PPE : feu vert pour l’éolien terrestre, orange pour le marin

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Installation des éoliennes en mer. (Crédit : wpd offshore)

C’était attendu mais c’est désormais certain, le projet de PPE 2023-2028 a le mal de mer. Il prévoit peu de volume pour l’éolien offshore dans dix ans (entre 4,7 GW et 5,2 GW) et cadence parcimonieusement les appels d’offres : aucun pour le posé en 2021 et 2022 et, à partir de 2025, 500 MW à arbitrer avec la version flottante. « C’est forcément une déception. Les ambitions sont bien en deçà des souhaits de la filière et des régions. Je pense que les objectifs actuels pâtissent des interrogations persistantes sur le prix de l’éolien en mer. Le gouvernement ne veut pas s‘engager avant d’avoir des certitudes », explique Vincent Balès, directeur général de WPD Offshore & Solar France.

La laborieuse renégociation tarifaire en 2018 sur les projets de 2012 et 2014 a ...

laissé des traces et la Direction générale de l’énergie et de climat souhaite en savoir plus sur les prix vraiment proposés. L’appel d’offres de Dunkerque, clos dans deux mois et pour lequel un prix de l’énergie sans subvention est espéré, sera donc clé à cet égard.

Flottant et posé mis en concurrence ?

En tout cas, pour l’instant, comme le précise le projet de texte, « trois appels d’offres posés et trois appels d’offres flottants totalisant 3,25 GW seront lancés pendant la première période de la PPE. Les champs flottants en Bretagne et en Méditerranée seront des premières mondiales », se réjouit l’administration. Des zones et des prix cibles sont d’ores et déjà indiquées : 1 GW d’éolien posé en Manche en 2020 et pour 65€/MWh par exemple (le projet à Oléron a disparu pour de bon) et 250 MW flottants en Bretagne, mais avec des lauréats seulement en 2021.

Et en 2025, comme prévu, le flottant et le posé seront mis en concurrence, « selon les prix et le gisement ». De fait, à moyen terme, on ne parlera plus d’éolien flottant ou posé mais d’éolien en mer tout court. « A cette échéance, la différence de maturité des deux filières sera encore probablement trop grande pour une telle concurrence frontale. Il est aussi envisageable que la DGEC penche pour une alternance posé/flottant les premières années », estime Yara Chakhtoura, directrice générale de Vattenfall Éolien France.

Mais cela ne change rien au fait que « le volume critique pour développer la filière est de 1 GW par an, avec une composante posée ou flottante », affirme Vincent Balès. Bonne nouvelle : à l’oral, les pouvoirs publics ne ferment pas la porte à une révision des volumes, d’ici la parution officielle de la PPE dans quelques mois, en fonction des prix de l’AO de Dunkerque.

Eolien terrestre : 2 GW/an à partir de 2021

Les volumes d’appels d’offres éoliens terrestres sont en phase avec la trajectoire dessinée par le gouvernement le mois dernier. L’année 2019 se caractérisera par 3 appels d’offres (2x500MW et 1x600MW, soit 1,6 GW en cumulé). Des volumes qui augmenteront à 1,8 GW en 2020 (1×800 MW au T2 et 1 GW au T4) pour atteindre le rythme de croisière de 2 GW/an jusqu’en 2024 (2x1GW aux T2 et T4). « Le rythme correspond à celui attendu pour atteindre les objectifs annoncés par le gouvernement », confirme Pauline Le Bertre, déléguée générale de France Energie Eolienne (FEE).

Deux mesures spécifiques concernent l’éolien terrestre, mais là encore, pas de révolution. La première prévoit de rendre obligatoire d’ici 2023 le recyclage des matériaux constitutifs des éoliennes lors de leur démantèlement. « C’est une mesure normale et déjà prise en compte pour être une filière exemplaire. C’est également une opportunité en termes d’emplois non délocalisables. Un groupe de travail planche déjà sur ce sujet et les travaux sont très avancés. Des marges existent encore pour optimiser notamment le recyclage des pales », indique Pauline Le Bertre.

L’autre piste consiste à « favoriser la réutilisation des sites éoliens en fin de vie pour y réimplanter des machines plus performantes ». En clair, le repowering. Rien de très précis sur cette question que la DGPR a déjà commencé à défricher. « L’enjeu est de poursuivre les conversations avec l’armée, l’aviation civile et les stations météo pour travailler de manière pragmatique et coordonnée sur des solutions », confirme la déléguée générale de FEE.

  • Retrouvez la version intégrale du projet de PPE mis en consultation, pages 102 à 107 pour l’éolien terrestre, et pages 116 à 119 pour l’éolien en mer (ou en PDF)