Finance verte : on est encore loin du compte [Etude]

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Bien que les « fonds verts » se multiplient, le manque de financement est le premier obstacle à la transition énergétique identifié par Mazars. Dans un récent rapport, le cabinet d’audit et de conseil constate que les acteurs financiers conservent une attitude très conservatrice à l’égard des investissements « verts », c’est-à-dire liés au développement durable, en décalage par rapport aux autres acteurs économiques.

Les énergies fossiles largement plébiscitées

Mazars a interrogé 270 dirigeants et décisionnaires sur leurs intérêts et leurs actions en faveur de la transition énergétique. Ils sont issus de ...

structures publiques (100 élus et décideurs territoriaux), privées (120 dirigeants d’entreprises, industriels des secteurs de l’énergie, la construction, les transports et la logistique), ainsi que du secteur de la finance (50 acteurs bancaires, mutuelles, assurances, gestionnaires d’actifs et de portefeuille).

Si les 57% des entreprises interrogées et 86% des collectivités territoriales font de la transition énergétique une priorité, la proportion tombe à seulement 36% chez les investisseurs. Un intérêt donc très relatif. Et 80% des investisseurs ne mènent pas de politique de désinvestissement des énergies fossiles. Au contraire, ces énergies polluantes sont toujours autant plébiscitées du fait de leurs rendements élevés.

« Les taux d’intérêt faibles, combinés aux niveaux de liquidités élevés, ne peuvent qu’inciter les acteurs économiques à investir sur des projets de long terme. Paradoxalement, les investisseurs ne se sont pas encore totalement saisis de la question de la transition énergétique et financent principalement des actifs carbonés. Ce constat illustre le fonctionnement des marchés financiers favorisant l’émergence de bulles spéculatives attirant les investisseurs vers des actifs très rentables à court-terme. Malheureusement, ce choix s’opère au détriment d’actifs verts au retour sur investissement plus long et plus sensible aux évolutions du cadre fiscal et réglementaire », constate Yann Guyomar, associé Énergie et Environnement, Trésorerie et cash management chez Mazars.

Fonds « verts par conviction »

Dans cet univers très conservateur, quelques fonds plus vertueux et aventureux ont tout de même émergé. Parmi les pionniers, citons les sociétés françaises de gestion Omnes Capital, Mirova,RGreen Invest, ou encore Demeter qui a déjà investi pas moins de 1 Md€ dans les cleantech. Hors de l’Hexagone, le fonds souverain norvégien, abondé par la rente pétrolière, commence quant à lui à investir dans les EnR, tandis que celui de l’Irlande a reçu pour consigne d’arrêter tout investissement dans les sociétés travaillant dans les énergies fossiles.

Mais ces fonds « verts par conviction », comme les a baptisés Mazars, sont plutôt esseulés sur la place financière européenne. Ils ne représentent que 7% des fonds européens non cotés, et 1% des fonds cotés, selon une étude de Novethic.

Une proportion qui s’explique par les fondamentaux des marchés financiers. Au risque additionnel perçu par les investisseurs, « s’ajoute la tendance baissière des prix des énergies fossiles qui rend difficilement compétitif tout projet d’investissement dans une infrastructure d’énergie renouvelable, dans un contexte d’absence de fiscalité écologique incitative : en témoigne l’incapacité de la taxe carbone à compenser le différentiel de prix entre les différents types d’énergie », indique de son côté Edouard Lecoeur, associé Infrastructure Finance chez Mazars. Une taxe carbone dont la progression semble largement compromise en France. Il va donc falloir trouver d’autres moyens d’orienter les financements vers les actifs verts.

Des outils à peaufiner

L’équation est relativement simple. Selon la Commission européenne, les besoins de financement pour la transition énergétique sur le Vieux Continent s’élèvent à plus de 180 Mds€ par an jusqu’en 2030. L’enjeu est donc de mobiliser et de flécher les capitaux vers des investissements verts, faute de quoi il sera impossible d’atteindre les objectifs fixés en matière de transition énergétique. « Cela passera en partie par le développement de modèles de financement vert plus souples et plus rationnels. Par exemple, les greens bonds sont aujourd’hui sursouscrits : il faut élargir ce marché obligataire à des financements d’actifs favorisant le recyclage et la baisse d’émissions carbone », propose Yann Guyomar.

Les pouvoirs publics ont également leur rôle à jouer. Fin 2015, le ministère de l’Environnement, de l’énergie et de la mer, a lancé le label Transition Énergétique et Écologique pour le Climat (TEEC), pour promouvoir les investissements verts. « Il apporte une première réponse pour garantir que les fonds sont bien investis pour la transition écologique. Vingt-sept fonds sont aujourd’hui labellisés TEEC en France », se félicite Stéphanie Chrétien, associée chez Demeter, en charge de Paris Fonds Vert, qui a participé à l’étude.

Retrouvez l’étude de Mazars sur le financement de la transition énergétique ci-dessous (ou en PDF)