1 litre de Tropicana = 1,7 kilo de CO2, mais à quoi comparer ?

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tropicana2Pepsico, le géant américain des boissons, s’est lancé dans le délicat calcul des émissions dégagées par une brique de jus d’orange (2 litres) de sa marque Tropicana, depuis la culture des oranges jusqu’au rayon du supermarché. Confiée au Carbon Trust, agence britannique indépendante qui a développé une méthodologie  pour les entreprises, l’étude a abouti à un verdict de 1,7 kilo de CO2 par brique.

Faute de comparaison, un tel chiffre n’est guère parlant,  sachant que les produits de grande consommation qui proposent une telle évaluation intégrale se comptent encore sur les doigts de la main. Même si les étiquettes carbone devraient se multiplier un peu partout dans le monde dans les prochaines années.

Les pionniers

Parmi les pionniers figurent d’abord Pepsico lui-même qui avait calculé dès 2007 l’empreinte carbone des chips « Crisps » de sa marque britannique Walkers et publié l’information sur le paquet et sur son site internet, déjà avec l’aide du Carbon Trust .

Résulta t : un paquet de chips de 35 grammes = 75 grammes de CO2.

A citer aussi le brasseur américain New Belgium Brewing qui a chiffré l’empreinte des packs de 6 bières Far Tire Amber Ale à environ 3,5 kilos. La marque américaine de lait National Dairy Holdings évalue une bouteille de lait en plastique d’un gallon (3,8 litres) à environ 3 kilos.

Timberland a évalué l’empreinte de la fabrication de ses chaussures (entre 10 et 100 kilos selon les modèles) , Tesco estime que le détergent à sa marque représente environ 800 grammes de CO2 par dose de lessive, et la marque de vêtements de loisirs Patagonia évalue l’impact de sa veste Talus à 30 kilos de CO2. Le fabricant de produits de soins Boots indique que l’empreinte de son shampoing Botanics est de 148 grammes par bouteille.

Pepsico prévoit dans les mois prochains de calculer les empreintes de Pepsi, Diet Pepsi, Gatorade et des barres Quaker Chewy Granola.

Déjà aussi des chaînes de supermarchés en Europe se sont lancées sur ce créneau ces derniers mois : Leclerc et Casino en France ont apposé des étiquettes carbone sur des milliers de produits à leur marque, tout comme Tesco en Grande-Bretagne.

carbon2

A titre de comparaison, brûler 1 litre d’essence dégage 2,3 kilos de CO2. Le cycle de vie d’une voiture correspond à 50 tonnes de CO2. Une recherche sur Google au moins 0,02 gramme — voire 7 grammes selon un scientifique. Quant aux chiffres mondiaux, les activités des 6 milliards et quelque d’êtres humains ont dégagé environ 27 milliards de tonnes de CO2 en 2007, soit 4,5 tonnes par personne et par an.

Pepsico n’a pas encore apposé l’empreinte du Tropicana sur les bouteilles, de crainte des réactions d’un consommateur un peu perdu dans ces chiffres nouveaux pour lui.

L’actuel directeur de Tropicana North America, Neil Campbell, qui était patron de Walkers en Grande-Bretagne à l’époque du calcul de l’empreinte des chips, a vu comment avaient réagi les consommateurs britanniques : « ils ne comprenaient pas vraiment les chiffres — cela n’a pas poussé les ventes — mais ils appréciaient l’initiative de transparence et d’engagement de réduction, et le côté précurseur », a-t-il déclaré.

Détection

Tous ces calculs ont eu le mérite d’apporter un élément très instructif : détecter l’origine des émissions les plus importantes, qui souvent ne proviennent pas de là où les groupes les attendaient.

Ainsi pour Tropicana, la partie de loin la plus polluante du processus est la culture des oranges, à cause de l’emploi intensif d’engrais aux nitrates, fabriqués à l’aide de gaz naturel et qui génèrent des gaz à effet de serre lorsqu’ils sont répandus dans les champs.

Timberland a découvert que la phase la plus polluante était la production de cuir, le brasseur la réfrigération de la bière. Généralement le transport, même pour des chaussures fabriquées en Chine, est un élément mineur des émissions de CO2.

Ces marques pionnières devancent une vague qui devrait s’accélérer et se généraliser : par exemple en France, la loi Grenelle va rendre les étiquettes carbone des produits obligatoire à partir de 2011 (progressivement selon les catégories de produits), l’Europe envisage de les rendre obligatoires. Et elles devraient se généraliser au Japon courant 2009. Le consommateur devra bientôt devenir un expert.