Les 7 lauréates du Prix des femmes de la transition énergétique 2025

7 lauréates et 13 nominées : c’est le palmarès de la 8e édition du Prix des femmes de la transition énergétique, organisé par GreenUnivers et Andera Partners. Elles ont été choisies par notre jury parmi 128 dossiers déposés par l’appel à candidatures ou proposés par des membres du jury. Elles ont été sélectionnées sur la base de l’impact de leurs actions et accomplissements en 2024 pour la transition énergétique. 
 
@ Romain Lagrange / DR

Secteur public

Bénédicte Genthon, l’intérêt général pour boussole

Directrice adjointe de l’Ademe à la direction des productions et énergies durables

Si le Fonds chaleur a échappé au coup de rabot en cette année d’urgence budgétaire, c’est en grande partie à elle qu’il le doit. Bénédicte Genthon n’hésite pas à parler de « bataille » à l’automne dernier pour « sauver » cette enveloppe de financements publics pour les projets de chaleur renouvelable dont elle est la directrice. En plus de la mobilisation au plus haut niveau, deux arguments ont porté auprès de Bercy : les aides ont un effet anti-inflationniste sur l’énergie et elles limitent les importations de gaz. « Nous avons travaillé pour objectiver, produire des chiffres, situer la chaleur renouvelable dans l’économie », se souvient Bénédicte Genthon.

Les chiffres, celle qui est aussi directrice adjointe du service bioéconomie et énergies renouvelables de l’Ademe en est familière. En 2003, elle faisait partie des rares diplômées de l’Ecole polytechnique – la proportion autour de 15% de femmes dans cette école n’a pas plus changé depuis des années, ce qu’elle regrette. Bénédicte Genthon a aimé les sciences dès le collège, pour « comprendre les phénomènes ». Elle apprécie « la vision très large » que procure l’Ademe et ses initiatives pour approfondir les connaissances, par exemple l’observatoire consacré aux énergies renouvelables et à la biodiversité ou encore le groupement d’intérêt scientifique sur la biomasse pour éclairer la disponibilité de cette ressource.

Un tropisme pour les sciences donc, mais aussi pour les politiques publiques et l’environnement comme le montre son parcours. Après Polytechnique, Bénédicte Genthon rejoint le corps des Ponts puis, en 2006, la direction des investissements routiers au ministère de l’Environnement. En 2009, elle est membre du Secrétariat général aux affaires étrangères, chargée de travailler sur les toutes premières directives européennes sur les renouvelables. Elle traverse la Manche en 2010 pour rallier l’ambassade à Londres, chargée entre autres du suivi de la politique énergétique d’un Royaume-Uni alors pionnier, notamment dans l’éolien en mer et le nouveau nucléaire à Hinkley Point. L’expérience sera utile lorsque Bénédicte Genthon intègre trois ans plus tard l’Autorité de sûreté nucléaire et se voit confier l’évolution des plans d’urgence après Fukushima. Elle y travaille notamment sur  l’extension de la distribution d’iode à 20 km autour des centrales, l’harmonisation des pratiques en Europe et la gestion de l’eau des centrales. Et maintenant ? Quel programme pour cette ingénieure soucieuse de l’intérêt général ? « Etre utile à la transition écologique » répond-elle simplement.

Jean-Philippe Pié

Les nominées


 

Hermine DURAND
Sous-directrice du système électrique et des énergies
renouvelables à la DGEC

Emmanuelle WARGON
Présidente de la Commission de régulation de l’énergie

Secteur privé

Julia Bastide, l’alliée de la nature et de l’éolien

Directrice de l’éolien terrestre de RWE France

S’il y avait une défenseuse officielle de la biodiversité et de l’éolien, ce serait Julia Bastide, une scientifique qui dédie sa carrière à démontrer que les énergies renouvelables peuvent contribuer à préserver l’écosystème dans lequel elles s’intègrent. 

Docteure, auteure d’une thèse en 2011 sur la géomorphologie du littoral, chercheuse et professeure à La Sorbonne, Julia Bastide a découvert le monde de l’éolien dans les années 2000 au détour d’une conférence abordant les avantages de l’éolien en mer, balbutiant à l’époque, pour réduire l’érosion des littoraux. Elle travaillait alors à la stabilisation des digues de la côte picarde. Ce fut le coup de foudre. 20 ans plus tard, elle dirige 100 personnes au sein de la division “éolien terrestre” de RWE Renouvelables France et occupe depuis sept ans le poste d’administratrice du syndicat professionnel France renouvelables. 

