Raccordements solaires : mais où sont passés les projets lauréats des appels d’offres ?

Print Friendly, PDF & Email
(c) EDF EN

« Je ne vois rien dans les fondamentaux du marché qui nous fasse espérer une augmentation des puissances installées. En 2019, nous serons entre 800 MW et 1,2 GW », s’inquiète Richard Loyen, délégué général du syndicat des professionnels du solaire Enerplan. La filière solaire affiche un niveau de mises en service des plus faibles au premier trimestre : 157 MW contre 247 MW lors des trois premiers mois de 2018 selon le Panorama de l’électricité renouvelable (consultable ci-dessous). Soit 781 MW solaires en année glissante, la capacité nouvelle en 2018 ayant déjà plafonné à 871 MW. Il se trouve que 3 119 MWc ont été attribués en deux ans lors des cinq premiers rounds de l’appel d’offres dit « CRE4 » pour les centrales au sol, selon le baromètre du cabinet de conseil financier Finergreen, sans compter les 6 sessions de l’appel d’offres pour les toitures et ombrières.

Enchères au plancher

Où sont passés les projets gagnants des premières sessions ? Enerplan, de même que plusieurs développeurs interrogés, pointent ...

les enchères trop basses émises lors des appels d’offres solaires « CRE4 » par des concurrents offensifs. Un professionnel cite ainsi un projet lauréat à construire impérativement dans les tout prochains mois, dont l’initiateur est exposé à une caution de plusieurs centaines de milliers d’euros. La centrale serait de facto non finançable du fait du prix de l’énergie proposé. Une sorte de marché secondaire « CRE4 » serait d’ailleurs en train de se constituer de ce fait.

« Les garanties déposées pour non-réalisation doivent être appelées par les pouvoirs publics, dans toutes les régions sans exception. Je ne plaindrai pas ceux qui ont travaillé à faire perdre la filière », prévient Richard Loyen. La réallocation des projets déjà lauréats à de futures sessions de l’appel d’offres, que des promoteurs piégés envisagent de demander à la Direction générale de l’énergie et du climat, est par ailleurs peu probable.

La concurrence consubstantielle aux appels d’offres, lesquels sont destinés à révéler le prix optimum du développement solaire en France, explique-t-elle pas à elle seule le marasme actuel des mises en service effectives ? Pas sûr. « La simplification administrative n’est pas encore idéale, le régime des appels d’offres reste complexe et leur plancher de 100 kW pour les bâtiments, contre-productif, regrette Richard Loyen. Une limite de 1 MW serait souhaitable et 500 kW, appréciée. » Pour fluidifier les entrées en production, Enerplan estime aussi nécessaire de se pencher sur le bilan carbone des panneaux solaires souhaités par le cahier des charges des appels d’offres : « les niveaux sont difficiles à trouver sur le marché ».

Des conditions redevenues plus favorables ?

Les prix moyens issus des dernières session des appels d’offres ayant cessé de baisser, il reste maintenant à savoir si ces nouveaux projets lauréats seront plus faciles à déployer, pour se rapprocher des objectifs nationaux. « En France métropolitaine, au 31 mars 2019 (…), le volume des projets en développement a augmenté de 56% pour les installations solaires » en un an, note le Panorama de l’électricité renouvelable. Un tel afflux peut laisser espérer malgré tout une accélération « pour de bon » dans les années qui viennent. Pour rappel, l’actuel projet de Programmation pluriannuelle de l’énergie confirme 20 GW de puissance solaire installée pour 2023 et fixe entre 35,6 GW et 44,5 GW en 2028.

Toutes filières EnR électriques confondues, le parc de production a progressé de 439 MW au premier trimestre 2019. Les filières éolienne et solaire représentent 91% de la puissance nouvelle, l’éolien progressant de 243 MW, contre 159 MW au premier trimestre 2018 mais 368 MW il y a deux ans. Au total, sur les douze derniers mois, 2 518 MW de capacités renouvelables ont été raccordées. La puissance du parc de production d’électricité renouvelable en France métropolitaine s’élève à 51,6 GW dont 49,5% pour le parc hydraulique.

Consulter les niveaux de mises en service au premier trimestre 2019 dans les EnR électriques (ici en PDF) :