
Entretien avec Raphaël Schellenberger, député non-inscrit du Haut-Rhin, chargé d’une mission sur l’identification et la levée des freins à l’électrification de l’industrie, réalisé lors de la conférence « Comment financer la décarbonation de l’industrie », organisée par GreenUnivers et Perfesco le 9 juin. Compte-rendu rédigé avec l’IA sous la supervision de la rédaction.
GreenUnivers : pourquoi le gouvernement vous a-t-il confié cette mission ?
Raphaël Schellenberger : l’origine de la mission naît bien avant la crise au Moyen-Orient. Elle vient du bilan prévisionnel de RTE publié fin 2025 qui montrait le déséquilibre massif qui se profilait à la suite du revirement stratégique de 2022 quand le président de la République dans son discours de Belfort a expliqué qu’on allait ajouter les renouvelables au nucléaire, et non plus les substituer. Une fois passée la crise de production de 2022/2023, on a constaté un déséquilibre risqué, croissant et coûteux pour le système avec une consommation d’électricité qui ne décolle pas.
Parallèlement, la France cherche à se réindustrialiser. La mission vise donc à identifier les leviers pour concilier réindustrialisation et décarbonation, en ciblant spécifiquement l’industrie, secteur qui reste lui stable dans sa consommation depuis trente ans.
GU : quels principaux freins avez-vous identifié à l’électrification de l’industrie en France ?
RS : ils ne sont pas techniques. Electrifier la vapeur est souvent plus simple qu’utiliser du gaz, même en ICPE (Installations Classées pour la Protection de l’Environnement), car cela réduit les risques sur site. Le vrai frein, c’est l’investissement industriel lui-même. Et sans consolidation des chaînes de valeur existantes, la réindustrialisation restera superficielle. Il faut aussi choisir ses priorités. La France peut miser sur des « quick wins » (gains éclairs) dans l’industrie diffuse (PME, procédés simples) plutôt que sur les 50 sites les plus émetteurs de CO2, où les gains sont plus lents. Enfin, la complexité administrative est un autre obstacle. Les règles d’urbanisme, les délais d’instruction freinent les projets.
GU : quelles solutions proposez-vous ?
RS : d’abord, externaliser la production de chaleur. Il faut convaincre les industriels que la production d’utilités (chaleur, électricité) n’est pas leur cœur de métier. Des acteurs spécialisés peuvent le faire mieux, moins cher et décarboné. Ensuite, créer un marché de la décarbonation, c’est à dire développer des outils économiques pour rendre l’électrification attractive. Bpifrance pourrait porter un fonds de garantie pour couvrir le risque de contrepartie économique, notamment pour les PME.
L’objectif ? Mutualiser les risques et relancer l’investissement, même si certains projets échouent. Il faut aussi simplifier les règles. Les freins ne sont pas spécifiques à l’électrification, mais à l’industrie en général. Il faut privilégier des mesures simples, comme flécher les 10 Mds€ de la CSPE (contribution au service public de l’électricité) vers des usages industriels prioritaires. Enfin, il faut arrêter de surcompliquer : électrifier ne signifie pas systématiquement optimiser à l’extrême. Profitons de l’opportunité pour agir, sans attendre l’étude parfaite. Gaspiller de l’électricité, via une surproduction, est peut-être plus vertueux que gaspiller du gaz.
GU : comment intégrez-vous les énergies renouvelables dans cette équation ?
RS : les industriels qui s’engagent les premiers dans l’électrification accéderons la rente actuelle de la CSPE. L’enjeu ? Réorienter ces fonds vers des usages industriels, sans créer de nouveaux budgets. Les énergies renouvelables doivent servir de catalyseur, mais leur financement doit être conditionné à des projets concrets de décarbonation.
GU : votre rapport est attendu début juillet. Comment espérez-vous qu’il soit utilisé alors que va s’ouvrir la campagne pour l’élection présidentielle ?
RS : le sujet de l’électrification est devenu stratégique et médiatique, notamment depuis la crise au Moyen-Orient. Même si le débat est parfois confus, l’essentiel est que tout le monde en parle – c’est le premier pas vers l’action. Mon objectif n’est pas de proposer une révolution, mais de clarifier le récit et d’inscrire 2-3 mesures simples dans le projet de loi de finance initial pour 2027 : le fonds de garantie de Bpifrance, une proposition sur les tarifs (sans alignement systématique électricité/gaz), et des outils pour accélérer les projets. L’ambition ? Crédibiliser des projets d’ici fin 2026, pour des réalisations en 2027.
Propos recueillis par Paul Messad