“J’aime partager mon expérience et mes valeurs”, dit-elle. Cela s’est traduit l’année dernière par sa participation active à la mise en place de fonds de dotation régionaux de RWE, financés en fonction de la puissance renouvelable développée par l’énergéticien allemand sur le territoire concerné. “Je veux que les projets aient des effets directs pour les gens”, raison pour laquelle les fonds financent la lutte contre la précarité énergétique et la protection du patrimoine notamment. Preuve de son engagement, Julia Bastide n’a pas de souvenir professionnel plus marquant en 2024 que l’inauguration d’un parc (RWE – TotalEnergies) de cinq éoliennes à Vilpion, dans l’Aisne, après vingt années de lutte. 

“Nous, défenseurs des renouvelables, ne devons pas avoir honte !” clame-t-elle aujourd’hui face au climat de défiance à l’égard du solaire et de l’éolien qui traverse les administrations européennes et américaines. “Nous sommes une nouvelle fois à un carrefour et nous devons agir, quels que soient les calculs politiques”, conclut-elle.

Paul Messad

Les nominées


 

Julie BARLATIER-PRIEURET
Co-fondatrice et CEO de Barjane

Frédérique BARTHELEMY
Directrice Impact et engagement de ARVERNE

CAROLE DESCROIX
Fondatrice et CEO de Terapolis

Hanane EL HAMRAOUI
Deputy CEO de HDF-Energy

Associations

 

Rachel Ruamps, une implication toujours au maximum

Responsable des affaires économiques et industrielles de France renouvelables

Changer de secteur pour avoir plus d’impact. Après plusieurs années dans la coopération internationale, Rachel Ruamps a choisi de se réorienter pour s’impliquer plus à fond dans la lutte contre le changement climatique. Le déclic s’est produit au Burkina Faso. “J’habitais à Ouagadougou et j’ai vécu les difficultés que traversait le pays à cause de la crise climatique. Plusieurs périodes de sécheresse ont conduit à une escalade de la violence entre agriculteurs et éleveurs, puis à un conflit armé et à la destitution du président”, se souvient-elle.

Elle sent alors “les limites” de ce secteur où elle a passé une décennie et la nécessité de les dépasser. “Pour moi, l’énergie est au coeur de la crise climatique”, explique-t-elle. D’où sa volonté de rejoindre la “famille” de la transition énergétique, ce qui l’amène chez France renouvelables en 2021, où elle se fait remarquer par son enthousiasme. Aujourd’hui, “je me sens vraiment à ma place”, sourit cette ancienne fonctionnaire formée à Toulouse et à l’Université Clermont Auvergne, passée notamment par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. “L’action principale consiste à réduire les émissions de gaz à effet de serre et donc à avoir une électrification massive de notre énergie”, souligne Rachel Ruamps. Elle a créé une formation dédiée au marché de l’énergie et de l’électricité pour les adhérents de l’association.

Son engagement profond dépasse la transition énergétique. Rachel Ruamps est co-organisatrice au sein de l’association Women in Power, lieu d’échange pour les femmes travaillant dans le secteur de l’énergie, source d’opportunités de collaboration et de développement. “Un des objectifs est d’aider les femmes à se sentir légitimes dans leur rôle de transmission, d’expertise. On peut parfois avoir un biais de genre sur notre capacité à porter des messages”, explique la responsable des affaires économiques et industrielles de France renouvelables. “Apporter un savoir et pouvoir aussi en bénéficier en tant qu’auditeur, c’est très stimulant, et ça permet d’aller voir d’autres facettes du monde de l’énergie”.

