
S’il n’en reste qu’un, ce sera celui-là. Pour 2027, les pouvoirs publics ne planchent actuellement que sur un seul appel d’offres pour les énergies renouvelables, dans un format inédit dit « super neutre ». Autrement dit, une compétition où toutes les typologies et les tailles seraient mélangées pour désigner les projets les moins chers. Pour maximiser la compétition, la dernière version de travail du cahier des charges publiée par GreenUnivers s’aligne directement sur les contraintes européennes, moins disantes par rapport aux normes françaises sur l’environnement par exemple. Quant aux plafonds de puissance, ils passent de 30 à 80 MW dans le photovoltaïque tandis que l’éolien, sans contrainte jusqu’alors, se voit limité à 40 MW.
Avantage aux gros projets solaires
Avec ces évolutions, le cahier des charges se fait moins défavorable à la filière photovoltaïque et surtout aux spécialistes des grandes surfaces solarisées. Un certain nombre d’entre eux militaient en ce sens depuis un certain temps. « Cela va dans notre sens », certes, confie l’un d’eux, « mais c’est une surprise » malgré tout , tempère un autre. Pour une source qui travaille sur les appels d’offres, « les facilités accordées aux gros projets sont plutôt une conséquence du choix d’un appel d’offres très neutre que l’une des causes ».
Pour accroître leurs chances, les développeurs solaires peuvent aussi adosser du stockage, mais le délai est très court pour obtenir une modification de permis d’ici au lancement de l’appel d’offres prévu, pour l’heure, avant l’élection présidentielle d’avril prochain. Ils peuvent donc agréger leur puissance. Or, les agrégateurs préfèrent les grosses puissances, plus faciles à gérer. Pour rappel, le volume à agréger est un avantage, du fait de la méthode de calcul du prix des projets lauréats, dite « M0 baseload ».
Les effets d’échelle permettent en outre d’alléger les contraintes financières, ce qui réduit encore le coût des projets, tout comme la réduction des contraintes environnementales.
Peu de développeurs avantagés
Peu de développeurs remplissent ces conditions. Figurent parmi eux Valeco, Neoen, Photosol, EDF Power Solutions (PS), GLHD (propriété en partie d’EDF PS)…, cars ils disposent de projets supérieurs à 30 MW qu’ils n’ont plus besoin de « saucissonner ».
Ces protagonistes sont motivés, car aucun d’eux, si ce n’est Valeco mais dans une quantité limitée, n’a obtenu de tarifs lors du dernier appel d’offres pour les centrales au sol. En particulier GLHD qui n’a d’ailleurs tarifé aucun projet et sur qui la pression est d’autant plus importante que le volume envisagé de l’appel d’offres est incertain, entre 1,5 GW et 250 MW… Certains dans la filière considèrent cependant que le développeur et son copropriétaire EDF PS profitent d’un avantage sur les autres : un agrégateur leader évoluent au sein d’EDF.
Est-ce suffisant pour concurrencer l’éolien ?
Ces développeurs sont-ils pour autant privilégiés ? « Bullshit », dément l’un d’eux. Avec ces allègrements, en particulier sur la puissance maximale, le cahier des charges concède un point à la filière photovoltaïque, certes, mais celle de l’éolien resterait favorisée. En grande partie par la méthode de calcul retenue pour les projets, ce « M0 baseload ». Pour rappel, il récompense les productions à la fois les moins chères et les plus lissées dans le temps, donc la génération éolienne. Sans dépasser au total 100 €/MWh. Avec un coût du solaire possiblement aux alentours de 60 à 70 €/MWh, les coûts de lissage nécessaire ne doivent donc pas dépasser 40 à 30 €/MWh, ce qui, de l’aveu d’un professionnel, n’est pas une mince affaire.
Les gros projets cumulent cependant deux désavantages :
– la réduction de la compensation des heures à prix négatifs, d’autant plus préjudiciable pour les projets produisant beaucoup ;
– le coût du raccordement en haute tension B, c’est-à-dire pour les plus grosses puissances, est en forte hausse, pouvant désormais atteindre 20 à 25 % du coût d’un projet, confie un porteur de projet.
Qui sont les vrais perdants ?
Paradoxalement, les projets les plus petits, de moins de 1 MW, peuvent de ce fait tirer leur épingle du jeu, indique un développeur. Mais pour les tailles intermédiaires, qui plus est pour les parcs agrivoltaïques respectant les contraintes de la loi dite « Aper », l’affaire parait bien mal embarquée.
Via le syndicat professionnel France agrivoltaïsme, cette filière agriPV post-Aper réclame un couloir de nage spécifique pour ses parcs les mieux-disant d’un point de vue des « obligations agricoles », considèrent-ils. Selon nos informations, Arnaud Rousseau, le président du puissant syndicat agricole FNSEA, membre de France agrivoltaïsme, s’est saisi personnellement de l’affaire et devrait en informer le Premier ministre. Dans la continuité des dernières actualités sur les révisions de tarifs du solaire, les suppressions de programmes de certificats d’économie d’énergie, ou la suspension du Fonds chaleur, ce serait plutôt son chef de pôle « environnement », Vincent Tejedor, qu’il faudrait convaincre, laisse entendre un connaisseur du développement de ces projets.

