Occitanie : quelles priorités pour la transition énergétique ? [Entretien]

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Agnès Langevine (Crédit : Antoine Darnaud, David Maugendre, Région-Occitanie)

Entretien avec Agnès Langevine, vice-présidente de la Région Occitanie, en charge de la transition écologique et énergétique, de la biodiversité, de l’économie circulaire et des déchets –

L’Occitanie veut devenir une région à énergie positive. Pour cela, elle veut tripler sa production d’énergies renouvelables. Mais aussi changer d’échelle dans la rénovation énergétique et l’hydrogène vert, explique Agnès Langevine à GreenUnivers.

GreenUnivers : Quelles sont les priorités de l’Occitanie en matière de transition énergétique ?

Agnès Langevine : L’Occitanie s’est fixé l’objectif ambitieux d’être la première région d’Europe à énergie positive. Ce n’est pas qu’un slogan. Nous avons défini une trajectoire avec une centaine d’experts : des énergéticiens, des développeurs, des élus, des associations environnementales…. Ce scénario doit nous amener à ...

baisser notre consommation d’énergie finale de 40% d’ici à 2050 dans un contexte de forte pression démographique, l’Occitanie gagnant plus de 50 000 habitants par an. Cela se décline notamment avec une baisse de plus de 40% dans le secteur du bâtiment et même de 60% dans la mobilité.

GU : Et les énergies renouvelables ?

AL : Il nous faut tripler la puissance d’énergies renouvelables installées en Occitanie. Par exemple, multiplier notre capacité par cinq dans l’éolien et par douze dans le photovoltaïque, tout en menant un travail de préservation des terres agricoles. Dans le cas du solaire, nous réalisons actuellement un état des lieux des retombées locales. Le but est de les renforcer, y compris sur les nouveaux usages que sont l’autoconsommation et le stockage d’électricité.

« Un service public de l’efficacité énergétique en 2020 »

GU : Ces objectifs sont-ils vraiment réalistes ?

AL : C’est vrai : la marche est haute. Mais définir cette trajectoire nous permet ensuite de nous doter des bons outils. Dans le cadre de la fusion des régions, l’Occitanie a revu ses dispositifs d’accompagnement avec la création de son Agence régionale énergie climat (Arec). Elle est opérationnelle depuis 2018 et traite à la fois le volet énergies renouvelables et la baisse des consommations. Nous lui confierons notre futur service public de l’efficacité énergétique, dont nous finalisons la mise en place pour le déployer début 2020

GU : A quoi ressemblera exactement ce service public ?

AL : Diagnostic, conseil, tiers-financement… Il doit être une plateforme qui accompagnera tout type de parcours d’un ménage dans ses travaux de rénovation énergétique. Il ciblera en priorité les logements avec l’objectif d’en rénover 50000 par an dans les prochaines années, puis 72000 par an à l’horizon 2025 ou 2030. L’important est de bien mailler le territoire. Ce service public s’appuiera sur les espaces info-énergie et les plateformes territoriales de la rénovation énergétique. Mais avec une difficulté : l’Ademe – qui finançait ces structures – ne le fait plus. Après ce désengagement de l’Etat, le gouvernement a lancé le programme « Sare ». C’est un début de réponse, mais incomplet. Sare repose sur les certificats d’économies d’énergie, donc du financement privé, sans garantie de pérennité. Pour le déployer, l’Etat s’est tourné vers les régions. Nous discutons actuellement avec lui pour en définir les modalités.

« Bâtir des écosystèmes complets autour de l’hydrogène vert »

GU : Dans la mobilité, comment modifier des habitudes bien ancrées ?

AL : La priorité est de favoriser au maximum le report modal vers les trains du quotidien. Et nous mettons la pression sur la SNCF pour qu’elle améliore son offre. Nous proposons aussi un « éco-chèque mobilité » aux ménages pour cofinancer l’achat de voitures électriques d’occasion ou de vélos électriques. Ou bien pour transformer les véhicules en leur possession de sorte à rouler au biogaz ou à l’hydrogène.

GU : Dans l’hydrogène, justement, où est votre plan lancé en mai ?

AL : Ce plan est pour nous un axe stratégique. Autant nous soutenons la mobilité électrique au fil de l’eau, en fonction des projets des territoires et des entreprises, autant l’hydrogène a besoin que l’on bâtisse des écosystèmes locaux complets. Il nous faut déployer simultanément la production d’hydrogène vert, sa distribution et les applications. A l’aéroport de Blagnac par exemple, autour d’un hydrogène produit par une centrale solaire, nous voulons déployer un hub multi-usages : voitures, navettes, monte-charges… Le parc automobile y est en cours d’acquisition. L’idée est de dupliquer ce modèle dans les aéroports de Perpignan et de Carcassonne. Nous ciblons les ports de la même manière : un projet de production d’hydrogène vert est à l’étude avec Lucia Holding à Port La Nouvelle. Je peux aussi vous citer un projet de barge sur le canal du midi ou encore un chalutier au Grau-du-Roi.

Retrouvez plus d’informations sur la transition énergétique en Occitanie dans notre Benchmark des régions