AO solaires, Valorem, Step, PowRConnect… : les coulisses d’Energaïa 2025

Energaïa 2025 (c) PM

Article en accès libre

La grand-messe a tenu ses promesses. Le salon Energaia à peine terminé, les organisateurs sabrent le champagne. Le parc des expositions de Montpellier a ouvert deux halls supplémentaires cette année pour accueillir, les 10 et 11 décembre, 550 exposants des renouvelables, soit 50 de plus que l’année dernière, tous secteurs confondus.

Côté visiteurs, l’organisation en attend 24 000, contre 22 000 l’année dernière, ce qui représentait déjà une augmentation de 32% par rapport à 2023. Etaient présents les développeurs, les bureaux d’études, les exploitants, distributeurs, installateurs, fournisseurs, institutionnels, financeurs, etc. Les grands énergéticiens se sont massés dans le même coin, de RWE à BayWa r.e., en passant par EDP, EDF et EDF Power Solutions, Equans, Dalkia, Eiffage, Qair, Engie, non loin de France Gaz, Soren, l’Ademe, la région Occitanie ou Sungrow, le spécialiste chinois des onduleurs. 

Dans un autre hall, Enerplan a entamé son salon par une conférence sur les bouleversements sur le segment des toitures solaires 100-500 kW, principal évènement de l’année. En résumé, un secteur freiné et toujours aucune perspective pour 2026. En clair, « rien de nouveau », commente un visiteur. Maigre lot de consolation : les développeurs recevaient les premiers mails de confirmation des lauréats de l’AO « Neutre ». Collection d’informations récoltées dans les allées.

Politiques publiques

  • Les développeurs sont unanimes : le segment des toitures solaires est en grand péril. « C’est mort », confie l’un d’eux. « C’est terminé », insiste un autre. En cause, la politique menée pour sabrer les tarifs garantis et le passage du guichet ouvert à l’appel d’offres sur le solaire de 100 à 500 kW. Le segment des « hangars agricoles » en souffre plus que les autres. 
  • De nouveaux appels d’offres ? Les discussions vont bon train pour intégrer le stockage aux appels d’offres sur le solaire. Deux méthodes se profilent et ne sont pas écartées par la DGEC. La première consiste à ce que les appels d’offres deviennent hybrides, combinant solaire et stockage. La seconde serait d’élever le niveau de la franchise d’heures négatives, actuellement fixée à 15 heures, de telle façon que l’intégration d’un moyen de stocker l’électricité devienne rentable, dans la mesure où le nombre d’heures négatives croît fortement. L’avantage de cette option est de n’imposer aucune contrainte technologique. L’administration rencontre la filière et les parties prenantes du secteur le 18 décembre pour une réunion conclusive de travaux menés depuis le début de l’automne sur les équipements made in Europe, mais le sujet des appels d’offres pourra aussi y figurer. Encore faudrait-il qu’il y ait des périodes d’appels d’offres pour 2026…
  • Reporté de semestre en semestre, le plan de relance du solaire thermique attend impatiemment la PPE3, indispensable pour viser d’importants volumes en 2030 – 10 TWh – et obtenir les incitations publiques qui les crédibilisent. L’une des principales, exonérer les centrales des contraintes du règlement « Zéro artificialisation nette », a été approuvée par le Sénat, mais pas encore par l’Assemblée nationale. Richard Loyen, délégué général d’Enerplan, espère des avancées au printemps 2026.

Entreprises

  • Valorem va se réorganiser en 2026 pour mieux commercialiser son électricité, un gros changement pour cette société de plus de 500 personnes, dont de nombreux ingénieurs, pilotée par un nouveau directeur général à partir de janvier, Corentin Sivy, un ancien de Q Energy. Du tri va être fait dans les projets, y compris les agrivoltaïques qui n’avancent pas. Des « méta-sociétés » de projets devraient être ensuite constituées, regroupant des sociétés de projets en leur sein. Valorem va en parallèle se muscler dans le stockage et se lancer en Italie, quatrième pays d’implantation après la Grèce, la Pologne et la Finlande où la vente sur le marché à prix faibles reste un problème.
  • « Très difficile » pour les PPA. Les développeurs peinent à signer des contrats d’achat d’électricité. La faute au prix faible de l’électricité sur le marché de gros, ce qui réduit la pression sur le consommateur. Même ceux à moins de 60 €/MWh ont du mal à trouver preneur. Ces contrats seraient pourtant bien utiles pour trouver des débouchés à leurs parcs de production, alors que les tarifs garantis par la puissance publique se réduisent.
  • PowRConnect, puissant distributeur dont le stand a fourmillé d’installateurs et fournisseurs, propose depuis deux mois l’offre de Symphonics. Elle est basée sur la possibilité jusqu’ici interdite de charger une batterie aux heures favorables, avec le concours ou pas de panneaux solaires, et d’injecter ensuite le surplus sur le réseau, indique Jules Chrétien, commercial de PowRConnect pour l’Est et la Suisse. Des contrats ont déjà été signés…
  • … PowRConnect a développé en interne un outil capable de produire en quelques minutes face au prospect une étude photovoltaïque avec ou sans batteries, établissant trois scénarios de rentabilité. Il exploite une analyse de la toiture à partir de Google Maps et de la facture d’électricité, bientôt complétée par des données issues directement d’Enedis, annonce Amaury Willekens, responsable de ce service. Les grands concurrents font de même mais ce professionnel estime proposer un design attrayant et plus de fonctionnalités.
  • Après s’être lancé dans la fabrication de locaux onduleurs pour ses propres installations, Irisolaris lance leur commercialisation. Ces équipements sont fabriqués dans une usine détenue par le groupe près de Bucarest, en Roumanie, dont la capacité de production est de 1 500 unités par an, mais devrait monter à 5 000. Un niveau supérieur aux besoins d’Irisolaris, d’où leur mise en vente. « Nous avons étudié ce module pour faciliter les interventions des techniciens et donc optimiser la maintenance », explique Marius Cismaru, responsable du site de production roumain. Le local s’adapte à tous les modèles d’onduleurs disponibles sur le marché.

Step et flexibilités

  • Deux bonnes nouvelles pour Next Step Energy, la société créée en 2022 par Tenergie et Envinergy pour développer des stations de transfert d’énergie par pompage (Step). Alors qu’elle développe un projet de pompage-turbinage près d’Ajaccio, la CRE vient de publier une délibération accordant une priorité d’instruction aux Step sur les autres technologies de stockage en Corse. « Cela devrait nous permettre d’accélérer ce premier projet », se félicite Antoine Guibert, président d’Envinergy. Par ailleurs, Tenergie vient d’être lauréat du Fonds européen pour l’innovation pour un système hybride combinant PV flottant et Step, une technologie prévue pour un autre projet de Next Step Energy, à Munster (Haut-Rhin).
  • Enedis explore les possibilités de flexibilité des petites centrales solaires sur le réseau basse tension. Le gestionnaire du réseau de distribution a lancé un appel d’offres sur quelques zones, dont certaines en Occitanie, pour identifier les leviers permettant de limiter les injections en cas de besoin. « Cela peut passer par l’utilisation de batteries ou de l’effacement », indique Timothée Furois, directeur du programme « Flexibilités » d’Enedis.

Patricia Laurent, Paul Messad, Jean-Philippe Pié

 

Article précédentEnergaïa 2025 : qui sont les lauréats des trophées de l’innovation ?
Article suivantLes cleantech françaises lèvent 95,5 M€ en novembre