Sunny Shark transforme les piscines en réservoirs d’énergie

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Les piscines vont-elles devenir un moyen de flexibilité pour les réseaux intelligents, électriques mais pas seulement ? C’est l’ambition de Sunny Shark, une start-up basée à La Réunion et fondée au printemps 2017. Elle est spécialisée dans l’optimisation des consommations des piscines collectives et des centres aquatiques, où les gisements d’économies peuvent être considérables. Mais Sunny Shark s’intéresse aussi aux services de flexibilité que ces équipements pourraient fournir au système énergétique. Après des premiers essais, notamment à Saint-Paul de La Réunion, et une incubation dans un technopôle de l’île, elle veut ...

s’implanter en métropole. Elle doit s’installer d’ici la fin 2018 à Paris sur le campus de Station F et à Toulouse. Objectif : se déployer commercialement.

Réduire et décaler les consommations

Son offre s’appuie sur une box, des capteurs et l’intelligence artificielle. Sunny Shark quantifie les consommations d’un centre aquatique, apprend le fonctionnement du site pour mieux l’exploiter, et anticipe les besoins en s’appuyant sur les données (météo, fréquentation de la piscine, etc.). « Notre modèle repose d’abord sur l’identification de ce qui est anormal ou sous-performant », présente Emmanuel Quilichini, président fondateur de la start-up. Par exemple, quand la piscine n’a pas été bâchée comme elle le devrait, qu’un équipement est surdimensionné ou qu’il possède un rendement trop faible.

Mais Sunny Shark s’appuie aussi sur les propriétés thermiques de l’eau des bassins. « Une faible différence de température de l’eau peut représenter une grande quantité d’énergie », expose le dirigeant. En anticipant le besoin, qui peut varier selon les moments de la journée et de la semaine, ses algorithmes définissent une stratégie de chauffage. La start-up va ainsi décaler la consommation pour profiter de la modulation horaire des tarifs d’approvisionnement en énergie. En clair, chauffer autant que possible quand les tarifs sont les plus bas.

Comment valoriser la flexibilité ?

En réduisant les consommations et en optimisant l’approvisionnement, Sunny Shark promet en moyenne 15% de gains, en euros. C’est en tout cas le résultat de ses premières réalisations « avec des gains jusqu’à 36% sur certaines périodes », précise Emmanuel Quilichini. Pour l’instant, la société se focalise sur les piscines équipées de pompes à chaleur. Mais elle compte à moyen terme valoriser les diverses sources d’énergie que peuvent posséder les centres aquatiques : gaz, réseau de chaleur, électricité, géothermie, solaire thermique… Le but ultime est de se placer au carrefour du système énergétique urbain.

En réduisant la consommation, en la décalant en partie, en choisissant la source la moins chère, l’idée est de répondre aux signaux prix envoyés par les différents réseaux, en fonction de leurs besoins d’équilibre respectifs. Sunny Shark valoriserait les effacements de consommation des piscines auprès d’un agrégateur. Elle manque toutefois de visibilité sur la valorisation financière des kilowattheures effacés, un marché qui n’est pas encore opérationnel en France. Aussi son modèle économique repose-t-il simplement, pour l’instant, sur les économies qu’elle fait faire aux exploitants des piscines.

En attendant les effacements ?

En 2019, elle compte faire la démonstration de son offre dans le maximum de piscines. « La France compte 3 500 sites et plusieurs centaines sont à rénover par an », chiffre Emmanuel Quilichini. Il espère convaincre plusieurs dizaines de municipalités en intégrant des groupements d’entreprises répondant à des appels d’offres. En 2020, Sunny Shark pourrait se diversifier dans des activités de bureau d’études, avant peut-être le développement d’un marché de l’effacement dans l’Hexagone.

La start-up est née de la rencontre entre les dirigeants de Berexi (bureau d’études d’Emmanuel Quilichini spécialisé dans les démarches environnementales) et de la société Opensphère experte en cybersécurité. Aujourd’hui, le capital de Sunny Shark est d’ailleurs détenu par Berexi, par l’ancienne holding d’Opensphère baptisée Hops et par Emmanuel Quilichini lui-même. Officiellement, aucune levée de fonds n’est prévue. Les dirigeants actionnaires assurent disposer d’au moins 18 mois à deux ans de visibilité financière.