Pourquoi les « CPPA » tardent à décoller

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A l’égard des corporate PPA* renouvelables, « nous avons plus de questions que de réponses », formule Dang Tran, directeur général adjoint de La Poste Immo, qui gère le parc immobilier de l’entreprise publique. Exprimées lors de la deuxième édition de la conférence EnR et Entreprises organisée aujourd’hui au ministère de l’Economie par Enerplan, France Energie Eolienne et l’institut Orygeen, ces interrogations portent sur le prix de l’énergie, la visibilité à long terme et le profil de l’offre : « Nous avons une préférence pour un profil en bandeau « dérisqué » au maximum (ie un CPPA basé sur la consommation électrique réelle des sites de La Poste, NDLR) mais tout dépend de combien cela coûte. Il faut savoir si ces PPA sont aussi intéressants que l’optimisation des achats au fil de l’eau », formule ce spécialiste. Pour y voir plus clair, la Poste Immo compte organiser mi-2020 une consultation visant quand même à contractualiser de premiers CPPA avec un ou plusieurs partenaires.

La SNCF doit verdir sa politique de financements

Une chose est sûre : la formule, pourtant frappée de complexité contractuelle, suscite ...

de l’intérêt dans les entreprises ; la SNCF, pionnière, compte maintenant demander aux CPPA de lui fournir, d’ici 2026, 20% de la consommation de l’électricité de traction, suite au souhait du premier consommateur d’électricité français de mieux intégrer la RSE dans sa stratégie. De son côté et par la voix de Jeanne Michon-Savarit, directrice de l’énergie et des services environnementaux, ADP confirme être ”en plein appel d’offres, pour des capacités de production EnR additionnelles et sur 10% de la consommation électrique » de ses aéroports, soit autour de 50 GWh annuels. Ikea, L’Oreal, qui utilisent déjà cette formule à l’international, en envisagent en France, mais sans paraître pressés pour autant. « Nous nous servons des PPA quand nous ne sommes pas capables de mettre en place nos propres solutions », explique pour sa part Pascal Chalvon-Demersay, directeur du développement durable de Solvay, en faisant remarquer que pour son groupe, « le problème est surtout la chaleur. Or, le biogaz n’est pas compétitif pour l’instant et la filière biomasse n’est pas assez structurée ».

L’agrégateur comme intermédiaire de confiance ?

L’un des freins rencontrés par les CPPA, en France comme ailleurs, réside dans l’appréciation de la solidité de l’acheteur, dans l’hypothèse de contrats longs. “Je ne sais pas si dans 10 ans La Poste existera encore”, formule de façon saisissante Dang Tran, en rappelant que le groupe perd 500 M€ de chiffre d’affaires par an dans l’activité courrier. Le problème du diagnostic est encore plus aigu quand la contrepartie est de petite taille. Cela dit, des solutions existent peut-être. Témoin ce CPPA éolien en sortie d’obligation d’achat associant trois industriels de taille moyenne, un producteur et Solvay en tant qu’agrégateur, que prépare Jean-Pierre Riche, directeur général d’Orygeen. L’accord pourrait être conclu au printemps 2020. Interrogé sur le risque de contrepartie, cet expert indique que Solvay pourrait jouer le rôle d’intermédiaire de confiance, en commercialisant la production si l’un des acheteurs du pool faisait défaut.

Boralex : 2,5 TWh à commercialiser en 2025

On notera que la faiblesse actuelle des volumes devrait rendre assez anecdotique le débat sur l’intérêt des CPPA « additionnels », c’est-à-dire finançant de nouvelles capacités de production EnR au lieu d’acheter une production existante, souvent via des garanties d’origine étrangères ou tricolores. Il reste pourtant assez nourri. Ainsi, Olivier Menuet, directeur de SNCF Energie ne jure que par l’additionnalité, “sinon c’est du greenwashing”, mais le développeur-producteur Boralex prévient qu’il faut tenir compte des parcs existants, lesquels sortent peu à peu des subventions : « Nous aurons 2,5 TWh à commercialiser en 2025, c’est un grand changement pour nous », calcule Nicolas Wolff, directeur général de Boralex Europe. Un horizon où l’approvisionnement en CPPA, encore bien flou à l’heure actuelle, aura peut-être adopté la configuration qu’esquisse Coralie Lang, en charge du sujet dans l’enseigne de distribution Métro, elle aussi pionnière en la matière : « Nous pouvons envisager un millefeuille de PPA, avec des contrats long terme aux tarifs compétitifs et des contrats plus courts, pour conserver de la souplesse ».

*Contrat privé d’approvisionnement en énergie passé entre un producteur et un consommateur, entreprise ou collectivité.