Podcast Rénovation énergétique : va-t-on enfin atteindre les objectifs ?

La France va-t-elle enfin atteindre ses objectifs de rénovation énergétique des logements ? C’est le thème du troisième épisode du podcast Connexions de GreenUnivers, avec un débat animé par Nathalie Croisé entre Marjolaine Meynier-Millefert, députée (Renaissance) de la 10e circonscription de l’Isère et co-rapporteure de la mission d’information sur la rénovation énergétique des bâtiments, et Frédéric Utzmann, président du groupe spécialisé dans la rénovation énergétique Effy.

Une dynamique cassée

Alors que la rénovation énergétique est érigée en priorité par le gouvernement, « la dynamique des travaux en 2023 n’est pas bonne. La crise économique qui rogne le pouvoir d’achat des ménages pousse à l’attentisme, regrette Frédéric Utzmann. Et il y a même un ralentissement car des aides ont été réduites, notamment sur l’isolation, et le parcours est complexe et très anxiogène ».

« Aujourd’hui, la population est convaincue de l’importance des travaux de rénovation énergétique », nuance la députée. « Mais on a un peu perdu les gens à force de modifier les dispositifs, il y a une forte demande de stabilisation », reconnaît-elle.

Faut-il tout miser sur les rénovations globales ?

Le gouvernement donne la priorité aux rénovations globales, « il faut aller vers des travaux plus complets, plus profonds », insiste Marjolaine Meynier-Millefert. Mais le président d’Effy met en garde sur le risque d’avancer sur cette seule voie : « il ne faut pas opposer les rénovations globales aux monogestes, les deux peuvent avoir leur pertinence en fonction des situations ».

Et de s’inquiéter également du risque de couper le financement de travaux d’isolation pour aller exclusivement vers le soutien à l’installation de pompes à chaleur.

Quel rôle pour les acteurs des CEE ?

C’est désormais l’Anah qui va valoriser les aides aux certificats d’économies d’énergie (CEE) pour la rénovation, une réforme qui a sidéré le marché. « Le modèle des acteurs concentrés sur la récupération des CEE vacille », constate Fréderic Utzmann dont la société s’est créée sur ce marché mais a fait évoluer son business model pour se positionner comme accompagnateur des ménages dans leurs travaux. « Il ne faut pas casser un réseau de spécialistes des économies d’énergie mais l’Anah est mieux positionnée pour déployer les aides dans tous les territoires », plaide la députée, qui estime que, à terme, les deux co-existeront.

Mobiliser les banques

« Les Français n’ont pas les moyens de mener les travaux », souligne Marjolaine Meynier-Millefert, qui évoque la création d’une banque de la rénovation énergétique, proposition faite par la mission d’information dont elle est co-rapporteure. Une solution qui améliorerait l’accès au financement alors que l’éco-PTZ est difficile à mobiliser.

Des objectifs trop ambitieux ?

« 95% des logements vont devoir être rénovés d’ici 2050, c’est énorme », reconnaît la députée. Frédéric Utzmann se montre dubitatif : « 200 000 rénovations globales par an, cela nous semble ambitieux ! D’autant qu’il faut disposer de la main-d’œuvre nécessaire et coordonner les entreprises. Pour atteindre le seuil fixé, attention à ne pas changer les règles douze fois car cela casse les dynamiques et les filières », martèle le dirigeant.

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