Mobilité décarbonée : le « désarroi » de la filière automobile

Print Friendly, PDF & Email
(Copyright : Legrand)

La France peut-elle arrêter la commercialisation de voitures à essence et diesel à l’horizon 2040, objectif prévu dans le Plan climat du gouvernement (mais à confirmer dans le cadre de la loi d’orientation des mobilités) ? Oui, c’est possible du point de vue des technologies, d’après les députés et sénateurs de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST). Les voitures électriques à batteries ou à hydrogène pourront prendre le relais.

L’OPECST a publié ce 20 mars un très riche rapport sur le sujet (à lire ci-dessous). Il aborde tant les questions des coûts et des aides à l’achat que du déploiement des stations de recharge ou de ravitaillement, en passant par l’impact sur ...

la filière automobile.

Trois scénarios technologiques

L’Office parlementaire a fait appel au CEA et à l’IFP Energies Nouvelles pour étudier trois scénarios technologiques. Dans le scénario dit « médian », les progrès de la R&D dans les batteries et les piles à combustible sont « conformes aux attentes d’une majorité de scientifiques ». Les deux autres scénarios à étudient des avancées plus rapides soit dans les batteries, soit dans les piles à combustible et réservoirs à hydrogène. Les trois cas étudiés reposent sur les mêmes hypothèses en termes de mix électrique (46% nucléaire et 50% EnR en 2035) et de taxe carbone (100 €/t en 2030 et 141 €/t en 2040). En complément, les parlementaires ont rencontré près de 150 parties prenantes.

Au final, « les évolutions du parc des véhicules thermiques sont similaires dans les trois scénarios, avec une disparition totale des véhicules thermiques non hybrides en 2040, et un volant résiduel de véhicules hybrides non rechargeables à peu près équivalent », observe l’OPECST. Dans tous les cas, cette transition a un coût très élevé, « de l’ordre de plusieurs centaines de milliards d’euros cumulés sur une période de 20 ans ». En premier lieu, à cause de la disparition progressive de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE). Quant aux coûts liés à la mise en place de bornes de recharge et de stations à hydrogène, ils sont évalués entre 30,7 et 108 milliards d’euros.

Voitures hybrides et neutralité technologique

Cela dit, cette transition à réaliser en 20 ans représente surtout un défi pour la filière automobile. Les parlementaires évoquent même le « désarroi » exprimé par plusieurs interlocuteurs, déjà ébranlés par « la brutalité du revirement survenu en 2015 » suite à l’affaire Volkswagen, dite du « dieselgate », à l’encontre d’une motorisation jusque-là largement favorisée par les pouvoirs publics.

« Les inconnues sur l’évolution des différentes technologies disponibles : véhicules électriques à batteries, véhicules hybrides rechargeables ou non, véhicules électriques à hydrogène ou à prolongateur hydrogène, biocarburants, e-carburants, bioGNV, etc., à la fois en termes de performances, de prix, ou de parts de marché, sont telles, que les risques de se tromper à nouveau apparaissent relativement élevés. » Entre ces différentes solutions décarbonées, l’OPECST défend donc le principe de neutralité technologique dans les politiques publiques.

Les parlementaires mettent aussi en avant les voitures hybrides rechargeables, lesquelles permettent de valoriser l’avance de l’industrie automobile européenne dans les moteurs à combustion. Sur les batteries, la domination des entreprises asiatiques leur semble telle que – sauf à réaliser un « saut technologique » très significatif – les ambitions européennes courent à l’échec. A moins de « définir des critères de qualité environnementale pour les batteries, par exemple pour leur empreinte CO2, le recyclage, et l’approvisionnement responsable en matières premières ».

  • Lisez le détail du rapport de l’OPECST ci-dessous (ou ici en PDF)