Réseaux de chaleur : Lille s’inspire du modèle danois

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(Crédit T. Blosseville)

La chaleur renouvelable française, malgré les restrictions budgétaires, trouvera peut-être de l’inspiration dans les pays nordiques. C’est en tout cas l’intention de la métropole européenne de Lille (MEL), qui organisait le 23 mai un séminaire* avec l’ambassade du Danemark. Objectif ? Faire le lien entre les ambitions du territoire français et les spécialistes danois de la chaleur renouvelable.

99% de la demande des ménages

Il faut dire que le Danemark fait figure de modèle à suivre. Ses 450 réseaux de chaleur, approvisionnés à 61% par des énergies renouvelables, alimentent les deux tiers des ménages du pays. Et fournissent plus de la moitié de la demande en chaleur. Mieux : à Copenhague, dont le nombre d’habitants équivaut à la métropole de Lille (1,2 million d’habitants), c’est 99% de la chaleur qui est fournie par les réseaux de la ville. Avec un bémol : la ressource – même si des critères de durabilité sont exigés – n’est pas forcément locale. La biomasse couvre plus de la moitié de la demande en chaleur de Copenhague. Elle peut aussi bien venir des Pays baltes et de Russie que d’Espagne ou d’Amérique du Sud. Il n’empêche : le Danemark met en place depuis des décennies une politique favorable au développement des réseaux de chaleur. Et c’est accompagnée de plusieurs entreprises danoises que l’ambassade est venue à Lille, comme la société d’ingénierie Plan Energi et les fournisseurs d’équipements Danfoss ou Grundfos.

En comparaison, la MEL compte 6 réseaux auxquels sont raccordés 50 000 logements seulement. « Ce sera difficile de vous égaler, mais nous essaierons de mettre en œuvre le maximum », a formulé Alain Bezirard, vice-président de la MEL, à l’attention des danois. D’ici à 2030, la métropole lilloise veut alimenter avec ses réseaux de chaleur un logement sur huit (contre un sur onze aujourd’hui) avec un mix composé à plus de 65% par des énergies renouvelables ou de récupération (19% actuellement).

Data centers et basse température

(Crédit T. Blosseville)

Pour atteindre cette cible, la MEL compte bien sûr étoffer ses réseaux. Dès cette année, elle va lancer l’étude de faisabilité pour la création de 13 km depuis Roubaix vers Tourcoing. Puis en 2020, pour 10 km de Lille vers la commune de La Madeleine. Elle compte aussi interconnecter ses six réseaux existants, grâce à son projet « d’autoroute de la chaleur ». Dans ce contexte, « sur le plan politique, l’un des enjeux sera de faire converger les prix pour les consommateurs », signale Erwan Lemarchand, directeur du département énergie de la MEL. Sur le territoire de la métropole, les prix moyens TTC peuvent en effet varier de 64 à 83 €/MWh d’un réseau à l’autre (chiffres 2017).

Mais Lille fait aussi face à des enjeux techniques et c’est sur ce plan que la métropole compte sur l’expertise danoise. Il y a par exemple le sujet des réseaux à basse température (typiquement 65°C au lieu de 90° ou 100°C), qui permettent de réduire les pertes thermiques, voire d’intégrer davantage de sources géothermiques ou solaires.

Il y aussi la récupération de la chaleur des data centers. D’ici à 2025, Lille voudrait valoriser celle de l’hébergeur Internet OVH, basé dans la ville. C’est un sujet sur lequel travaillent les danois. Et pour cause : « La consommation d’électricité au Danemark devrait passer de 31,1 TWh aujourd’hui à 42,2 TWh en 2030 et le développement des data centers représentera 65% de cette hausse », chiffre Jan Eric Thorsen, directeur du centre d’applications de la société Danfoss. « En 2030, la consommation des data centers danois comptera pour 17% de la demande électrique du pays. » Alors autant valoriser la chaleur qu’ils dégagent…

Interconnecter chaleur et électricité

Autre exemple, le stockage de chaleur. Lille veut le développer. Le danois Plan Energi – entre autres – travaille dessus. « Avec des solutions de stockage à l’échelle de la journée mais aussi intersaisonnier », décrit Magdalena Kowalska, ingénieure chez Plan Energi. Et tout cela en pilotant les cogénérations et de grosses pompes à chaleur pour interconnecter les systèmes thermique et électrique. C’est l’un des sujets mis en avant par les danois lors du séminaire à Lille : les réseaux de chaleur permettent de développer les renouvelables électriques car ils fournissent une capacité de stockage.

« Nous venons d’opter pour un système de stockage de chaleur que nous prévoyons d’utiliser en fonction de l’évolution des prix sur le marché de l’électricité », illustre Thomas Engberg Pedersen, qui travaille pour Hofor, la société publique municipale qui gère la production et la distribution d’énergie à Copenhague. « L’idée est par exemple de produire et vendre de l’électricité par cogénération quand les prix de l’électricité seront haut. Et de faire fonctionner les pompes à chaleur quand ils seront bas. » Un exemple qui pourrait inspirer Lille, par ailleurs engagée dans un grand projet pour trouver un modèle électrique aux réseaux électriques intelligents.

*GreenUnivers a été convié au séminaire par l’ambassade du Danemark