GrDF ouvre un peu plus les vannes au biométhane

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GRDFLe biométhane et le gaz naturel pour les véhicules (GNV) sont considérés par GrDF comme « la nouvelle frontière », c’est-à-dire un territoire de conquête. Ce sont les termes employés par Edouard Sauvage, directeur général depuis décembre 2015 du distributeur de gaz, lors de la présentation des résultats 2015 et de la stratégie à trois ans.

En 2018, la filiale d’Engie compte utiliser une centaine de sites pour l’injection de biogaz épuré dans le réseau. Ce qui suppose une forte montée en puissance : il y en a 17 aujourd’hui, dont ...

10 ouverts en 2015, qui fournissent 279 GWh/an, soit l’équivalent de la consommation de 23 000 foyers – à titre de comparaison, GrDF compte 10,9 millions de clients… « Nous allons ajouter chaque année 35 sites supplémentaires d’injection », précise Catherine Foulonneau, directeur Stratégie et territoires. Mais cet effort n’est rien comparé à ce qu’il faudra faire par la suite, pour emprunter pour de bon la trajectoire de la loi pour la transition énergétique (LTE). Laquelle prévoit qu’en 2030, 10% du gaz acheminé par les réseaux sera du biométhane.

Ça roule pour le gaz

GrDF annonce 10 nouvelles stations-services de gaz en 2015. Le réseau d’approvisionnement des véhicules roulant au gaz compte 41 stations publiques, 7 stations multi-acteurs et environ 230 stations privées. Deux tiers des villes de plus de 200 000 habitants disposent d’une installation pour leur bus au GNV. GrDF estime que 80% des camions bennes à ordures franciliens roulent au gaz.

Si les craintes quant à la pureté du gaz ont été levées – « le biométhane est de bonne qualité », affirme Edouard Sauvage, il va sans doute falloir encore travailler sur la régularité de l’approvisionnement et les volumes qui peuvent être raisonnablement attendus dans les années qui viennent, même si les projets bénéficient d’un soutien public important désormais. GrDF annonce des réflexions en commun avec les Entreprises locales de distribution (ELD), l’Ademe et des associations environnementales, pour définir un vrai programme de production et de distribution. Et à plus long terme, l’origine du gaz acheminé devrait continuer son métissage : via le projet GRHYD, GrDF compte approfondir ses travaux sur l’intégration d’électricité renouvelable excédentaire au réseau de gaz par l’intermédiaire de l’hydrogène.

GrDF n’est pas seul à entrouvrir ses vannes au biogaz épuré. GrTgaz et TIGF (Sud Ouest) et des distributeurs locaux comme GDS, à Strasbourg, qui coopère avec Suez, s’y intéressent aussi. GrTgaz, par exemple, vise 1000 GWh en 2020 et compte ouvrir annuellement 3 à 5 projets. Un premier aperçu des stratégies des uns et des autres sera donné dans un mois, à l’occasion d’un panorama du biométhane mené en partenariat avec le Syndicat des énergies renouvelables  (SER).

Gazpar lentement

Lors de la présentation de ses résultats, GrDF a fait le point sur le compteur communicant Gazpar : 150 000 auront été posés à la fin de l’année, en Normandie, Bretagne et Rhône-Alpes ; 11 millions d’unités doivent être installées entre 2017 et 2022. Au début du projet, en 2011, il était prévu un déploiement sur 2014-2020, à raison de 100 000 la première année, un million la 2ème année, puis 2 millions par an. Selon Edouard Sauvage, l’appareil permettra d’éviter les relevés sur place et de proposer des tarifs plus fidèles au profil de chaque foyer. Il reste à savoir si ce compteur au quotidien pourrait avoir un impact réel sur la consommation d’énergie des ménages.

Les objectifs long terme fixés au biogaz par la LTE ne sont pas irréalistes. Selon une étude du cabinet E-Cube de 2013 intitulée « Vers un système gazier 100 % décarboné », le potentiel du biogaz serait de 400 TWh, pour une consommation actuelle totale de gaz naturel d’un peu plus de 500 TWh. L’étude précise qu’en excluant les cultures dédiées (maïs…) et les micro-algues, la production de gaz décarboné peut être estimée à « 220 TWh, dont 110 TWh issus de la méthanisation de déchets et 90 TWh de la biomasse forestière. L’exploitation des 110 TWh de gisement de méthanisation de déchets nécessiterait la construction d’environ 6 000 à 10 000 unités de méthanisation ».

GrDF a réalisé un chiffre d’affaires de 3,4 Mds€ en 2015 (+ 5,7 %) et un résultat net de 71 M€, contre une perte de 25 M€ l’année précédente.