Bloom, une pile à combustible pour la maison, le pari fou de Kleiner Perkins

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Le fonds Kleiner Perkins Caufield Byers, le plus célèbre fonds spécialisé dans les start-up des marchés de l’environnement, celui qui a embauché Al Gore et compte parmi ses associés le gourou des greentech John Doerr, l’un des investisseurs les plus influents du monde, parie actuellement sur des dizaines de projets dans les énergies nouvelles, la gestion de l’eau et autres technologies émergentes du secteur. Une partie de ses choix reste secrète jusqu’à ce que la société soit proche de sortir son produit.

L’un des ses paris les plus discrets, finalement révélé, a été de financer une idée choc : une pile à combustible ultra-efficace pour la maison, qui transforme directement le gaz naturel en électricité, fournit exactement la quantité d’énergie dont vous avez besoin et vous permet de revendre au réseau l’électricité excédentaire.

Deux fois plus efficace qu’une centrale au gaz naturel, elle produit 40% d’émissions de CO2 en moins. Elle coûterait cher au départ, sans doute des dizaines de milliers de dollars, mais pourrait éliminer complètement la nécessité de construire de nouvelles centrales en Amérique du Nord…

L’idéé a été apportée à Kleiner Perkins vers 2001 par un professeur de l’Université de l’Arizona, K. R. Sridhar, ancien scientifique à la NASA, qui travaillait dans son garage, à Tucson, à une pile à combustible à oxyde solide. Ces piles, issues d’une technologie connue depuis 150 ans, transforment un combustible en électricité par une réaction chimique et non par combustion.

La pile de Bloom pourrait servir non seulement comme centrale d’énergie dans les foyers des pays riches (avec une gestion efficace et sans plus besoin de compteurs intelligents) mais aussi aux deux milliards de logements dans les pays émergents qui ne sont pas raccordés au réseau électrique. Potentiellement un marché colossal.

Bloom Energy gardait jusqu’ici le secret sur sa technologie, avec un site internet sans information. Mais un récent article du New York Times, qui raconte en détail le fonctionnement de Kleiner Perkins, dévoile au passage certains de ses paris, dont la « Think », une petite voiture électrique recyclable à 95%, et la pile de Bloom Energy. Kleiner a injecté 250 millions de dollars dans Bloom, qui emploie déjà 200 personnes.

La pile, qui ressemble à un gros réfrigérateur, a été testée pendant plus de 6.000 heures à l’Université du Tennessee, et selon le professeur Henry McDonald, ses performances dépassent les attentes, avec 60% d’émissions en moins par rapport à une centrale au gaz. Elle peut exister en version logement, avec une puissance de 5 kilowatts, ou aller jusqu’à 100 kilowatts ou plus pour alimenter des immeubles ou des quartiers entiers. Quand Sridhar l’a montré aux patrons de Kleiner Perkins en 2001, sa pile n’était pas plus grande qu’un paquet de chewing-gum, a-t-il raconté au New York Times. Et pourtant, il les a convaincus qu’elle pouvait changer le monde…