tour du sujet en 2020 et 2021, en particulier sur la faisabilité technique d’adaptation de la flotte de barges, le coût de l’adaptation, la faisabilité logistique avec une station d’avitaillement… Un sourcing de récupération, ...

issu de l’énergie d’un incinérateur, n’est pas écarté mais le Syctom est prudent sur cette éventualité, examinée par la future étude. Le groupement qui en sera chargé devrait comprendre entre autres ** EDF et le Port autonome de Paris, EDF jouant le rôle de coordinateur accompagné par l’Institut de technologie de Karlsruhe en Allemagne.

Amsterdam pour le bateau, Ostende pour la station

Pour rappel, EDF a lancé en avril Hynamics, sa nouvelle filiale chargée de produire et de commercialiser de l’hydrogène, après sa prise de participation l’an dernier dans McPhy Energy. Hynamics travaille sur une quarantaine de projets dont les premiers devraient déboucher en 2021. Elle est directement membre du projet H2Ships – qui en compte 13, issus de 5 pays ***- , dédié à l’hydrogène pour les bateaux et dans les ports. Trois initiatives sont prévues pour l’instant, à Paris donc, à Amsterdam aux Pays-Bas et à Ostende en Belgique. Amsterdam doit convertir un bateau de service portuaire à l’hydrogène pour 2022 et Ostende développer une station d’approvisionnement à l’hydrogène pour les navires. H2Ships bénéficiera de 3,5 M€ fournis par le programme Interreg North-West Europe, lequel est doté de 370 M€ et vise à encourager la coopération entre huit pays d’Europe du Nord et de l’Ouest, y compris la Suisse.

En France, le Syctom gère les déchets de 6 millions de Franciliens, ce qui en fait le plus gros service public de ce type en Europe. Il compte dix usines, ses incinérateurs alimentant le réseau de chauffage urbain. Au-delà de son intérêt pour l’hydrogène, le syndicat examine des projets de méthanisation croisée, à partir de boues de stations d’épuration et de déchets ménagers fermentescibles. La région Ile-de-France souhaite en effet réduire la quantité de déchets chargés en eau dans les incinérateurs et les orienter vers la méthanisation. En 2024, les tonnages d’ordures ménagères doivent parallèlement diminuer de 20%. La loi de Transition énergétique pour la croissance verte de 2015 stipule que d’ici 2025, chaque habitant doit pouvoir trier ses biodéchets… Des réflexions sont en cours, avec GRDF notamment, pour une installation de méthanisation de ces biodéchets au port de Gennevilliers (Hauts-de-Seine). À l’étude aussi, un co-méthaniseur recyclant des déchets ménagers et des eaux usées de l’agglomération parisienne.

*Syctom (Syndicat mixte central de traitement des ordures ménagères)

**EDF et Haropa-Ports de Paris, le Syctom, Issy-les-Moulineaux, Cemex granulats, la Caisse des dépôts  Île-de-France.

*** Europaeisches Institut für Energieforschung (Eifer, qui réunit EDF et l’Institut de technologie de Karlsruhe, Hynamics, Université de Birmingham, le port d’Amsterdam, Université de technologie de Delft, Navalu, le Syctom, le Port autonome de Paris (FR), le Port d’Ostende, Steinbeis 2i, Hydrogen Europe, Transport & Environment, Tata Steel Europe.