Jacopo Landi

Les nominées


 

Monika BOUSTANY
Présidente fondatrice de Sciences for Girls

Sandra HAHN DURAFFOURG 
Présidente d’Infravenir

Financement

 

Camille Vandenbeuck, une femme au comex

Directrice générale déléguée de H2air

Depuis un stage en Californie, chez Sunpower Total, dans le financement de projets photovoltaïques – une filière qui l’avait éblouie par son caractère « jeune et innovant, où il restait tout à faire » – jusqu’à sa fonction de directrice générale déléguée de H2air, Camille Vandenbeuck affiche un parcours volontariste. Ingénieure des Mines de Paris, elle a intégré le développeur et producteur H2Air il y a près de dix ans, à Berlin, et s’épanouit depuis dans cette PME. La jeune trentenaire y a notamment mis sur pied un département dévolu au financement de projets, puis a réussi, en 2023, en tant que directrice générale déléguée aux finances, à boucler une levée de plus de 30 M€ auprès d’Enerfip et Lumo, avant d’endosser l’an dernier le costume de directrice générale déléguée et d’intégrer le siège de l’entreprise, à Amiens.

Son périmètre s’en voit désormais élargi à l’IT, aux ressources humaines, au juridique et à la communication, de même qu’aux affaires publiques. Mission : scale-up, autrement dit, piloter cette PME, dont les rangs ont triplé depuis cinq ans à 160 collaborateurs, dans sa structuration et son essor. Sa méthode ? « Mon rôle est avant tout de mettre en place la bonne équipe et la bonne organisation de projets pour avoir assez de ressources au moment clé tout en priorisant par rapport à d’autres objectifs de l’entreprise », explique Camille Vandenbeuck. Bref, d’être une chef d’orchestre qui assure « l’équilibre », estime la dirigeante qui apprécie « faire de nouvelles choses » et « le contact », tant en interne, avec les collaborateurs, qu’à l’externe, avec les investisseurs. Exemple, « expliquer notre business model ainsi que la manière dont nous allons créer de la valeur ». 

Le tout en oeuvrant en faveur de la parité au sein de H2Air, aux côtés de Roy Mahfouz, le fondateur. De fait, le comex de l’entreprise compte à ce jour une majorité de femmes. H2air a en outre soutenu, lors du dernier Vendée Globe, la skipper Clarisse Crémer, engagée dans la promotion de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes. « Dans la parité, il est important d’inspirer », insiste Camille Vandenbeuck, convaincue de la force d’attraction des rôles modèles. 

Natasha Laporte

Les nominées


 

Brunelle PENTIER
Responsable de la gestion d’actifs de VALOREM

Jessica PRADIER
Banquière privée chez ODDO BHF

Laure VERHAEGHE
Co-fondatrice et Présidente de Lendosphere

Innovation

 

Charlotte Roule, défricheuse tout-terrain

Directrice générale de Storengy

« Même sans diplôme d’ingénieur, on peut travailler dans l’énergie. Y compris sur des projets industriels. Il ne faut pas se fixer de limites. » Dans une filière – le gaz – à réinventer, Charlotte Roule arbore une conviction forgée en arpentant la France et l’international : c’est en restant ancré dans la réalité que l’on déploie de nouvelles solutions. En 2024, Storengy a avancé dans l’hydrogène, en particulier avec son projet de stockage Hypster à Etrez (Ain), et sa directrice générale en est convaincue : « l’hydrogène sera nécessaire à la transition énergétique. Nous sommes en train de démontrer que cela fonctionne et voulons aller plus loin. » 

Elle a fait carrière au sein du groupe Engie. Désormais à la tête de la filiale spécialisée dans le stockage de gaz, cette diplômée en droit, qui travaille depuis plus de 25 ans dans l’énergie, en possède une vision systémique. Dès ses débuts dans le groupe : « ce qui a été intéressant, ce fût de commencer sur le terrain dans la distribution à la fois de gaz et d’électricité. » Elle a fait un premier passage chez Storengy en 2009. D’abord en charge des ressources humaines, puis des performances, elle a dirigé la filiale britannique.

