Marché du carbone : les cours se stabilisent

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emmanuel-fagesLe cours du carbone est remonté au-delà de 13 euros sur le marché spot après une chute sévère ces derniers mois. L’analyse d’Emmanuel Fages, analyste d’Orbeo.

GreenUnivers : quelles sont vos prévisions à court terme sur le marché européen ?

Sur le marché spot, le cours est actuellement un peu supérieur à 13 euros. C’est peut-être un peu élevé par rapport à une fourchette de 10 à 12 euros qui me paraîtrait plus adapté aux fondamentaux. En l’absence d’indicateurs clairs, le marché cherche sa direction. Il est assez calme, les prix des énergies sont stables. On n’attend pas d’échéance à très court terme, donc la volatilité retombe. Les volumes restent cependant importants puisque, hier par exemple, on était à près de 25 millions de tonnes échangées sur le marché spot et les contrats futures. Les achats spot des électriciens devraient être limités à court terme : les besoins en chauffage sont résiduels et il n’y a pas encore de besoins en climatisation. Et ils devraient privilégier les achats de gaz, dont le prix a baissé, plutôt que de charbon. Or le gaz émet moins de CO2. En raison de ces besoins modérés, on attend un prix stable ou en légère baisse. Si le pétrole continue à remonter, le carbone pourrait cependant rester soutenu. La situation pourrait vraiment changer uniquement s’il y avait un choc. La fièvre porcine pourrait ainsi rejaillir sur l’économie en fonction de son évolution.

GU : comment expliquez-vous la remontée rapide des cours depuis le plus bas à 8,20 euros atteint mi-février ?

Les cours ont effectivement connu une remontée rapide avec une légère rechute fin mars, en dessous de 11 euros. On s’attendait à un rebond, car le cours autour de 8 euros était vraiment très bas, mais pas à une reprise aussi spectaculaire. Elle est surtout due à un mouvement acheteur de la part des électriciens : ils vendent leur électricité pour 2010 depuis déjà l’automne 2008, et ils ont utilisé tous leurs quotas alloués gratuitement. Ils commencent donc à se couvrir depuis début mars. Ces achats à terme sous jacents ont poussé les cours à la hausse. La remontée du pétrole et le rebond des actions ont aussi joué : si la crise s’estompe, la production industrielle va redémarrer et accroître la demande en CO2. Mais en ce moment, entre ceux qui prédisent une sortie de crise plus rapide que prévu initialement et ceux qui pensent que ce n’est qu’un sursaut avant une nouvelle détérioration, on reste dans l’incertitude.

GU : quels sont les principaux drivers du marché du carbone ?

Les prix de l’électricité, du gaz et du charbon sont les trois principaux. Ce sont des marchés connexes. Si la demande en électricité augmente, les centrales fonctionnent davantage, émettent plus de CO2 et les producteurs doivent donc se couvrir. L’électricité allemande est particulièrement surveillée. La corrélation avec le pétrole est moins nette. Il n’est quasi pas utilisé pour la production d’électricité, mais il influence le gaz qui à son tour influence le CO2. Et quand aucun autre indicateur n’est évident, les traders vont regarder les mouvements du pétrole. Quand les gérants de fonds ont vendu des contrats matières premières et pétrole au plus fort de la crise pour retrouver des liquidités, l’impact à la baisse a été réel sur le CO2. Le pétrole est un driver intermittent. Sur ce marché très jeune du carbone, on n’a pas encore de martingale !