Dunkerque : le vainqueur est… EDF RE, accompagné par Innogy et Enbridge

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Parc éolien en construction d’East Anglia One (c) Romain Chicheportiche

C’est la fin du suspense et accessoirement de la machine à rumeurs qui tournait à plein régime ces dernières semaines. En déplacement à Saint-Nazaire, François de Rugy, ministre de la Transition écologique et solidaire, a désigné ce matin le consortium EDF RE – Innogy -Enbridge lauréat de l’appel d’offres éolien en mer de Dunkerque pour la construction d’un parc de 600 MW. Situé à plus de 10 km de la côte, il fournira l’équivalent d’environ 40% des besoins en électricité du département du Nord. Il devrait entrer en service en 2026. Les partenaires, prévenus hier soir par le MTES, prévoient de saisir la Commission nationale du débat public dans les mois à venir, pour étendre une concertation qu’ils affirment déjà engagée avec les collectivités locales et les associations.

EDF triomphant

C’est donc finalement EDF, déjà lauréat des trois parcs attribués en 2012 (Fécamp, Courseulles et Saint-Nazaire), qui aura de nouveau remporté cet appel d’offres éolien en mer très disputé, sept offres fermes ayant été déposées, avec un prix de l’énergie moyen de 51€/MWh. EDF a gagné avec un prix inférieur à 50€/MWh mais le niveau exact n’est pas précisé, au motif que le projet, basé sur les prix de marché, ne consommera pas d’argent public.

Le ministre a précisé que « plusieurs offres proposaient un prix inférieur à 50 €/MWh. De fait, c’est ...

en très grande partie le prix – il formait entre 70 et 80% de la note finale – qui a fait pencher la balance en faveur de l’électricien national. « Nous bénéficions d’un plaisant alignement des planètes avec la décision du Conseil d’Etat la semaine dernière et celle d’aujourd’hui nous attribuant le parc éolien en mer de Dunkerque », s’est félicité Bruno Bensasson. Interrogé sur le choix du turbinier, le PDG d’EDF RE estime que la « décision interviendra à l’horizon 2022-2023 ».

La victoire du consortium mené par EDF RE est une vraie surprise même si l’emprise de l’électricien national sur le marché de l’électricité et des énergies renouvelables n’est pas à démontrer. Le groupe dirigé par Jean-Bernard Lévy va pouvoir s’appuyer sur l’expérience accumulé à l’étranger, et bientôt sur les 3 premiers parcs déjà dans son escarcelle en France. Il a d’ailleurs profité du déplacement du ministre pour annoncer le lancement du parc de Saint-Nazaire, qui a été libéré la semaine dernière par le Conseil d’Etat des recours dont il faisait l’objet. La signature du contrat pour la sous-station électrique a d’ailleurs été signé à cette occasion avec GE, SDI et les Chantiers de l’Atlantique, dans les locaux de ces derniers puisque le site de General Electric, initialement prévu pour l’annonce ministérielle, était bloqué par les dockers de Saint-Nazaire pour protester contre la fermeture de la centrale de Cordemais appartenant à… EDF.

Un appel d’offres historique

L’appel d’offres éolien en mer de Dunkerque sera historique a bien des égards. Le prix proposé par le consortium vainqueur est bien en-deçà de ceux renégociés il y a moins d’un an par le gouvernement (environ 142 €) pour les six parcs issus des appels d’offres de 2012 et 2014. Ce qui pose au passage certaines questions sur le succès réel du gouvernement dans cette négociation, sachant que le raccordement a été pris en charge par RTE en contrepartie de la baisse du prix. Une chose est sûre, Dunkerque est le signal que la filière éolienne française a mûri et peut désormais prétendre concurrencer les prix de marché. A 51 €/MWh, le prix moyen issu des propositions des différents candidats catapulte l’éolien en mer comme la technologie EnR la plus compétitive en France, devant l’éolien terrestre (63 €/MWh) et même le solaire photovoltaïque au sol (63 €/MWh aussi), au regard des derniers résultats des appels d’offres de la CRE. Il y a bien eu un avant et un après Dunkerque, comme l’avaient prédit les candidats.

L’histoire retiendra aussi qu’un seul appel d’offres aura réussi à faire dévier la trajectoire initiale de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), très prudente sur l’éolien en mer lors de sa présentation en janvier dernier. En mettant les développeurs face à leurs responsabilités, le gouvernement a finalement rendu service à la filière et s’est retrouvé de fait dos au mur, finalement contraint d’augmenter les volumes à 1 GW par an, soit ce que les développeurs estiment être le rythme plancher pour faire tourner les usines françaises les prochaines années.