Diplômée en 1996 en droit des affaires et en fiscalité à l’université Panthéon-Assas, elle a aussi étudié à Sciences Po, porte ouverte « sur un engagement en faveur de la cité », formule-t-elle, engagement qui s’est orienté vers la transition énergétique. A partir de 2016, elle a représenté Engie en Chine. A son agenda : photovoltaïque, éolien, stockage d’électricité… « On travaillait aussi sur des réseaux de froid », se souvient-elle. Et sur des sujets innovants comme le vehicle to grid. Ce passage en Chine – « pays très intéressant qui vous oblige à être agile » – aura marqué son parcours. Aujourd’hui encore, interrogée sur ses passe-temps, elle cite son rôle à la chambre de commerce de l’Union européenne en Chine, « qui permet de conserver une capacité de dialogue essentielle dans le contexte actuel de tensions géopolitiques. »

Ses responsabilités entre 2021 et 2023 à la stratégie d’Engie l’auront définitivement convaincue : « il faudra de tout pour réussir la transition énergétique. » Revenue chez Storengy, elle conserve une ligne de conduite : ne pas s’enfermer dans une approche mono-sectorielle. Il en va ainsi de la filière hydrogène, que Storengy positionne en soutien du système électrique. Dans cette perspective, « mon rôle part de l’opérationnel. Aller sur le terrain voir ce qui s’y passe et, ensuite, ce que cela implique pour la stratégie. »

Thomas Blosseville

Les nominées


 

Euryale CHATELARD
Co-fondatrice ExtraJool

Caroline LE FLOCH
Co-fondatrice de Storio Energy

❤️ Coup de cœur du jury

 

Malena Reali et Madeleine Pebrier, duo de choc de la jeune génération

Elles ont toutes les deux 26 ans, travaillent chez des concurrents directs et partagent un enthousiasme à toute épreuve pour la transition énergétique. Malena Reali, diplômée de Sciences Po et HEC, senior analyste M&A au cabinet de conseil Tevali Partners, et Madeleine Pebrier, dotée d’un Master en management finance et stratégie de l’ESCP Europe et associée en financement de projets et M&A chez Envinergy, ont lancé Etyc, l’Energy transition youth club, en avril 2024, avec Victor Cormier.

« Le constat initial reposait sur le fait que les jeunes professionnels ne sont pas souvent invités aux événements, ils ont plus de mal à se constituer un réseau », raconte Malena Reali, présidente de l’association. Pour favoriser le networking de la nouvelle génération, elles organisent des afterworks, des petits déjeuners d’apprentissage avec des mentors ou encore des visites de sites. Moins d’un an après le lancement sur un coin de table, le bilan est plus que positif : 275 adhérents ont rejoint le club dont les événements ont rassemblé plus de 800 professionnels de moins de 35 ans travaillant dans des sociétés de conseil, des développeurs et producteurs d’énergies renouvelables, des investisseurs ou encore des syndicats professionnels. « Avec plus de 40% de femmes, alors qu’elles ne représentent que 25% de l’effectif du secteur », se félicite Madeleine Pebrier.

Face au succès de leur initiative, le duo a renforcé le bureau de l’association avec cinq autres jeunes professionnels. Et pour souder l’équipe, un séminaire a été organisé en début d’année lors d’un week-end dans le Berry. Car leur petite entreprise tourne à plein régime ! Etyc vient de lancer le Prix des jeunes dans la transition énergétique, pour récompenser des initiatives dans les nouvelles technologies, mais aussi des façons innovantes de travailler, produire ou transmettre. Il sera remis le 21 mai.

Leur ambition est aussi géographique : « nous avons démarré à Paris, où sont représentées beaucoup de fonctions support ou financières, nous voulons élargir notre audience à des profils plus techniques et qui œuvrent à la transition énergétique dans les territoires », explique Madeleine Pebrier. Des afterworks sont déjà programmés à Marseille et Montpellier, deux bassins où sont installées de nombreuses entreprises du secteur, en attendant Bordeaux et Nantes. 

Patricia Laurent

LES MEMBRES DU JURY


 

  • Monique Agier – Banque des Territoires
  • Guy Auger – Andera Partners
  • Jean-Louis Bal – Syndicat des énergies renouvelables
  • Jens Bicking – Elatos
  • Philippe Boucly – France Hydrogène
  • Pascale Courcelle – Bpifrance
  • Hélène Gelas – Jeantet
  • Patricia Laurent – GreenUnivers / 2050NOW
  • David Marchal – Ademe
  • Sylvie Perrin – La Plateforme Verte / De Gaulle Fleurance & Associés
  • Anne-Catherine de Tourtier – France renouvelables
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