Mirage solaire dans le désert ?

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De notre correspondante en Californie, Anne Sengès
tortue_desertldLe désert de Mojave, l’une des zones les plus ensoleillées au monde, à cheval entre trois États, la Californie, le Nevada et L’Arizona, est convoité par tous. Les touristes s’y rendent en masse pour sa somptueuse Vallée de la Mort. Ou son parc national de Joshua Tree, qui a inspiré au groupe irlandais U2 le titre de son cinquième album. Ou encore ses ambiances à la Bagdad Café où le film a été tourné.

Mais pour les écologistes, le désert de Mojave reste le Wild Wild West. En témoigne leur bataille pour protéger la desert tortoise. Car la tortue du désert est, selon eux, menacée par l’industrie solaire qui souhaite faire pousser des méga centrales thermiques comme des champignons. Quitte à déloger des espèces en voix de disparition.

Le désert de Mojave, où règne le Dieu Râ, est un nouvel eldorado pour une industrie solaire en plein boom. Le Bureau of Land Management (BLM), chargé d’attribuer les permis de construire sur les terres fédérales, ne sait plus où donner de la tête avec près de 200 projets qui attendent son aval. Les fournisseurs d’électricité, comme la compagnie californienne Pacific Gas & Electricity, accolent leur signature sur des contrats plus ambitieux les uns que les autres les liant aux spécialistes de l’énergie solaire. En mai, PG&E a ainsi déclaré que son projet de centrale avec BrightSource Energy atteindrait par exemple une capacité totale de 1310 GW, assez pour éclairer 530 000 maisons (le BLM n’a pourtant pas encore donné son aval).

Une centrale rescapée de la faillite

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La Kramer Junction, à la jonction des routes 58 et 395, qui marque l’entrée du désert, symbolise pourtant les mirages qui menacent  l’industrie solaire en Californie. C’est à peine si les employés du « travel center », gigantesque station service qui sert d’aire de repos aux truckers, ont conscience que, de l’autre côté de l’autoroute, se trouve une centrale solaire. Construite en 1985, son destin a presque tourné court suite à la faillite en 1991 de son exploitant Luz International, frappé de plein fouet par le manque d’enthousiasme des autorités publiques et l’arrêt des programme de subventions. Majestueuse, elle continue pourtant de faire miroiter ses capteurs cylindro-paraboliques. Exploitée aujourd’hui par le groupe israélien Solel, elle produit 150 MW d’électricité dans l’indifférence générale des habitants du coin ou truckers de passage.

David Myers, le président du Wildlands Conservancy, association écologique qui a pour mission de protéger le désert, refuse de décrire le débat entre les défenseurs de l’environnement et l’industrie solaire en des termes guerriers. « Il ne s’agit pas d’une bataille ou d’un combat comme on l’entend souvent dans la presse car nous sommes bien évidemment en faveur des énergies renouvelables. Mais nous ne souhaitons pas pour autant que les centrales thermiques dénaturent le paysage et l’habitat », assure-t-il.

Le Wildlands Conservancy fait donc pression sur le BLM pour qu’il n’accorde son feu vert qu’aux projets qui s’implanteront dans des zones déjà fréquentées, soit le long des autoroutes et des lignes à haute tension. « Or 75% des projets qui attendent l’aval du BLM proviennent de spéculateurs qui ne respectent pas la nature mais souhaitent profiter de l’engouement des autorités publiques pour le solaire », assure David Myers. La bataille s’est politisée au cours des derniers mois. La sénatrice Diane Feinstein s’est ralliée aux partisans d’un « désert désert » alors qu’Arnold Schwarzenegger, le gouverneur de Californie, champion de la lutte contre le réchauffement climatique, répète à qui veut l’entendre que le désert de Mojave est un endroit de rêve pour l’industrie solaire.

Preuve que rien n’est simple, ni rapide, même au fin fond du désert de Mojave, l’US Air Force par la voix d’Howard Belote, le commandant de la base aérienne de Nellis (Nevada), vient d’exprimer son opposition à un projet de centrale solaire à tour de la filière sel fondu, d’une capacité de 100 MW, pourtant présentée en 2007 par SolarReserve. Non pas pour laisser les tortues en paix mais au nom du secret défense…